Réforme des taxes sur les téléphones : le Cameroun bascule dans le contrôle numérique dès le 1er avril

Réforme des taxes sur les téléphones : le Cameroun bascule dans le contrôle numérique dès le 1er avril
À la veille de l’entrée en vigueur de la nouvelle réglementation, le directeur général des Douanes, Fongod Edwin Nuvaga, a présenté à Yaoundé un dispositif entièrement digitalisé de taxation des terminaux numériques. Objectif : freiner la contrebande, améliorer la traçabilité des appareils et restaurer des recettes fiscales en forte chute.
À compter du 1er avril 2026, la douane camerounaise amorce un tournant décisif dans la gestion des importations de téléphones portables et autres terminaux connectés. Cette réforme, dévoilée le 31 mars à Yaoundé lors d’une rencontre avec la presse, vise avant tout à moderniser le système de contrôle en s’appuyant sur des outils numériques, plutôt que d’alourdir la pression fiscale.
La mobilisation autour de cette annonce a été remarquable. De nombreux médias, tant nationaux qu’internationaux, ont répondu présents, remplissant entièrement la salle. Face aux journalistes, le directeur général des Douanes a pris le temps de répondre à toutes les interrogations, apportant des éclairages sur les modalités pratiques, les coûts et les objectifs de cette transformation.
Cette réforme intervient dans un contexte préoccupant pour les finances publiques. En effet, les recettes issues de la taxation des téléphones portables ont connu une chute spectaculaire au fil des années. Alors qu’elles atteignaient en moyenne 2 milliards de FCFA par mois au début des années 2000, elles plafonnent aujourd’hui à environ 100 millions de FCFA en 2025. Une baisse drastique, d’autant plus paradoxale que le marché des télécommunications a généré près de 829,9 milliards de FCFA de revenus en 2024. Cette situation met en lumière l’ampleur des pratiques informelles et de la contrebande qui échappent au contrôle de l’État.

Depuis plusieurs années, l’administration douanière faisait face à de nombreuses failles : importations non déclarées, sous-évaluation des marchandises et limites du contrôle physique aux frontières. Pour corriger ces dysfonctionnements, les autorités ont opté pour une solution technologique basée sur l’identification des appareils via leur numéro IMEI, véritable identifiant unique.
Concrètement, le nouveau dispositif repose sur un processus entièrement numérisé. Lors de l’importation, les opérateurs économiques doivent transmettre les numéros IMEI des appareils à travers un manifeste électronique. Ces données sont ensuite analysées par le système douanier, qui identifie automatiquement les caractéristiques des terminaux — marque, modèle et catégorie — afin de générer une déclaration. Celle-ci permet de calculer les droits et taxes selon une grille prédéfinie.
Une fois les frais acquittés, les informations sont transmises aux opérateurs de téléphonie mobile, qui autorisent alors l’accès au réseau. En revanche, tout appareil non enregistré ou non régularisé pourra être bloqué, rendant son utilisation impossible.
Le taux de taxation est fixé autour de 33,33 %, mais il s’applique sur des valeurs de référence ajustées en fonction des catégories d’appareils. Cette approche permet de limiter l’impact réel sur les consommateurs tout en élargissant la base fiscale. Ainsi, un smartphone haut de gamme d’une valeur d’environ 1,5 million FCFA sera taxé sur une base réduite, avec des droits estimés entre 150 000 et 160 000 FCFA. Un téléphone de milieu de gamme, d’une valeur de 80 000 FCFA, sera imposé sur une base d’environ 25 000 FCFA, soit près de 8 000 FCFA à payer. Les téléphones basiques, quant à eux, restent faiblement taxés, avec des droits avoisinant 1 500 FCFA.
Le dispositif prévoit également une mesure d’assouplissement importante. Les téléphones, tablettes et autres terminaux déjà en circulation et ayant été connectés au moins une fois aux réseaux nationaux sont exonérés de toute régularisation. Cette disposition vise à garantir une transition progressive et à éviter toute perturbation pour les utilisateurs actuels.
En revanche, les appareils importés mais encore inactifs devront obligatoirement être déclarés et dédouanés avant leur mise en service. Les voyageurs bénéficient, pour leur part, d’un régime temporaire : leurs équipements peuvent fonctionner en itinérance pendant une période d’un mois, au-delà de laquelle une régularisation devient nécessaire.
Au-delà de la dimension fiscale, cette réforme s’inscrit dans une stratégie plus large. Elle vise à renforcer la traçabilité des équipements, à lutter contre les téléphones contrefaits ou clonés, à améliorer la qualité des réseaux et à sécuriser les usages. Elle entend également responsabiliser les acteurs de la chaîne de distribution : les vendeurs agréés devront désormais s’assurer de la conformité douanière des appareils, sous peine de sanctions.

À terme, des outils numériques permettront aux consommateurs de vérifier instantanément le statut douanier d’un téléphone avant son achat, renforçant ainsi leur protection.
Dans un secteur qui représente près de 81 % du chiffre d’affaires des télécommunications au Cameroun, cette réforme apparaît comme un enjeu majeur de souveraineté économique. En instaurant un système plus transparent, plus équitable et mieux contrôlé, l’administration douanière entend remettre de l’ordre dans un marché en pleine expansion mais longtemps fragilisé par les circuits informels.
Denise EBELLE




























































