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Éducation au Cameroun : ces règles qui éloignent silencieusement des jeunes filles des salles de classe

Éducation au Cameroun : ces règles qui éloignent silencieusement des jeunes filles des salles de classe

Il est presque 8 h 30 ce vendredi 20 mars 2026. Dans la salle de classe de 6e C3 du lycée de Nkoabang, situé dans l’arrondissement de Nkolafamba, département de la Méfou-et-Afamba, l’agitation habituelle du début des cours règne déjà. Les élèves s’installent, échangent quelques mots avant l’arrivée de l’enseignant. Mais au premier banc de la troisième rangée, Adriana reste silencieuse.
Depuis son réveil, une douleur persistante lui serre le bas-ventre. Ces fameuses crampes sont de retour. Elle connaît déjà cette sensation. Chaque mois, c’est presque le même scénario. La veille encore, elle espérait que cette fois serait différente. Mais ce matin, elle peine à se concentrer. Entre les douleurs abdominales et l’inquiétude d’une éventuelle fuite sur son uniforme, une question revient sans cesse dans son esprit : pourra-t-elle tenir jusqu’à la fin des cours ?
Pour beaucoup de jeunes filles camerounaises, cette réalité est loin d’être exceptionnelle. Derrière les chiffres sur la scolarisation se cache un combat discret : celui de la précarité menstruelle. Un phénomène souvent réduit à un simple manque de protections hygiéniques, alors qu’il touche aussi la santé physique, le bien-être psychologique et le parcours scolaire.

Des douleurs et des inconforts qui éloignent les filles des salles de classe

Pour certaines adolescentes, les périodes menstruelles deviennent des journées particulièrement difficiles à gérer. Elles doivent faire face aux douleurs abdominales, aux malaises, à la fatigue ou aux inconforts qui accompagnent parfois les règles.
Les douleurs menstruelles sont souvent considérées comme un phénomène normal auquel il faudrait simplement s’habituer. Pourtant, certaines jeunes filles décrivent des crampes si intenses qu’elles éprouvent des difficultés à marcher, à rester assises longtemps ou à suivre les explications en classe.
Dans plusieurs cas, les conséquences sont directes : certaines élèves préfèrent rester à la maison pendant un ou plusieurs jours. D’autres viennent à l’école mais passent une grande partie de leur temps à essayer de supporter leurs douleurs plutôt qu’à suivre les cours.
À long terme, ces absences répétées peuvent avoir des répercussions sur les résultats scolaires, la participation en classe et même la motivation à poursuivre les études.

Le poids du silence et des tabous

Au-delà de la douleur physique, plusieurs jeunes filles affrontent une autre difficulté : l’absence de dialogue.
Certaines adolescentes n’osent pas parler de leurs règles à leurs parents. Par gêne, par peur des réactions ou parce que le sujet reste très sensible dans certaines familles, elles apprennent à gérer seules une réalité qu’elles découvrent parfois sans préparation suffisante.
Certaines utilisent des solutions improvisées lorsqu’elles ne disposent pas de protections adaptées. D’autres gardent leurs douleurs pour elles et préfèrent souffrir en silence.
Cette solitude peut progressivement affecter leur confiance en elles. À force d’éviter certaines situations ou de craindre les moqueries et les jugements, certaines jeunes filles finissent par s’isoler davantage.
Dans plusieurs établissements, notamment dans certaines zones rurales ou périurbaines, l’insuffisance des infrastructures sanitaires complique davantage la situation. Toilettes peu adaptées, manque d’eau ou absence d’espaces offrant une certaine intimité rendent la gestion des menstruations encore plus difficile.
La question dépasse ainsi le simple cadre de l’hygiène pour toucher directement l’éducation, la santé et l’égalité des chances.
Car derrière une chaise vide dans une salle de classe se cache parfois une adolescente qui ne manque pas les cours par manque de volonté, mais parce qu’elle tente simplement de gérer seule une douleur, une inquiétude ou une réalité dont on parle encore trop peu.

 

Denise EBELLE

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