Mutuelle nationale du Budget : une nouvelle assurance sociale pour renforcer la performance des agents publics

Mutuelle nationale du Budget : une nouvelle assurance sociale pour renforcer la performance des agents publics La Mutuelle nationale du Budget veut franchir un nouveau cap dans l’accompagnement de ses membres. Elle a signé, le 4 juin 2026, des conventions de partenariat avec les compagnies Belife Insurance Général et Chanas Assurances, ouvrant la voie à un dispositif renforcé de couverture sociale au profit des personnels de gestion du programme budgétaire. À travers ces accords, les mutualistes bénéficieront désormais de garanties portant notamment sur l’assurance maladie, l’assurance individuelle accident ainsi que la prise en charge des frais funéraires. Une avancée présentée comme une réponse concrète aux préoccupations quotidiennes des agents et à la nécessité de mieux les protéger face aux aléas de la vie. Présidant la cérémonie, le Directeur général du Budget, Édou Alo’o Cyrill, a placé cette initiative au-delà d’un simple engagement contractuel. Pour lui, cette démarche traduit une vision nouvelle de la gestion des ressources humaines dans l’administration publique : celle d’une protection sociale capable de soutenir durablement la performance des institutions. « Aucun système, aussi performant soit-il, ne peut produire des résultats durables lorsque les femmes et les hommes qui le portent évoluent dans un climat d’incertitude, de stress et de précarité sociale », a-t-il relevé. Au cœur du pilotage des finances publiques, les agents du programme budgétaire sont soumis à des exigences élevées. Élaboration du budget de l’État, suivi de l’exécution des dépenses, analyse des performances publiques, programmation pluriannuelle et accompagnement des réformes : autant de missions qui nécessitent disponibilité, rigueur et capacité d’adaptation. Pour le DGB, un environnement social sécurisé constitue donc un facteur déterminant d’efficacité administrative. « Lorsque les agents se sentent protégés, soutenus et valorisés, ils développent un niveau supérieur d’engagement, de motivation et d’efficacité », a-t-il expliqué. Les conventions signées viennent ainsi instaurer des mécanismes destinés à améliorer le quotidien des mutualistes. L’assurance maladie doit permettre de réduire la pression liée aux dépenses de santé, tandis que les garanties accident et funéraires visent à apporter un soutien financier dans des moments particulièrement sensibles. Une démarche qui, selon Édou Alo’o Cyrill, participe à la construction d’une administration plus résiliente et mieux préparée à accompagner les objectifs de développement du Cameroun. Une responsabilité partagée pour garantir l’efficacité du dispositif Si la signature des conventions marque une étape importante, le Directeur général du Budget a rappelé que la réussite du partenariat dépendra surtout de sa mise en œuvre effective. Aux compagnies partenaires, il a demandé davantage de célérité, de proximité et d’efficacité dans le traitement des dossiers. « Une assurance n’a de véritable valeur que lorsqu’elle répond présente au moment où le bénéficiaire en a réellement besoin », a-t-il insisté. Les mutualistes ont également été appelés à s’approprier ce nouvel outil de protection sociale, tout en respectant les procédures établies afin de préserver la pérennité du système. Le Comité national de gestion de la mutuelle et ses démembrements auront, quant à eux, un rôle clé dans le suivi du dispositif, la coordination avec les assureurs et la prise en compte des préoccupations des adhérents. À travers ce partenariat, la Mutuelle nationale du Budget affirme ainsi une orientation stratégique : faire du bien-être des agents un levier de mobilisation, de stabilité et de performance au service de l’action publique.

Violences contre les enfants et féminicides : le gouvernement promet une riposte implacable

Violences contre les enfants et féminicides : le gouvernement promet une riposte implacable Face à la recrudescence des violences sexuelles, des infanticides et des féminicides qui bouleversent l’opinion publique camerounaise depuis plusieurs semaines, le gouvernement est sorti de son silence. Au cours d’une conférence de presse conjointe tenue ce lundi au ministère de la Communication, les ministres de la Communication, de la Promotion de la Femme et de la Famille et des Affaires sociales ont réaffirmé la détermination de l’État à protéger les personnes vulnérables et à sanctionner sévèrement les auteurs de ces crimes. Cette prise de parole intervient dans un contexte marqué par une forte émotion nationale provoquée par plusieurs affaires particulièrement choquantes. Parmi elles, le viol présumé de la petite Joyce Nawal, âgée de trois ans et scolarisée au groupe scolaire La Gloire Olympique à Odza, ainsi que le viol suivi du meurtre de la jeune Divine, une élève de 11 ans retrouvée morte à Nkoabang. Ces drames ont suscité une vague d’indignation au sein de la population et relancé le débat sur la protection des enfants au Cameroun. Devant la presse nationale et internationale, le gouvernement a tenu à rappeler que la lutte contre les violences faites aux enfants et aux femmes ne date pas d’aujourd’hui. Plusieurs mesures préventives ont déjà été mises en œuvre afin de renforcer la protection des mineurs. Parmi celles-ci figurent l’élaboration et la diffusion du Programme de parentalité positive, destiné à promouvoir une meilleure éducation familiale, la création des « Child Desks » au sein de certaines unités de police et de gendarmerie pour une prise en charge adaptée des enfants victimes, ainsi que la lutte renforcée contre les abus sexuels à l’égard des mineurs. Le gouvernement a également mis en place une Ligne d’Assistance aux Enfants, accessible à travers le numéro vert 116, qui permet de signaler les cas de maltraitance, d’abandon, d’exploitation ou de violences sexuelles. Cet outil constitue aujourd’hui l’un des principaux mécanismes d’alerte et d’orientation des victimes. S’agissant des forces de sécurité, plusieurs dispositifs ont été renforcés. Les autorités évoquent notamment la mise en place de numéros verts facilitant les dénonciations, une présence accrue des forces de l’ordre dans les zones à risque ainsi qu’autour des établissements scolaires et universitaires, sans oublier la formation spécifique des personnels de sécurité à la protection de l’enfance et à la prise en compte des questions de genre. Sur le plan répressif, le gouvernement rappelle que le Cameroun dispose d’un arsenal juridique conséquent. Celui-ci comprend notamment le Code pénal de 2016, les textes relatifs à la lutte contre la traite et le trafic des enfants, la Charte de protection des enfants en ligne ainsi que la législation sur la cybersécurité et la cybercriminalité. Les autorités soulignent également que le pays a ratifié plusieurs instruments internationaux de protection de l’enfance, notamment la Convention relative aux droits de l’enfant et la Charte africaine des droits et du bien-être de l’enfant, qui consacrent le droit des mineurs à être protégés contre toutes formes de violence, d’abus et d’exploitation. Selon les membres du gouvernement, les forces de sécurité investies des missions de police judiciaire ouvrent systématiquement des enquêtes lorsqu’un cas de violence sur une personne vulnérable est signalé. Elles procèdent également à l’identification et à la poursuite des infractions connexes afin d’assurer une répression complète des faits. Pour illustrer cette fermeté, le gouvernement a rappelé la condamnation à la peine de mort du meurtrier du petit Mathys, tout en précisant que plusieurs autres procédures sont actuellement en cours et demeurent couvertes par le secret de l’enquête et de l’instruction judiciaire. « Ni le gouvernement ni le pouvoir judiciaire ne sont insensibles à ces drames qui affectent de plus en plus notre société avec une fréquence et une ampleur stupéfiantes », ont insisté les autorités, promettant une réaction à la hauteur de la gravité de la situation. Au-delà de l’action de l’État, les responsables gouvernementaux ont lancé un appel à la mobilisation générale. Gouvernement, institutions publiques, autorités administratives et traditionnelles, confessions religieuses, associations, organisations de la société civile, familles et citoyens sont invités à unir leurs efforts pour prévenir, dénoncer et combattre ces actes criminels. Pour les autorités, la lutte contre les violences faites aux enfants et aux femmes ne peut être gagnée que grâce à une véritable synergie d’actions impliquant l’ensemble du corps social. Une responsabilité collective qui apparaît aujourd’hui comme une nécessité face à la multiplication de crimes qui choquent et indignent la nation tout entière.

Hygiène menstruelle : Cherrel et Plan Cameroun appellent les jeunes à briser le silence autour des règles

Hygiène menstruelle : Cherrel et Plan Cameroun appellent les jeunes à briser le silence autour des règles Longtemps entourée de tabous et de préjugés dans plusieurs communautés, la question de l’hygiène menstruelle s’est invitée au cœur des échanges entre jeunes à Yaoundé. À l’occasion de la Journée internationale de l’hygiène menstruelle, l’organisation non gouvernementale Cherrel, en partenariat avec Plan Cameroun, a organisé ce mardi 2 juin 2026 une session de sensibilisation au siège de Plan Cameroun. Cette rencontre a réuni des jeunes autour des enjeux liés à la gestion de l’hygiène menstruelle, à la lutte contre les stigmatisations et à la place des garçons dans l’accompagnement des filles. À travers des échanges, des formations et des témoignages, les participants ont été outillés sur la menstruation, les moyens de protection et les bonnes pratiques permettant aux jeunes filles de vivre cette période avec plus de sérénité. Pour Dr Jeannette Afounde, médecin de santé publique, l’hygiène menstruelle reste encore « l’un des maillons faibles » de la santé de la reproduction. Elle rappelle que les règles sont un phénomène naturel, mais qu’une mauvaise gestion de cette période peut avoir des conséquences sur la santé, la scolarité et le bien-être des adolescentes. « Beaucoup de jeunes filles sont en précarité menstruelle. Pendant leurs règles, elles n’ont pas accès aux protections nécessaires, ce qui fait qu’elles ne peuvent pas toujours aller à l’école et perdent plusieurs jours de cours par mois », a-t-elle expliqué. La spécialiste a également insisté sur l’importance d’un accompagnement médical en cas de douleurs menstruelles importantes, afin que les jeunes filles puissent bénéficier d’une prise en charge adaptée. Changer le regard des garçons La rencontre a également mis en avant l’implication des garçons dans la compréhension de l’hygiène menstruelle. Une démarche qui vise à faire de la menstruation une question de santé, de respect et de dignité collective. Présent à cette activité, Germain Michel Evouna, artiste slameur, illustrateur et auteur, a invité les jeunes garçons à adopter une nouvelle attitude face aux règles. « Le message que j’aimerais porter à tous les jeunes garçons comme moi, c’est d’arrêter de stigmatiser la jeune fille en milieu scolaire et dans la rue », a-t-il déclaré. À travers un slam présenté lors de la rencontre, l’artiste a dénoncé les difficultés auxquelles certaines jeunes filles font face et appelé à davantage d’actions pour améliorer leur accès aux protections menstruelles. Pour lui, artistes, associations et pouvoirs publics doivent unir leurs efforts afin que la menstruation ne soit plus un facteur d’exclusion scolaire. À travers cette initiative, Cherrel et Plan Cameroun souhaitent contribuer à une meilleure éducation menstruelle des jeunes et encourager un changement durable des perceptions autour des règles.

Journée mondiale sans tabac 2026 : à Yaoundé, des jeunes formés pour dire non à la nicotine

Journée mondiale sans tabac 2026 : à Yaoundé, des jeunes formés pour dire non à la nicotine « Je vais sensibiliser mes camarades dès la prochaine rentrée scolaire. » Cette promesse est celle de Lekini Prince Stéphane, 14 ans, élève en classe de Seconde C. Comme lui, une trentaine de jeunes venus de plusieurs établissements scolaires de Yaoundé ont pris part à une activité de sensibilisation organisée à l’occasion de la Journée mondiale sans tabac célébrée le 31 mai 2026. Placée sous le thème « Démasquons l’attrait et luttons contre l’addiction nicotinique et la dépendance au tabac », cette rencontre a permis aux participants de mieux comprendre les dangers liés à la consommation du tabac, de la chicha, des cigarettes électroniques et des nouveaux produits à base de nicotine qui ciblent particulièrement les adolescents. Pendant plusieurs heures, les jeunes ont échangé avec des spécialistes de la lutte antitabac, des responsables d’organisations de la société civile et des acteurs de la santé publique. L’objectif était de les informer sur les risques auxquels s’exposent les consommateurs, mais également de les transformer en relais de sensibilisation au sein de leurs établissements scolaires et de leurs communautés. Pour Judith Noël Chekoumo, secrétaire exécutive de la Coalition camerounaise contre le tabac, l’urgence est réelle face aux stratégies de séduction développées par l’industrie du tabac. « Aujourd’hui, les jeunes sont particulièrement ciblés à travers des produits aux saveurs attrayantes comme la menthe, la fraise, le chocolat ou encore les agrumes. Ces arômes masquent la nocivité des produits et facilitent l’entrée des adolescents dans la consommation », explique-t-elle. L’experte a également attiré l’attention des participants sur les dangers de la chicha et des cigarettes électroniques, souvent perçues à tort comme des alternatives sans risque. « Beaucoup de jeunes pensent que la chicha est moins dangereuse que la cigarette. Pourtant, elle expose à de nombreux problèmes de santé et peut entraîner une forte dépendance à la nicotine », a-t-elle précisé. Le tabac détruit aussi l’environnement Au-delà des conséquences sanitaires, les organisateurs ont voulu montrer aux jeunes que le tabac constitue également une menace pour l’environnement. Présidente de l’ONG Action des Femmes pour une Planète Bio, Tchokouachou Ghislaine Dorelie a expliqué que l’industrie du tabac contribue à la déforestation, à la pollution des sols et des cours d’eau ainsi qu’à la dégradation de la biodiversité. « Le tabac contient plus de 7 000 substances chimiques dont environ 70 sont cancérogènes. Mais il faut aussi comprendre que sa production et sa consommation ont des effets néfastes sur notre environnement. Les mégots abandonnés dans la nature, la fumée rejetée dans l’air et la destruction des forêts pour la culture du tabac ont des conséquences importantes sur notre planète », a-t-elle indiqué. Selon elle, chaque jeune sensibilisé devient un acteur important de la protection de sa santé et de son environnement. Une jeunesse consciente des dangers Dans la salle, les messages semblent avoir trouvé un écho favorable. À seulement 14 ans, Lekini Ebele Prince Stéphane affirme avoir découvert des informations qui l’ont profondément marqué. « J’ai appris qu’une cigarette contient des milliers de substances chimiques dangereuses. J’ai aussi compris que même les personnes qui ne fument pas peuvent être affectées par la fumée. Cela m’a vraiment fait réfléchir. Dès la rentrée scolaire, je vais parler de ces dangers à mes camarades pour les empêcher de commencer à fumer », confie-t-il. Même engagement chez Feudjo Rayan Evrad, 14 ans, élève en classe de Seconde Bâtiment au Lycée technique d’Ekounou. « Cette sensibilisation m’a permis de comprendre que la cigarette peut devenir une véritable dépendance. Beaucoup de jeunes commencent sans mesurer les conséquences. Moi, je vais partager ce que j’ai appris avec mes amis pour qu’ils évitent de commettre cette erreur », assure-t-il. Les deux adolescents font partie de cette trentaine de jeunes garçons et filles qui ont participé à l’activité et qui repartent désormais avec la mission de sensibiliser à leur tour leurs camarades. Un accompagnement pour ceux qui souhaitent arrêter Les organisateurs ont également tenu à adresser un message aux personnes déjà dépendantes au tabac. Contrairement à certaines idées reçues, il est possible d’arrêter de fumer grâce à un accompagnement adapté. À Yaoundé, les personnes qui éprouvent des difficultés à se libérer seules de leur dépendance peuvent bénéficier d’une prise en charge spécialisée au Centre La Vue de l’Hôpital Central de Yaoundé, reconnu pour son programme de sevrage tabagique. L’Hôpital Jamot dispose également d’un service d’accompagnement destiné aux fumeurs qui souhaitent abandonner définitivement le tabac. Pour les organisateurs, la lutte contre le tabagisme passe autant par la prévention que par l’accompagnement des personnes déjà touchées par l’addiction. Au terme de cette journée, un message fort a été transmis aux jeunes : face aux stratégies de séduction de l’industrie du tabac, la meilleure protection reste l’information. Une responsabilité que les participants semblent prêts à assumer en devenant, chacun à leur niveau, des ambassadeurs de la lutte antitabac. Denise Ebelle

François Bingono Bingono : « Le numérique doit être le contenant de notre culture »

François Bingono Bingono : « Le numérique doit être le contenant de notre culture »   Présentée officiellement le 28 mai 2026 à Yaoundé, la plateforme numérique Aňdjeun ambitionne de démocratiser l’accès au savoir, à la culture et à la formation à travers une bibliothèque numérique pensée pour la jeunesse africaine. Au cours de cette cérémonie qui a réuni acteurs du monde culturel, éducatif et numérique, plusieurs personnalités ont salué cette initiative portée par Gabriel Fopa. Parmi elles, le journaliste, écrivain et homme de culture François Bingono Bingono a livré une réflexion profonde sur les liens entre culture, langue et transformation numérique, plaidant pour un développement technologique enraciné dans les réalités africaines. Journaliste, écrivain et homme de culture, Bingono Bingono a salué l’initiative Aňdjeun, qu’il considère comme une réponse pertinente au défi de la transmission des savoirs africains à l’ère du numérique. Dans une intervention à la fois philosophique et engagée, il a insisté sur l’importance des langues locales et de l’ancrage culturel dans les projets de transformation numérique. Prenant la parole au cours de la cérémonie, Bingono Bingono a d’abord rappelé le rôle central de la langue dans la construction des peuples. Selon lui, la langue peut devenir un instrument de domination lorsqu’elle est imposée au détriment des langues locales. À l’inverse, elle constitue un puissant levier d’émancipation lorsqu’elle permet à une communauté de transmettre ses valeurs, son histoire et sa vision du monde. L’homme de culture a ainsi plaidé pour une meilleure valorisation des langues africaines, qu’il considère comme des vecteurs essentiels de mémoire et d’identité. Poursuivant son propos, il a salué l’initiative portée par Gabriel Fopa à travers la plateforme Aňdjeun, dont le nom puise ses racines dans le patrimoine linguistique camerounais. Dans plusieurs langues bamiléké, notamment le ghomala’ et le fe’efe’, « Aňdjeun » désigne une source d’eau potable. Pour Bingono Bingono, ce choix n’est pas anodin. Il y voit une métaphore forte du rôle que doit jouer la connaissance dans la société. « L’eau est source de vie. Elle irrigue les terres, nourrit les hommes et assure la continuité de l’existence. Dans la cosmologie africaine, elle occupe une place centrale. Donner ce nom à une bibliothèque numérique, c’est affirmer que le savoir doit être une source accessible à tous », a-t-il expliqué. L’écrivain a également mis en avant la nécessité de construire une véritable alliance entre la culture et le numérique. Selon lui, les technologies modernes ne doivent pas être de simples outils de consommation de contenus venus d’ailleurs, mais des espaces de valorisation du patrimoine intellectuel africain. Pour illustrer sa pensée, il a eu recours à une image simple : le numérique représente le contenant, tandis que la culture africaine en constitue le contenu. « Nous disposons aujourd’hui d’outils technologiques performants. Mais leur véritable valeur dépend de ce que nous y mettons. Si nous remplissons ces outils de nos savoirs, de nos langues, de notre histoire et de nos savoir-faire, alors le numérique deviendra un puissant moteur de développement pour le Cameroun et pour l’Afrique », a-t-il affirmé. Pour François Bingono Bingono, l’avenir du continent passe précisément par cette rencontre harmonieuse entre innovation technologique et héritage culturel. Une vision qui rejoint pleinement l’ambition portée par Aňdjeun : faire du numérique un vecteur de diffusion des connaissances, de préservation des identités et d’émancipation des jeunes générations africaines. Cette version est rédigée dans un style de reportage de presse et assure une transition fluide entre le contexte de l’événement et l’intervention de François Bingono Bingono.

Yaoundé : Gabriel Fopa présente « Aňdjeun», une bibliothèque numérique pour éveiller la jeunesse africaine

Yaoundé : Gabriel Fopa présente « Aňdjeun», une bibliothèque numérique pour éveiller la jeunesse africaine Après un lancement officiel à Douala le 6 mai 2026, la plateforme numérique Aňdjeun a été présentée ce 28 mai à Yaoundé au cours d’une cérémonie ayant réuni écrivains, journalistes, acteurs culturels et représentants institutionnels, sous la présidence du ministère de la Jeunesse et de l’Éducation civique. Portée par Gabriel Fopa, fondateur et *PDG d’ITGStore*, cette bibliothèque numérique ambitionne de démocratiser l’accès au savoir, à la culture et aux formations pratiques pour la jeunesse africaine. Dans cet entretien accordé à 237 News, le promoteur du projet revient sur la vision d’Aňdjeun, les contenus proposés et les ambitions sociales de cette initiative. 237 News : Vous venez de présenter officiellement la plateforme Aňdjeun à Yaoundé. Quelle est la vision qui se cache derrière ce projet ? Gabriel Fopa: Aňdjeun est avant tout une plateforme de bibliothèque numérique pensée pour rendre le savoir accessible partout dans le monde, et particulièrement au Cameroun et en Afrique. Aujourd’hui, nous avons déjà plus de 4 000 livres disponibles et ce chiffre continue d’augmenter chaque jour. Notre conviction est simple : l’être humain est fondamentalement un être d’esprit. Ce qui nous transforme réellement, ce qui développe notre génie intérieur, c’est notre capacité à rencontrer les grandes idées, les grands penseurs et les grands textes de l’humanité. De Nietzsche à Cheikh Anta Diop, de Guy de Maupassant à Achille Mbembe, de Chinua Achebe à Felwine Sarr ou Jean-Marc Ela, nous voulons permettre aux jeunes Africains d’accéder à ces ressources intellectuelles et philosophiques. L’objectif est d’aider chacun à déconstruire les conditionnements qui freinent encore notre continent : le complexe d’infériorité, l’idée que tout est meilleur ailleurs, ou encore cette dépendance intellectuelle héritée de l’histoire. La culture est une arme contre l’ignorance, et sans connaissance, il est impossible de créer, d’innover ou même de se comprendre soi-même. 237 News : La plateforme ne se limite pas seulement aux livres. Vous proposez également des formations pratiques. Pourquoi ce choix ? Gabriel Fopa: Parce que nous voulons associer le savoir-être au savoir-faire. Une société ne peut pas se développer uniquement avec des discours intellectuels ; il faut aussi des compétences concrètes capables de créer de l’emploi et de la dignité. Nous avons commencé par des formations agricoles autour de l’apiculture, de l’aquaculture, de l’héliciculture — c’est-à-dire l’élevage des escargots — ainsi que la culture des champignons. Ce sont des activités accessibles à de nombreux jeunes, y compris dans les zones rurales. Par exemple, un jeune vivant à Foumban, à Guider ou dans l’Adamaoua peut, avec deux ou trois de ces activités, générer des revenus mensuels importants sans forcément quitter son village. Nous voulons montrer que les solutions existent aussi ici, sur notre territoire. Ensuite, nous allons intégrer des modules sur l’ébénisterie, la mécanique automobile, la chaudronnerie et d’autres métiers techniques. Ce sont des secteurs qui créent rapidement des emplois. Mais il est essentiel que ce savoir-faire repose sur un savoir-être solide. Comme le disait Rabelais : « Science sans conscience n’est que ruine de l’âme. » Nous voulons former des jeunes compétents, mais aussi enracinés culturellement et humainement. 237 News : Comment fonctionne concrètement l’accès à Aňdjeun et comment comptez-vous toucher les jeunes vivant dans les zones éloignées ? Gabriel Fopa: Nous avons voulu construire un modèle accessible et durable. L’abonnement annuel coûte 5 000 FCFA pour les adultes et 2 500 FCFA pour les jeunes détenteurs de la carte jeune biométrique. Cet abonnement donne accès à toute la bibliothèque numérique, aux formations et également aux « causeries d’auteurs » que nous organiserons chaque mois. Ce seront des échanges avec des écrivains, intellectuels et penseurs africains ou amis de l’Afrique, autour de sujets liés à la persévérance, à l’engagement, à la créativité ou encore au développement personnel. Nous voulons également travailler avec les opérateurs de télécommunications pour installer des espaces de lecture dans les zones enclavées. Des tablettes et terminaux numériques permettront aux jeunes n’ayant ni smartphone ni connexion internet d’accéder malgré tout aux contenus de la plateforme. L’idée est que la culture et le savoir ne soient plus réservés à une élite urbaine. Nous voulons que chaque jeune Africain puisse découvrir son potentiel, développer son génie intérieur et offrir le meilleur de lui-même au monde. Denise Ebelle

Santé maternelle et développement : l’UNFPA et la BAD scellent un partenariat stratégique pour l’Afrique

Santé maternelle et développement : l’UNFPA et la BAD scellent un partenariat stratégique pour l’Afrique Le Fonds des Nations Unies pour la population (UNFPA) et la Banque Africaine de Développement (BAD) renforcent leur coopération en faveur de la santé maternelle et du développement du capital humain en Afrique. Les deux institutions ont signé un nouveau protocole d’accord visant à faire de la santé des femmes et de la dynamique démographique des leviers majeurs de transformation économique du continent. L’accord a été conclu en marge des Assemblées annuelles de la Banque Africaine de Développement. À travers ce partenariat, les deux organisations entendent promouvoir une approche qui considère désormais la santé maternelle non seulement comme une question sanitaire, mais aussi comme un investissement stratégique pour la croissance économique, la productivité et la résilience des pays africains. Faire de la santé des femmes un moteur de croissance Pour l’UNFPA et la BAD, l’Afrique dispose d’un important potentiel démographique capable de soutenir son développement économique, à condition d’investir davantage dans les femmes et les jeunes. « Le progrès économique du continent ne sera possible que si nous faisons de la santé des femmes une priorité », a déclaré Diene Keita, Directrice exécutive de l’UNFPA, soulignant que les décès maternels évitables demeurent l’un des défis majeurs du développement en Afrique. Malgré les avancées enregistrées ces dernières années dans la réduction de la mortalité maternelle, plusieurs obstacles persistent encore, notamment les inégalités d’accès aux soins de santé de qualité, les insuffisances des infrastructures sanitaires et les difficultés de financement. Des investissements ciblés pour renforcer les systèmes de santé Dans le cadre de cette nouvelle collaboration, l’UNFPA et la BAD prévoient d’explorer des mécanismes innovants de financement afin d’accompagner les États africains dans leurs investissements en faveur de la santé et de la jeunesse. Les priorités identifiées concernent notamment : la modernisation des ressources humaines en santé à travers la formation digitalisée ; le renforcement des chaînes locales d’approvisionnement médical ; l’amélioration des infrastructures sanitaires adaptées aux effets du changement climatique ; ainsi que la numérisation des systèmes d’information sanitaire. Les deux partenaires souhaitent également placer les questions démographiques au centre des stratégies nationales de financement afin de mieux préparer les pays africains aux évolutions futures de leur population. Des résultats déjà visibles dans plusieurs pays africains L’UNFPA et la Banque Africaine de Développement collaborent depuis 1992 sur plusieurs projets liés à la santé, aux données démographiques et au développement humain. Au Cameroun, cette coopération a notamment permis d’améliorer l’accès aux soins obstétricaux et néonatals d’urgence dans 11 districts sanitaires. Selon les données présentées, le taux de couverture des soins prénatals a atteint 90 % dans les zones ciblées, tandis que la prévalence contraceptive moderne a progressé au-delà de la moyenne nationale. En Côte d’Ivoire, le partenariat a contribué à la modernisation des données démographiques grâce au recensement de la population, facilitant ainsi l’élaboration de projections fiables sur la fécondité, les migrations et la mortalité. À Madagascar, des actions de sensibilisation associant hygiène, assainissement et santé reproductive ont été menées dans plusieurs régions rurales. La collaboration a également permis d’intégrer les questions de santé sexuelle, de genre et de protection dans les plans d’adaptation au changement climatique de plusieurs pays d’Afrique de l’Est et australe. À travers ce partenariat renouvelé, l’UNFPA et la BAD ambitionnent de renforcer les politiques publiques en faveur des femmes et des jeunes, considérés comme des acteurs essentiels du développement africain. Pour les deux institutions, investir dans la santé reproductive, les droits des femmes et le capital humain constitue désormais un enjeu stratégique pour permettre à l’Afrique de tirer pleinement profit de son dividende démographique et d’assurer une croissance durable au cours des prochaines décennies.

Tabac au Cameroun : la C3T dénonce l’influence persistante des industriels sur les politiques de santé

Tabac au Cameroun : la C3T dénonce l’influence persistante des industriels sur les politiques de santé La Coalition Camerounaise Contre le Tabac (C3T) tire une nouvelle fois la sonnette d’alarme sur l’ingérence de l’industrie du tabac dans les politiques publiques au Cameroun. C’était à l’occasion de l’atelier de vulgarisation du rapport 2025 sur l’indice d’ingérence de l’industrie du tabac, organisé mardi 26 mai à Yaoundé, en prélude aux activités marquant la Journée mondiale sans tabac 2026. Les travaux étaient présidés par le Pr Joseph Marie Mendimi Nkodo, Conseiller technique N°2 au ministère de la Santé publique. Dans ce rapport, la C3T met en évidence les multiples pressions exercées par les industriels du tabac pour ralentir, voire bloquer, plusieurs réformes sanitaires engagées au Cameroun. Même si le pays enregistre une légère amélioration de son indice d’ingérence — passé de 81 en 2023 à 76 en 2025 — la société civile estime que la situation demeure préoccupante. Plus de 4 500 décès chaque année Selon les données présentées, le tabagisme provoque environ 4 532 décès par an au Cameroun. Au-delà des pertes humaines, son coût économique est évalué à plus de 85 milliards de FCFA chaque année. Le rapport souligne également les conséquences sociales du phénomène. Dans certaines familles, les dépenses consacrées au tabac absorbent une part importante des revenus, au détriment de l’alimentation, de l’éducation et des soins de santé. La consommation du tabac contribue par ailleurs à la progression des maladies non transmissibles comme les cancers, les AVC et le diabète, qui représentent près de 43 % des décès dans le pays. Des textes toujours bloqués La C3T dénonce le retard accusé dans l’adoption de plusieurs textes réglementaires majeurs. Parmi eux figure le décret d’application de la loi de 2006 interdisant la publicité, la promotion et le parrainage du tabac, toujours en attente après près de deux décennies. L’organisation rappelle aussi que le projet de loi nationale sur le contrôle du tabac, transmis à la Présidence de la République depuis 2011, n’a jamais été examiné par le Parlement. Le rapport évoque également le dossier controversé de la chicha. Selon les auteurs, certaines mesures de restriction envisagées par le ministère de la Santé publique auraient été freinées par une correspondance du ministère de l’Administration territoriale datant de septembre 2024. Le retard des avertissements sanitaires pointé du doigt Autre sujet d’inquiétude : le renouvellement des avertissements sanitaires graphiques sur les paquets de cigarettes. La réglementation prévoit pourtant une rotation des images tous les deux ans afin de renforcer leur impact préventif. Mais depuis juin 2023, la nouvelle série d’illustrations attend toujours d’être validée. Pour la société civile, ce retard illustre l’influence persistante des industriels sur certaines décisions administratives. Des conflits d’intérêts dénoncés Le rapport met également en cause certains avantages fiscaux accordés aux fabricants locaux de cigarettes, ainsi que la présence de représentants de l’industrie du tabac dans certains organes techniques et institutions publiques. La Coalition regrette surtout l’absence d’un cadre réglementaire clair encadrant les relations entre les pouvoirs publics et les groupes de pression du secteur du tabac. La société civile appelle à des mesures urgentes Face à cette situation, la C3T appelle les autorités camerounaises à appliquer pleinement les dispositions de la Convention-cadre de l’OMS pour la lutte antitabac. L’organisation recommande notamment : l’adoption rapide de la loi nationale antitabac ; la validation de la nouvelle série d’avertissements sanitaires graphiques ; la création d’un registre public des activités de lobbying ; ainsi qu’un encadrement strict des interactions entre responsables publics et industriels du tabac. À travers cet atelier, les acteurs de la lutte antitabac ont voulu rappeler que la question dépasse désormais le simple cadre réglementaire. Pour eux, il s’agit d’un véritable enjeu de santé publique et de protection des jeunes générations au Cameroun.

Éducation au Cameroun : ces règles qui éloignent silencieusement des jeunes filles des salles de classe

Éducation au Cameroun : ces règles qui éloignent silencieusement des jeunes filles des salles de classe Il est presque 8 h 30 ce vendredi 20 mars 2026. Dans la salle de classe de 6e C3 du lycée de Nkoabang, situé dans l’arrondissement de Nkolafamba, département de la Méfou-et-Afamba, l’agitation habituelle du début des cours règne déjà. Les élèves s’installent, échangent quelques mots avant l’arrivée de l’enseignant. Mais au premier banc de la troisième rangée, Adriana reste silencieuse. Depuis son réveil, une douleur persistante lui serre le bas-ventre. Ces fameuses crampes sont de retour. Elle connaît déjà cette sensation. Chaque mois, c’est presque le même scénario. La veille encore, elle espérait que cette fois serait différente. Mais ce matin, elle peine à se concentrer. Entre les douleurs abdominales et l’inquiétude d’une éventuelle fuite sur son uniforme, une question revient sans cesse dans son esprit : pourra-t-elle tenir jusqu’à la fin des cours ? Pour beaucoup de jeunes filles camerounaises, cette réalité est loin d’être exceptionnelle. Derrière les chiffres sur la scolarisation se cache un combat discret : celui de la précarité menstruelle. Un phénomène souvent réduit à un simple manque de protections hygiéniques, alors qu’il touche aussi la santé physique, le bien-être psychologique et le parcours scolaire. Des douleurs et des inconforts qui éloignent les filles des salles de classe Pour certaines adolescentes, les périodes menstruelles deviennent des journées particulièrement difficiles à gérer. Elles doivent faire face aux douleurs abdominales, aux malaises, à la fatigue ou aux inconforts qui accompagnent parfois les règles. Les douleurs menstruelles sont souvent considérées comme un phénomène normal auquel il faudrait simplement s’habituer. Pourtant, certaines jeunes filles décrivent des crampes si intenses qu’elles éprouvent des difficultés à marcher, à rester assises longtemps ou à suivre les explications en classe. Dans plusieurs cas, les conséquences sont directes : certaines élèves préfèrent rester à la maison pendant un ou plusieurs jours. D’autres viennent à l’école mais passent une grande partie de leur temps à essayer de supporter leurs douleurs plutôt qu’à suivre les cours. À long terme, ces absences répétées peuvent avoir des répercussions sur les résultats scolaires, la participation en classe et même la motivation à poursuivre les études. Le poids du silence et des tabous Au-delà de la douleur physique, plusieurs jeunes filles affrontent une autre difficulté : l’absence de dialogue. Certaines adolescentes n’osent pas parler de leurs règles à leurs parents. Par gêne, par peur des réactions ou parce que le sujet reste très sensible dans certaines familles, elles apprennent à gérer seules une réalité qu’elles découvrent parfois sans préparation suffisante. Certaines utilisent des solutions improvisées lorsqu’elles ne disposent pas de protections adaptées. D’autres gardent leurs douleurs pour elles et préfèrent souffrir en silence. Cette solitude peut progressivement affecter leur confiance en elles. À force d’éviter certaines situations ou de craindre les moqueries et les jugements, certaines jeunes filles finissent par s’isoler davantage. Dans plusieurs établissements, notamment dans certaines zones rurales ou périurbaines, l’insuffisance des infrastructures sanitaires complique davantage la situation. Toilettes peu adaptées, manque d’eau ou absence d’espaces offrant une certaine intimité rendent la gestion des menstruations encore plus difficile. La question dépasse ainsi le simple cadre de l’hygiène pour toucher directement l’éducation, la santé et l’égalité des chances. Car derrière une chaise vide dans une salle de classe se cache parfois une adolescente qui ne manque pas les cours par manque de volonté, mais parce qu’elle tente simplement de gérer seule une douleur, une inquiétude ou une réalité dont on parle encore trop peu.   Denise EBELLE

Forêts au Cameroun : quand les paysans deviennent les premiers gardiens de la biodiversité

Forêts au Cameroun : quand les paysans deviennent les premiers gardiens de la biodiversité Et si la restauration des forêts ne se jouait pas dans les grandes déclarations politiques, mais dans les champs des paysans et au cœur des villages ? Au Cameroun, des expériences menées sur le terrain montrent qu’en donnant une valeur économique aux arbres locaux, les communautés deviennent elles-mêmes des acteurs de la conservation. « Quand la collecte de semences autochtones rapporte à un villageois deux millions de FCFA en un an, la forêt cesse d’être une cible à abattre pour devenir un capital à préserver ». Cette conviction portée par le Dr Marius Ekué, représentant au Cameroun de l’Alliance Bioversity International-CIAT, résume une approche qui mise davantage sur les populations locales que sur les campagnes classiques de reboisement. Selon lui, plus de 2 200 collecteurs de semences répartis sur le territoire national utilisent désormais l’application MyFarm Tree Collector pour identifier et cartographier les arbres semenciers. Dans certaines zones rurales, cette activité a permis à des collecteurs d’engranger jusqu’à deux millions de FCFA de revenus supplémentaires en une année. Cette initiative s’appuie sur un mécanisme numérique de suivi baptisé MyFarm Tree. L’outil permet notamment de cartographier les exploitations agricoles, d’identifier avec les producteurs les essences adaptées aux territoires et d’assurer un suivi de la survie des plants. Une fois les arbres entretenus et leur présence vérifiée après une année, les producteurs peuvent recevoir des paiements directs via Mobile Money, sans intermédiaires. Parallèlement, le carbone capté par ces plantations est évalué afin d’ouvrir la voie à une intégration dans les marchés climatiques internationaux. Cette approche a été présentée lors d’un échange en ligne organisé par la branche camerounaise du Réseau des médias africains pour la promotion de la santé et de l’environnement (REMAPSEN), dans le cadre de la célébration de la Journée internationale de la biodiversité, commémorée chaque 22 mai autour du thème : « Agir localement pour un impact mondial ». Au cours des discussions, le spécialiste a également attiré l’attention sur les défis de la restauration forestière au Cameroun. Le pays affiche l’ambition de restaurer 12 millions d’hectares de terres d’ici 2030 dans le cadre de la Décennie des Nations unies pour la restauration des écosystèmes et de l’initiative africaine AFR100. Un objectif ambitieux qui, selon plusieurs observateurs, peine encore à produire des résultats visibles sur le terrain. Pour le Dr Marius Ekué, la restauration ne peut se résumer à des opérations massives de plantation d’espèces exotiques. « On ne fait pas de la restauration en plantant des eucalyptus ou des pins qui assèchent les nappes phréatiques et dégradent les sols. Restaurer, c’est ramener la vie avec des espèces qui appartiennent naturellement à nos écosystèmes », soutient-il. L’organisation qu’il dirige au Cameroun mène déjà plusieurs actions dans trois régions du pays. Dans l’Ouest, un travail d’inventaire biologique, de régénération naturelle assistée et de renforcement des capacités est réalisé autour de 354 forêts sacrées dans les communes de Baham et Bayangam. Dans la Lékié et aux environs de Mbalmayo, des projets d’agroforesterie sont développés, tandis que dans l’Extrême-Nord, des interventions adaptées aux réalités sahéliennes sont conduites dans des localités comme Kaélé, Moutourwa et Mindif. Les résultats enregistrés montrent une importante mobilisation de la diversité biologique : 458 essences locales d’arbres et d’arbustes ont été identifiées pour leurs intérêts alimentaires, médicinaux, aromatiques ou écologiques. Parmi elles, 216 espèces ont déjà été documentées et modélisées dans des outils scientifiques, tandis que 112 espèces natives ont été produites puis plantées au cours des trois dernières années. Au-delà des chiffres, une idée se dégage progressivement : la préservation des forêts pourrait dépendre moins des promesses et davantage de la capacité à faire des communautés rurales les bénéficiaires directs des efforts de conservation. Denise Ebelle