87e session de la CADHP : la CDHC tire la sonnette d’alarme sur la montée des violences au Cameroun

87e session de la CADHP : la CDHC tire la sonnette d’alarme sur la montée des violences au Cameroun
Réunie à Banjul, en Gambie, dans le cadre de la 87e session ordinaire de la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples (CADHP), la Commission des Droits de l’homme du Cameroun (CDHC) a dressé un bilan contrasté de la situation des droits humains dans le pays. Si l’institution présidée par le Pr James Mouangue Kobila salue les avancées enregistrées dans les domaines sécuritaire, judiciaire et technologique, elle alerte néanmoins sur la recrudescence des violences faites aux femmes et aux enfants, ainsi que sur la persistance de l’insécurité dans les régions affectées par les conflits armés.
Au registre des avancées, la CDHC a notamment salué les efforts de coopération internationale engagés dans la lutte contre les groupes terroristes et séparatistes armés opérant dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest. L’institution a évoqué l’arrestation récente, aux États-Unis, de deux individus soupçonnés de soutenir financièrement et logistiquement des groupes armés actifs dans ces zones en crise.
La Commission a également mis en avant le renforcement des capacités techniques de l’Agence nationale des technologies de l’information et de la communication (ANTIC). Grâce à l’acquisition de nouveaux équipements technologiques, l’agence devrait intensifier la lutte contre les discours haineux, le cyberharcèlement et les atteintes à la vie privée observées sur les plateformes numériques.
Sur le terrain judiciaire, la CDHC a relevé plusieurs initiatives visant à combattre l’impunité, particulièrement dans les affaires impliquant des enfants. L’institution a cité le procès relatif à l’assassinat du jeune Nathanaël Mathys Ouandji Beao, tué en mai 2025 à Yaoundé. Le principal accusé a été condamné à la peine capitale ainsi qu’au versement de dommages et intérêts importants à la famille de la victime. Toutefois, la Commission a rappelé que la peine de mort, bien qu’encore prévue par la législation camerounaise, n’est plus appliquée depuis près de trois décennies.
Concernant les violences basées sur le genre, la CDHC a salué les consultations organisées à Ebolowa et Yaoundé dans le cadre de l’élaboration d’un avant-projet de loi spécifique contre les VBG. Ces travaux visent à renforcer l’arsenal juridique destiné à protéger les femmes et les jeunes filles contre les violences physiques, psychologiques et économiques.
Malgré ces évolutions jugées encourageantes, la Commission des Droits de l’homme du Cameroun s’est dite profondément préoccupée par la recrudescence des violences contre les personnes vulnérables, notamment les enfants et les femmes.
Selon les chiffres présentés à Banjul, au moins 37 enfants ont été assassinés au Cameroun au cours de l’année 2025. À cela s’ajoutent déjà six cas d’infanticide recensés depuis le début de l’année 2026. La CDHC dénonce également la multiplication des violences sexuelles commises sur des mineurs, appelant à des mesures plus fermes pour protéger les enfants.
Le constat est tout aussi alarmant concernant les violences faites aux femmes. D’après les données relayées par le ministère de la Promotion de la Femme et de la Famille, 76 féminicides ont été enregistrés en 2025. Entre janvier et avril 2026, près de 30 femmes auraient déjà perdu la vie dans des contextes de violences conjugales ou domestiques.
Sur le plan sécuritaire, la CDHC demeure préoccupée par les violences persistantes dans les régions en crise. L’institution a notamment évoqué l’assassinat de plusieurs éleveurs mbororo dans le Nord-Ouest, un drame qui illustre la gravité des tensions communautaires et des représailles attribuées à des groupes séparatistes armés.
Face à cette situation, la Commission formule plusieurs recommandations aux autorités camerounaises. Elle plaide notamment pour un renforcement de la sécurité autour des établissements scolaires, une application rigoureuse des sanctions contre les auteurs de violences, l’accélération du processus d’adoption de la loi sur les violences basées sur le genre ainsi qu’une approche plus inclusive dans la gestion des crises sécuritaires.
Alors que la CADHP célèbre le 45e anniversaire de la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples, la CDHC a enfin lancé un appel solennel aux États africains et à leurs partenaires internationaux afin qu’ils ne manquent pas, selon ses termes, “le rendez-vous avec l’histoire” dans la défense et la promotion des droits fondamentaux sur le continent.







































































