Droits des femmes : l’émancipation et la justice par le sport

Pour briser les tabous sur le harcèlement et promouvoir une inclusion réelle des femmes, avec ou sans handicap, dans l’arène sportive camerounaise, une table ronde a été organisée jeudi 26 mars 2026 au Campus de Sup’ptic à Yaoundé-Cameroun. Plus de 200 participants ont pris d’assaut la salle des cérémonies de Sup’ptic jeudi 26 mars 2026. Étudiants, athlètes, coachs et représentants d’institutions internationales telles qu’ONU Femmes, l’UNFPA, Plan International et Sightsavers ont ainsi décidé de faire du sport, un véritable outil de leadership. Organisé sous le thème national « Droits. Justice. Action. Pour TOUTES les femmes et les filles », l’événement a été baptisé « Equal Play, Equal Power ». Pour Dr Victorine Fomum, figure de proue de l’organisation Global Women Emancipation in Sports (GWES), le constat est sans appel : malgré les avancées, les normes de genre et l’accès limité aux infrastructures freinent encore l’épanouissement des sportives. Le sport ne doit plus être un simple loisir, mais un espace sécurisé où la justice sociale s’exerce concrètement pour chaque jeune fille, peu importe sa condition physique.   Sécurité et harcèlement : briser la loi du silence L’un des moments forts de cette journée a été l’intervention de Dieudonné Eboko Mokonda, Délégué Régional des Sports et de l’Éducation Physique. Avec une franchise remarquée, il a abordé la question complexe de l’insécurité dans le milieu sportif, qu’elle soit physique, morale ou psychologique. « L’insécurité peut être physique ou psychologique, mais nous devons nous attarder sur le harcèlement », a-t-il précisé. Qu’il provienne d’un entraîneur ou d’un président de club, ce comportement est un poison pour le leadership collectif. Le délégué a insisté sur la nécessité de mettre en place des solutions, à savoir : Des cellules d’écoute pour recueillir les témoignages ; Une sécurité judiciaire accrue pour protéger les victimes ; Des sanctions exemplaires, allant de l’exclusion définitive du groupe à des poursuites pénales (amendes ou emprisonnement). L’appel est clair : les leaders sportifs doivent devenir des remparts contre les abus et non leurs auteurs.   Connaître ses droits pour mieux se défendre Le débat a également permis de relever un déficit d’information chez les athlètes. Si des textes réglementaires existent au sein des fédérations et des ligues régionales depuis 2007, ils restent trop souvent méconnus des premières concernées. « Il faudrait que les athlètes s’approprient les règlements et les statuts pour connaître leurs droits et leurs devoirs », a rappelé Dieudonné Eboko Mokonda. Cette éducation juridique est le premier pas vers l’autonomisation. En connaissant les dispositifs de protection prévus par le gouvernement et les instances sportives, les femmes peuvent plus facilement dénoncer les dérives et exiger un environnement de pratique sain.   Inclusion et handicap : le défi du sport pour toutes Le panel d’experts, enrichi par l’expertise de Sightsavers et de Plan International, a mis un accent particulier sur l’inclusion des filles et femmes vivant avec un handicap. Le sport inclusif ne doit pas être une option, mais une norme. Les stratégies discutées visent à adapter les programmes sportifs pour garantir que le handicap ne soit plus une barrière à la participation sociale. À travers des sessions dédiées au leadership, les intervenants ont démontré que les compétences acquises sur un terrain de sport -résilience, esprit d’équipe, discipline- sont directement transposables dans la vie professionnelle et publique. Le sport devient ainsi un accélérateur de carrière aligné sur les priorités de développement du Cameroun.   Des engagements scellés L’événement de Sup’ptic ne s’est pas limité à des discours. Il a permis de sceller des engagements entre la société civile, représentée par GWES, et les partenaires au développement. Les recommandations issues des échanges visent à créer une synergie durable pour améliorer la sécurité et l’inclusion dans chaque stade et chaque gymnase du pays. Les témoignages poignants d’athlètes féminines ont renforcé la détermination des participants. En clôturant cette journée, l’ambition était affichée : faire du Cameroun un modèle où le sport est un sanctuaire de droits et un moteur de puissance pour toutes les femmes.                          

Chômage des femmes de plus de 40 ans : une crise silencieuse au Cameroun

La Stratégie nationale de développement 2020-2030 (SND30) place l’inclusion socio-économique des couches vulnérables au cœur de ses priorités au Cameroun. Mais une bonne frange de la population féminine camerounaise semble reléguée aux marges du marché du travail. Les femmes âgées de plus de quarante ans, particulièrement celles assumant une charge familiale en situation monoparentale, se heurtent à un mur de difficultés quasi infranchissables.  « Je suis une femme de 45 ans, mère de trois enfants, et je suis au chômage depuis plus de deux ans, témoigne Marie, résidente à Yaoundé, le regard las. J’ai postulé à d’innombrables offres d’emploi, mais la réponse est invariable : mon âge est un frein, ou mes compétences ne correspondent pas aux attentes du moment. C’est d’un découragement sans nom. » Le fardeau est plus lourd encore pour les mères seules. Sophie, habitante de Douala, partage son calvaire : « Divorcée, je dois subvenir seule aux besoins de mes deux enfants. Les employeurs hésitent à m’embaucher, craignant sans doute que mes responsabilités familiales n’entravent ma disponibilité. Et comment pourrais-je accepter un emploi, même si on m’en proposait un, sans pouvoir assumer le coût d’une nourrice ? C’est un cercle vicieux. »   Plus de 70% de plus de 40 ans au chômage Les données disponibles dressent un tableau préoccupant. Bien que les chiffres sur le chômage des jeunes (18-35 ans) oscillent entre 36 % et 39 % dans le monde, la situation des quadragénaires et quinquagénaires, moins documentée, n’en est pas moins alarmante. Selon une étude de référence, plus de 70 % des femmes de cette tranche d’âge seraient en situation de chômage, un taux plus de deux fois supérieur à celui des hommes du même âge. Cette statistique, si elle est confirmée par des enquêtes approfondies, révèle l’ampleur d’une crise silencieuse. Cette mise à l’écart renferme de multiples causes qui s’enchevêtrent. L’obsession des recruteurs pour la jeunesse, érigée en principal critère de sélection, constitue le premier obstacle. Les programmes gouvernementaux d’insertion, tel que le célèbre dispositif « Un jeune, Un Métier, Un Emploi » (JEME), fixent implicitement ou explicitement une limite d’âge à 40 ans, excluant de facto les candidates plus âgées de ces mécanismes d’accompagnement et de financement public. Par ailleurs, le manque d’un réseau professionnel efficient et l’obsolescence perçue de leurs compétences dans un marché en mutation rapide aggravent leur situation. L’accès aux formations de reconversion professionnelle, souvent onéreuses, relève du luxe inaccessible pour des femmes aux revenus précaires.   Et celles de la diaspora La situation des Camerounaises de retour au bercail après une expérience professionnelle à l’étranger est tout aussi édifiante. Le parcours du combattant pour la réinsertion concerne aussi les membres de la diaspora, qui malgré une expertise acquise hors du continent, se heurtent aux mêmes préjugés . « J’ai passé dix ans à travailler en Europe, forte d’un parcours dont je suis fière », confie une quinquagénaire revenue au Cameroun. « Pourtant, je n’ai pas réussi à décrocher le moindre entretien concluant. Ici, on préfère miser sur un jeune diplômé, que l’on croit plus malléable et moins exigeant, plutôt que de miser sur l’expérience et la maturité. » Contrairement à certains pays voisins tels que le Gabon et le Nigeria, qui commencent à explorer l’assurance-chômage, le système camerounais repose encore sur la solidarité familiale et l’épargne personnelle pour pallier l’absence de filet de sécurité étatique. Au Cameroun, l’indemnité de chômage (un revenu versé périodiquement par l’État ou un organisme social après la perte d’un emploi) n’existe pas dans le système de sécurité sociale actuel. Arnaud Kevin Ngano