Journée mondiale sans tabac 2026 : à Yaoundé, des jeunes formés pour dire non à la nicotine

Journée mondiale sans tabac 2026 : à Yaoundé, des jeunes formés pour dire non à la nicotine
« Je vais sensibiliser mes camarades dès la prochaine rentrée scolaire. » Cette promesse est celle de Lekini Prince Stéphane, 14 ans, élève en classe de Seconde C. Comme lui, une trentaine de jeunes venus de plusieurs établissements scolaires de Yaoundé ont pris part à une activité de sensibilisation organisée à l’occasion de la Journée mondiale sans tabac célébrée le 31 mai 2026.
Placée sous le thème « Démasquons l’attrait et luttons contre l’addiction nicotinique et la dépendance au tabac », cette rencontre a permis aux participants de mieux comprendre les dangers liés à la consommation du tabac, de la chicha, des cigarettes électroniques et des nouveaux produits à base de nicotine qui ciblent particulièrement les adolescents.
Pendant plusieurs heures, les jeunes ont échangé avec des spécialistes de la lutte antitabac, des responsables d’organisations de la société civile et des acteurs de la santé publique. L’objectif était de les informer sur les risques auxquels s’exposent les consommateurs, mais également de les transformer en relais de sensibilisation au sein de leurs établissements scolaires et de leurs communautés.
Pour Judith Noël Chekoumo, secrétaire exécutive de la Coalition camerounaise contre le tabac, l’urgence est réelle face aux stratégies de séduction développées par l’industrie du tabac.
« Aujourd’hui, les jeunes sont particulièrement ciblés à travers des produits aux saveurs attrayantes comme la menthe, la fraise, le chocolat ou encore les agrumes. Ces arômes masquent la nocivité des produits et facilitent l’entrée des adolescents dans la consommation », explique-t-elle.
L’experte a également attiré l’attention des participants sur les dangers de la chicha et des cigarettes électroniques, souvent perçues à tort comme des alternatives sans risque.
« Beaucoup de jeunes pensent que la chicha est moins dangereuse que la cigarette. Pourtant, elle expose à de nombreux problèmes de santé et peut entraîner une forte dépendance à la nicotine », a-t-elle précisé.

Le tabac détruit aussi l’environnement
Au-delà des conséquences sanitaires, les organisateurs ont voulu montrer aux jeunes que le tabac constitue également une menace pour l’environnement.
Présidente de l’ONG Action des Femmes pour une Planète Bio, Tchokouachou Ghislaine Dorelie a expliqué que l’industrie du tabac contribue à la déforestation, à la pollution des sols et des cours d’eau ainsi qu’à la dégradation de la biodiversité.
« Le tabac contient plus de 7 000 substances chimiques dont environ 70 sont cancérogènes. Mais il faut aussi comprendre que sa production et sa consommation ont des effets néfastes sur notre environnement. Les mégots abandonnés dans la nature, la fumée rejetée dans l’air et la destruction des forêts pour la culture du tabac ont des conséquences importantes sur notre planète », a-t-elle indiqué.
Selon elle, chaque jeune sensibilisé devient un acteur important de la protection de sa santé et de son environnement.

Une jeunesse consciente des dangers
Dans la salle, les messages semblent avoir trouvé un écho favorable. À seulement 14 ans, Lekini Ebele Prince Stéphane affirme avoir découvert des informations qui l’ont profondément marqué.
« J’ai appris qu’une cigarette contient des milliers de substances chimiques dangereuses. J’ai aussi compris que même les personnes qui ne fument pas peuvent être affectées par la fumée. Cela m’a vraiment fait réfléchir. Dès la rentrée scolaire, je vais parler de ces dangers à mes camarades pour les empêcher de commencer à fumer », confie-t-il.
Même engagement chez Feudjo Rayan Evrad, 14 ans, élève en classe de Seconde Bâtiment au Lycée technique d’Ekounou.
« Cette sensibilisation m’a permis de comprendre que la cigarette peut devenir une véritable dépendance. Beaucoup de jeunes commencent sans mesurer les conséquences. Moi, je vais partager ce que j’ai appris avec mes amis pour qu’ils évitent de commettre cette erreur », assure-t-il.
Les deux adolescents font partie de cette trentaine de jeunes garçons et filles qui ont participé à l’activité et qui repartent désormais avec la mission de sensibiliser à leur tour leurs camarades.

Un accompagnement pour ceux qui souhaitent arrêter
Les organisateurs ont également tenu à adresser un message aux personnes déjà dépendantes au tabac. Contrairement à certaines idées reçues, il est possible d’arrêter de fumer grâce à un accompagnement adapté.
À Yaoundé, les personnes qui éprouvent des difficultés à se libérer seules de leur dépendance peuvent bénéficier d’une prise en charge spécialisée au Centre La Vue de l’Hôpital Central de Yaoundé, reconnu pour son programme de sevrage tabagique. L’Hôpital Jamot dispose également d’un service d’accompagnement destiné aux fumeurs qui souhaitent abandonner définitivement le tabac.
Pour les organisateurs, la lutte contre le tabagisme passe autant par la prévention que par l’accompagnement des personnes déjà touchées par l’addiction.
Au terme de cette journée, un message fort a été transmis aux jeunes : face aux stratégies de séduction de l’industrie du tabac, la meilleure protection reste l’information. Une responsabilité que les participants semblent prêts à assumer en devenant, chacun à leur niveau, des ambassadeurs de la lutte antitabac.
Denise Ebelle






































































