Forum africain sur les statistiques de genre et de l’enfant : à Yaoundé, l’Afrique s’engage à faire des données un moteur des politiques publiques Pendant cinq jours, statisticiens, décideurs, chercheurs et partenaires techniques ont débattu de la manière dont les données peuvent contribuer à faire progresser les droits, la justice et les opportunités pour tous. Au terme du premier Forum africain sur les statistiques de genre et de l’enfant, organisé autour du thème « Des statistiques qui comptent : faire progresser les droits, la justice et les opportunités pour tous », les participants sont repartis avec une conviction commune : les chiffres n’ont de valeur que lorsqu’ils améliorent concrètement la vie des populations. « Derrière chaque donnée collectée, il y a une réalité humaine » L’émotion était perceptible dans la salle au moment de refermer cette première édition du Forum africain sur les statistiques de genre et de l’enfant. Les discours de clôture ont dépassé le cadre technique des travaux pour rappeler la finalité des statistiques : servir les populations. Représentant le directeur général de l’Institut national de la statistique (INS), SHE Etoundi a donné le ton en invitant les participants à ne jamais perdre de vue la dimension humaine de leur mission. « Derrière chaque donnée collectée, il y a une réalité humaine », a-t-il rappelé, résumant en quelques mots l’esprit des cinq journées d’échanges. Selon lui, le forum aura démontré que l’Afrique ne pourra bâtir « une prospérité véritablement inclusive » qu’en apprenant à mieux connaître ses populations, à mieux mesurer les inégalités et à mieux comprendre les réalités que vivent les femmes, les filles, les garçons et les groupes les plus vulnérables. Il a salué la mobilisation des délégations africaines, des organisations internationales et des partenaires techniques et financiers qui ont fait de Yaoundé « une véritable capitale africaine du dialogue statistique au service des droits, de la justice et de l’action publique ». Des progrès, mais des défis persistants Les différentes sessions du forum ont permis de dresser un état des lieux des statistiques de genre et de l’enfant sur le continent. Pour le représentant de l’INS, plusieurs avancées sont enregistrées dans les États africains. Les capacités nationales de production statistique progressent, de nouvelles sources de données se développent et les gouvernements accordent une place croissante aux statistiques dans l’élaboration des politiques publiques. Mais ces progrès ne doivent pas masquer les défis. Les inégalités entre les femmes et les hommes persistent, les vulnérabilités qui affectent les enfants demeurent préoccupantes et les systèmes statistiques doivent encore être renforcés afin de produire des données plus complètes, plus fiables et davantage désagrégées. Autant de défis qui appellent, selon lui, à une responsabilité partagée entre les gouvernements, les instituts nationaux de statistique, les organisations régionales et les partenaires au développement. Transformer les recommandations en actions Prenant la parole au nom de la directrice de StatAfric, Gildas Crépin Nzingoula a remercié le gouvernement camerounais pour l’accueil réservé aux délégations et la qualité de l’organisation de cette rencontre continentale. Au-delà du bilan des travaux, son message s’est voulu résolument tourné vers l’avenir. « Le véritable succès de ce forum ne réside pas uniquement dans la qualité de nos échanges, mais surtout dans notre capacité à transformer les recommandations formulées cette semaine en actions concrètes dans chacun de nos pays », a-t-il déclaré. Les discussions ont notamment mis en évidence la nécessité de renforcer les systèmes statistiques nationaux, d’améliorer les données administratives, de promouvoir l’innovation, de produire davantage de données désagrégées et de développer des partenariats solides entre producteurs et utilisateurs de données, y compris la société civile. StatAfric a également réaffirmé son engagement à accompagner les États membres de l’Union africaine dans le cadre de la deuxième Stratégie pour l’harmonisation des statistiques en Afrique (SHaSA 2), à travers le renforcement des capacités, l’harmonisation des méthodes et le développement des compétences. L’institution a annoncé sa volonté de poursuivre la dynamique engagée à Yaoundé, notamment par la formalisation d’un groupe de travail continental et la préparation d’une publication africaine consacrée aux statistiques de genre. Faire des statistiques un instrument de justice Pour Marie Pierre Raky Chaupin, représentante d’ONU Femmes au Cameroun, cette première édition marque un tournant dans la manière de produire et d’utiliser les statistiques sur le continent. Elle s’est réjouie que, pour la première fois en Afrique, producteurs et utilisateurs de statistiques sensibles au genre et à l’enfant aient partagé un même espace de réflexion. « Nous avons confronté nos approches, clarifié nos besoins, commencé à parler un langage commun autour des données et défini ensemble un agenda qui relie la production statistique aux décisions publiques, du niveau continental jusqu’aux territoires », a-t-elle souligné. La représentante d’ONU Femmes a replacé ces échanges dans un contexte mondial marqué par les conflits, les crises économiques, les effets du changement climatique et les violences qui continuent d’affecter les femmes et les filles.Dans un tel environnement, a-t-elle insisté, les approximations n’ont plus leur place. Des données fiables, accessibles et utilisées par les décideurs deviennent indispensables pour concevoir des9 politiques publiques efficaces et garantir les droits des populations. Au terme de cette première édition, un message s’est imposé comme le fil conducteur des interventions : les statistiques ne constituent pas une fin en soi.Elles n’acquièrent leur pleine valeur que lorsqu’elles permettent d’améliorer les décisions publiques, de mesurer les progrès accomplis et d’orienter les investissements vers les besoins réels des populations.En quittant Yaoundé, les participants ont ainsi réaffirmé leur volonté de poursuivre la coopération entre États, instituts nationaux de statistique, organisations régionales, agences des Nations unies et partenaires techniques afin de consolider des systèmes statistiques capables d’accompagner les ambitions de l’Agenda 2063 de l’Union africaine et des Objectifs de développement durable. Au-delà des chiffres et des indicateurs, cette première édition du Forum africain sur les statistiques de genre et de l’enfant aura surtout rappelé qu’une donnée n’est jamais abstraite. Elle raconte une vie, révèle une inégalité, met en lumière une injustice ou témoigne d’un progrès. Et c’est précisément cette réalité humaine que les participants ont appelé à