Mobiliser l’épargne de la diaspora pour financer le développement : la CDEC affine son projet DIASDEV
Mobiliser l’épargne de la diaspora pour financer le développement : la CDEC affine son projet DIASDEV
Transformer une partie des fonds envoyés par les Camerounais de l’étranger en une source durable de financement de l’économie nationale. C’est l’ambition du projet DIASDEV, dont les conclusions ont été présentées ce mardi à Yaoundé par la Caisse des Dépôts et Consignations (CDEC), à l’occasion d’une conférence consacrée au rôle de l’épargne nationale dans le financement du développement.
Selon les données rappelées par la CDEC, les transferts de fonds de la diaspora camerounaise ont atteint 1,2 milliard de dollars, soit environ 652 milliards de FCFA en 2024. Tirés du rapport d’évaluation à mi-parcours de la Stratégie nationale de développement 2020-2030, ces chiffres traduisent une progression de 8 % par rapport à 2023. Les principaux flux proviennent de la France, des États-Unis et des pays de la CEMAC.
Pour autant, ces montants ne constituent pas une réserve immédiatement mobilisable pour l’investissement. Une large part de ces ressources est destinée aux besoins quotidiens des familles, notamment les dépenses de consommation, de santé, d’éducation, de logement ou encore l’entraide sociale. L’objectif poursuivi par DIASDEV est donc de créer les conditions permettant d’orienter volontairement une partie de cette épargne vers des investissements de long terme.
Une diaspora au cœur de la stratégie
Les chiffres du ministère des Relations extérieures, repris par la CDEC, estiment à près de 500 000 le nombre de détenteurs d’un passeport camerounais vivant à l’étranger. En élargissant le périmètre aux personnes d’origine camerounaise, la diaspora pourrait atteindre environ 6 millions de personnes, soit près de 20 % de la population nationale. Cette estimation reste toutefois à préciser selon les critères retenus, notamment l’inclusion des descendants et des binationaux.
La CDEC insiste sur le fait qu’elle ne se substituera pas aux banques dans la commercialisation du futur produit. En raison de son statut et des règles fixées par la Commission bancaire de l’Afrique centrale (COBAC), l’institution n’a pas vocation à collecter directement l’épargne des particuliers.
Sa mission consistera plutôt à définir l’architecture du dispositif, à en assurer la cohérence et à garantir son fonctionnement, tandis que les opérations de collecte seront confiées à des banques et à des établissements de microfinance partenaires.
À ce stade, trois options demeurent à l’étude : un produit d’épargne bancaire à court terme, un dépôt à terme de longue durée ou une formule d’épargne financière adossée à des fonds d’investissement. Les conclusions de l’étude devront permettre de retenir la solution la plus adaptée, en précisant les modalités de collecte, le niveau de rémunération, les garanties offertes aux épargnants ainsi que les secteurs économiques qui bénéficieront des ressources mobilisées.
Un projet soutenu par plusieurs partenaires
DIASDEV est développé dans le cadre d’un programme d’appui aux Caisses de dépôt porté par l’Agence française de développement (AFD), Expertise France et le Forum des Caisses de Dépôt.
L’étude de faisabilité a été confiée au cabinet Onepoint, avec l’appui technique de FICOM. Plusieurs administrations et institutions ont participé aux travaux, notamment le ministère des Finances, le ministère des Relations extérieures, le ministère de l’Économie, de la Planification et de l’Aménagement du territoire, la Direction nationale de la BEAC, l’AFD Cameroun, l’Agence de promotion des investissements, la Société immobilière du Cameroun, ainsi que des banques et des institutions de microfinance.
Afin d’assurer le suivi du projet, un groupe de travail interne a été mis en place le 19 janvier 2026 par décision du directeur général de la CDEC, Richard Evina Obam.
Au-delà des aspects techniques, la réussite de DIASDEV dépendra avant tout de la confiance que les Camerounais de la diaspora accorderont au dispositif. Sécurité des fonds, cadre juridique solide, rémunération attractive, transparence dans la gestion des ressources, information régulière des épargnants et garanties sur l’utilisation des capitaux figurent parmi les attentes identifiées.
À travers cette initiative, la CDEC entend démontrer qu’une partie des transferts privés de la diaspora peut contribuer au financement de projets structurants, qu’il s’agisse des infrastructures, de l’industrie, des petites et moyennes entreprises ou encore de l’innovation. Le passage de l’étude à une mise en œuvre effective dépendra toutefois de la capacité du mécanisme à inspirer durablement confiance aux futurs souscripteurs.
Denise Ebelle









































































































