Handicap au Cameroun : 24 acteurs mobilisés pour briser les barrières qui privent les enfants de leurs droits
L’inclusion des enfants en situation de handicap ne se décrète pas. Elle se construit au quotidien, dans les salles de classe, les centres de santé, les services administratifs et jusque dans les familles. Au Cameroun, où les discriminations continuent de compromettre l’accès de nombreux enfants à leurs droits fondamentaux, la bataille se joue désormais aussi sur le terrain des comportements et des pratiques professionnelles.
C’est dans cette perspective que le Fonds des Nations unies pour l’enfance (UNICEF) et le ministère des Affaires sociales (MINAS) organisent, du 26 au 28 octobre 2026 à Yaoundé, une formation des formateurs sur l’inclusion des personnes en situation de handicap. Vingt-quatre participants, issus des organisations de personnes handicapées et venus des dix régions du pays, prennent part à cette initiative destinée à renforcer les capacités des acteurs susceptibles de faire évoluer les mentalités et les pratiques.
Derrière les textes, le défi des pratiques

Le Cameroun dispose d’un cadre juridique relatif à la protection et à la promotion des droits des personnes handicapées. Pourtant, entre les principes inscrits dans les textes et leur application sur le terrain, le fossé demeure préoccupant. Refus d’admission à l’école, difficultés d’accès aux soins, manque d’adaptation des services ou préjugés persistants : autant de situations qui peuvent priver les enfants en situation de handicap de possibilités essentielles à leur développement.
Pour Nadine Perrault, représentante résidente de l’UNICEF au Cameroun, l’urgence consiste à faire en sorte que les droits reconnus deviennent une réalité dans la vie des enfants.
« Traduire ce cadre normatif en action, c’est exactement le but de cette formation, parce que les obstacles dans la réalité continuent à être présents, que ce soit à l’école, et au sein de la famille », explique-t-elle.
Cette approche met en lumière une dimension parfois négligée de l’inclusion : les obstacles ne sont pas toujours liés au handicap lui-même. Ils peuvent aussi résulter de l’environnement, de l’organisation des services ou du comportement des personnes chargées d’accueillir et d’accompagner les enfants.
Un établissement scolaire qui ne prévoit aucune disposition adaptée, un professionnel de santé insuffisamment sensibilisé ou une administration qui ne tient pas compte des besoins spécifiques peuvent ainsi contribuer, parfois involontairement, à renforcer l’exclusion.
L’UNICEF entend donc agir sur les mécanismes qui entretiennent ces inégalités, en donnant aux participants des outils pour mieux comprendre les différentes formes de handicap et identifier les discriminations qui entravent l’exercice des droits.
Les données citées par l’organisation illustrent l’ampleur du problème. Les enfants en situation de handicap seraient quatre fois plus exposés à la violence que les autres enfants. Ils présenteraient également un risque supplémentaire de 49 % de n’avoir jamais été scolarisés. Ces chiffres rappellent que l’inclusion constitue aussi un enjeu de protection de l’enfance et d’égalité des chances.
Former des acteurs pour transformer les services

La particularité de cette initiative réside dans son approche en cascade. Il ne s’agit pas seulement de renforcer les connaissances des 24 participants, mais de faire d’eux des relais capables de transmettre les acquis à d’autres professionnels dans leurs régions respectives.
Les secteurs de l’éducation, de la santé et de l’enregistrement des naissances figurent parmi les domaines concernés. L’enjeu est de permettre aux acteurs de première ligne de mieux accueillir les enfants, de prendre en considération leurs besoins et de faciliter leur accès aux services auxquels ils ont droit.
La pédagogie inclusive, la diversité des handicaps, les discriminations visibles et invisibles, la participation des personnes handicapées ainsi que l’approche centrée sur la personne constituent les principaux axes de cette formation.
Pour Nadine Perrault, la responsabilité des professionnels est déterminante. Leur attitude peut favoriser l’inclusion, mais également constituer un frein à l’exercice des droits.
« Dans leur regard, dans leur décision d’inclure ou d’exclure, ils sont en train de violer des droits », avertit-elle.
L’exemple du directeur d’école qui n’a jamais été sensibilisé à l’accueil des enfants en situation de handicap traduit cette nécessité d’élargir le champ d’action. Pour l’UNICEF, l’inclusion ne saurait reposer uniquement sur les personnes directement concernées ou sur les organisations qui les représentent. Elle exige également l’implication des institutions, des professionnels et de l’ensemble de la communauté.
Les personnes handicapées, actrices du changement

Le choix de travailler avec les organisations de personnes handicapées traduit une volonté de placer les premiers concernés au cœur de la démarche. Leur expérience constitue un levier essentiel pour mieux comprendre les difficultés rencontrées et proposer des réponses adaptées aux réalités du terrain.
Représentant le ministre des Affaires sociales, Maurine Ndengho, directrice de la Protection sociale des personnes handicapées et des personnes âgées au MINAS, insiste sur la nécessité de poursuivre les actions de sensibilisation dans toutes les régions du pays.
« Les personnes en situation de handicap continuent de subir la marginalisation et l’exclusion. Nous devons donc poursuivre les actions de plaidoyer afin que chacun comprenne que le handicap est une réalité qui peut concerner tout le monde, à un moment ou à un autre de la vie », souligne-t-elle.
Au-delà de la transmission des connaissances, la responsable appelle à une évolution profonde du regard porté sur le handicap. Les personnes concernées ne doivent plus être considérées uniquement sous l’angle de leurs difficultés, mais également à travers leurs compétences, leurs capacités et leur contribution potentielle à la société.
« Elles ont des compétences et des potentialités qui peuvent contribuer considérablement au développement de notre pays. Il est donc essentiel de changer le regard de la société sur elles et de leur permettre de participer pleinement à la vie scolaire et au développement national », affirme-t-elle.
Cette reconnaissance suppose de dépasser les discours de compassion pour promouvoir une approche fondée sur les droits, la participation et l’égalité des chances.
La formation organisée du 26 au 28 octobre pose ainsi une question fondamentale : comment garantir les droits d’un enfant si les structures censées le protéger ne sont pas suffisamment préparées à prendre en compte sa situation ?
La réponse passe notamment par la sensibilisation des professionnels, l’adaptation des services et la lutte contre les préjugés. Elle exige aussi que les personnes handicapées puissent participer aux décisions qui les concernent et contribuer à l’élaboration de solutions adaptées à leurs besoins.
Pour l’UNICEF et le MINAS, le défi sera de prolonger les acquis de cet atelier au-delà des trois jours de travaux. La capacité des 24 participants à diffuser les connaissances reçues, à sensibiliser les acteurs locaux et à susciter des changements dans les pratiques constituera un enjeu majeur pour la suite de cette initiative.
Car l’inclusion ne se mesure pas uniquement au nombre de personnes formées, mais surtout aux obstacles effectivement supprimés et aux droits rendus accessibles.
Au bout de cette démarche, une exigence demeure : faire du handicap une différence prise en compte par la société, et non un motif d’exclusion. Pour les enfants concernés, pouvoir aller à l’école, se faire soigner, être enregistré à la naissance et grandir dans un environnement protecteur ne devrait jamais relever d’un privilège. Ce sont des droits fondamentaux qui doivent être garantis à tous, sans distinction.
Denise Ebelle


































































































































































