Vers une démocratie plus ouverte : à Yaoundé, les personnes handicapées plaident pour leur pleine participation politique

Vers une démocratie plus ouverte : à Yaoundé, les personnes handicapées plaident pour leur pleine participation politique
À quelques mois des prochaines échéances électorales au Cameroun, la question de l’inclusion politique des personnes handicapées gagne en visibilité. Réunis le 12 mars 2026 à Yaoundé à l’initiative du Club des Jeunes Aveugles Réhabilités du Cameroun (CJARC), acteurs publics, organisations de la société civile et citoyens vivant avec un handicap ont engagé une réflexion sur les obstacles qui limitent encore leur participation aux élections et à la vie publique.
La rencontre, organisée le 12 mars 2026, a rassemblé près de 200 participants issus d’horizons variés : représentants des pouvoirs publics, membres de partis politiques de la majorité et de l’opposition, organisations de la société civile ainsi que des personnes vivant avec un handicap.
Placés sous le thème « Participation politique des personnes handicapées : enjeux, défis et stratégies pour les prochaines élections législatives et municipales », les échanges avaient pour objectif de réfléchir aux moyens de renforcer l’inclusion de ces citoyens dans le processus démocratique.
Une présence marginale dans les institutions
Au cours des discussions, plusieurs intervenants ont mis en lumière le décalage entre le poids démographique des personnes handicapées et leur représentation dans les institutions politiques.
Le directeur général du CJARC, Dr Coco Bertin, a rappelé qu’aucune personne vivant avec un handicap ne siège actuellement parmi les 180 députés de l’Assemblée nationale, ni parmi les 100 membres du Sénat. La seule présence recensée concerne une suppléante au Sénat.
La situation reste également très limitée au niveau des collectivités territoriales. Sur plus de 10 500 conseillers municipaux, seulement 14 sont des personnes handicapées.
Ces chiffres contrastent avec les estimations nationales qui évaluent entre 3,5 et 4 millions le nombre de Camerounais vivant avec un handicap, soit environ 16 % de la population.
Pour les participants, cette faible représentation résulte d’un ensemble de facteurs. Les difficultés socio-économiques auxquelles sont confrontées de nombreuses personnes handicapées limitent parfois leur capacité à s’impliquer dans la vie politique.
Luc Yomby, représentant de l’association PROMHANDICAM, souligne que l’urgence pour beaucoup reste l’accès à des activités génératrices de revenus. Dans ces conditions, l’engagement politique peut apparaître comme un objectif difficile à atteindre.
À ces contraintes s’ajoute également une perception encore hésitante au sein de certains partis politiques, qui accordent rarement leur investiture à des candidats vivant avec un handicap.
Cette absence de représentation visible dans les institutions peut, selon plusieurs intervenants, décourager les nouvelles générations à envisager une carrière politique.
L’accès au vote : un enjeu central
Les participants ont également évoqué les difficultés rencontrées lors des opérations électorales. Pour les électeurs malvoyants ou aveugles, voter peut représenter un véritable défi en raison de l’absence d’outils adaptés ou de l’organisation des bureaux de vote.
La question de l’accessibilité a été abordée en présence de Alice Tankam, inspecteur chargée des procédures électorales au ministère de l’Administration territoriale (MINAT). Elle a indiqué que les autorités travaillent à améliorer l’accès des personnes handicapées aux bureaux de vote, tout en reconnaissant que des progrès restent nécessaires.
L’objectif est de permettre à ces citoyens de participer aux scrutins dans des conditions d’autonomie et de confidentialité, conformément aux principes démocratiques.

Des initiatives encourageantes
Les échanges ont également permis de mettre en avant certaines initiatives destinées à faciliter la participation électorale des personnes handicapées.
Luc Yomby a notamment évoqué une expérience menée lors de l’élection présidentielle d’octobre 2025, au cours de laquelle des électeurs malvoyants ont été sensibilisés à l’utilisation d’un dispositif tactile leur permettant de voter sans assistance.
Cette solution technologique a contribué à garantir le secret du vote, en évitant aux électeurs de devoir communiquer leur choix à une tierce personne.
Pour les participants, ce type d’initiative pourrait être développé lors des prochaines consultations électorales afin de renforcer l’accessibilité du processus.
Au terme des travaux, les participants ont formulé plusieurs recommandations visant à promouvoir des élections plus inclusives.
Il s’agit notamment de renforcer la sensibilisation des décideurs politiques, d’encourager les partis à intégrer davantage de candidats handicapés sur leurs listes électorales et de diffuser des outils d’information adaptés, tels qu’un guide électoral destiné aux personnes handicapées.
Pour les organisateurs, l’enjeu dépasse la seule question du vote. Il s’agit aussi de promouvoir une société dans laquelle chaque citoyen, quelles que soient ses capacités physiques, peut contribuer pleinement aux décisions qui façonnent l’avenir du pays.
À travers cette initiative, le CJARC et ses partenaires espèrent ainsi encourager une participation politique plus large et plus inclusive, reflet de la diversité de la société camerounaise.




























































