PRIX DE L’EAU : LE CAMEROUN FAIT LE CHOIX D’UN TARIF ENCADRÉ
D’un pays africain à l’autre, l’eau potable est rarement facturée selon un tarif unique. Tranches de consommation, tarifs sociaux et bornes-fontaines constituent autant de mécanismes utilisés pour préserver l’accès des ménages à ce service essentiel. Le modèle camerounais s’inscrit dans cette logique.
Comparer le prix de l’eau en Afrique peut sembler simple : il suffirait de convertir les tarifs en francs CFA et de les classer. La réalité est beaucoup plus complexe. Les opérateurs appliquent des tranches différentes, certains ajoutent des frais fixes, d’autres intègrent l’assainissement ou différentes taxes. Une comparaison sérieuse doit donc tenir compte de ces paramètres.
Au Cameroun, le système appliqué par CAMWATER repose notamment sur deux niveaux pour les consommateurs domestiques : 293 FCFA HT/m³ jusqu’à 10 m³ et 364 FCFA HT/m³ au-delà. Les bornes-fontaines bénéficient quant à elles d’un tarif de 293 FCFA HT/m³.
Ce dispositif place la consommation au centre de la tarification et offre une protection particulière aux petits volumes. Cette construction progressive n’est pas propre au Cameroun. Dans plusieurs pays africains, les autorités de régulation ou les opérateurs publics utilisent également des tranches pour éviter que les ménages consommant peu ne supportent les mêmes charges unitaires que les gros consommateurs.
Au Kenya, par exemple, le système tarifaire de Nairobi prévoit lui aussi plusieurs tranches pour les consommateurs résidentiels. Au Ghana, le régulateur PURC utilise également un « lifeline tariff » destiné aux petits consommateurs.
Le principe commun est donc moins le niveau absolu du prix que la recherche d’un équilibre entre coût du service et capacité de paiement des ménages.
Le cas camerounais : le tarif comme instrument d’accessibilité
Au Cameroun, cette logique est particulièrement visible avec les bornes-fontaines. CAMWATER a récemment mis en service plusieurs équipements de ce type à Ngaoundéré et dans ses environs, avec un tarif de 293 FCFA HT/m³. L’entreprise présente cette politique comme un moyen de renforcer l’accès à l’eau potable dans les zones urbaines et périurbaines. L’intérêt de ces équipements est double. Ils rapprochent le point d’eau des populations qui ne disposent pas nécessairement d’un branchement individuel et proposent un tarif inférieur à celui appliqué aux ménages raccordés.
L’action sociale se situe donc également dans l’infrastructure : lorsqu’un réseau est étendu, lorsqu’une borne-fontaine est installée ou lorsqu’un quartier jusque-là mal desservi est raccordé, c’est la capacité d’accès au service qui progresse.
Un service dont les coûts sont loin du seul prix affiché

La comparaison internationale permet également de replacer le tarif camerounais dans son contexte économique. Le budget 2026 de CAMWATER s’élève à 84,024 milliards de FCFA. Sur cette enveloppe, 9,615 milliards de FCFA sont consacrés au développement des infrastructures et près de 32,921 milliards à la gestion de l’exploitation.
À cela s’ajoutent des dépenses indispensables au traitement de l’eau. Pour 2026, l’entreprise a prévu une mobilisation de 10,66 milliards de FCFA pour l’acquisition de produits chimiques destinés au traitement de l’eau potable. Ces données ne permettent pas, à elles seules, de calculer le coût complet d’un mètre cube. Elles montrent cependant l’importance des ressources mobilisées pour faire fonctionner le service.
C’est pourquoi comparer uniquement « le prix du mètre cube » peut être trompeur. Le véritable coût supporté par le système inclut une chaîne beaucoup plus large : production, traitement, énergie, transport, maintenance, renouvellement des équipements et extension des réseaux. Dans cette perspective, le tarif de 364 FCFA HT/m³ appliqué aux ménages camerounais doit être lu comme le résultat d’un système tarifaire encadré, et non comme le reflet automatique de l’ensemble des dépenses engagées pour fournir l’eau.
La question centrale devient alors celle de l’équilibre : comment maintenir l’eau potable à un niveau accessible tout en donnant à l’opérateur les moyens de moderniser ses infrastructures et d’améliorer la qualité du service ?
C’est sur cette ligne de crête que se situe la dimension sociale de CAMWATER. Elle se manifeste dans la tarification, mais également dans les investissements destinés à rapprocher l’eau potable des populations. L’enjeu dépasse donc la facture individuelle. Il touche à une question fondamentale de service public : permettre au plus grand nombre d’accéder à une eau potable à un coût supportable, tout en assurant la pérennité des infrastructures qui rendent cette desserte possible. Dans ce modèle, le prix du mètre cube n’est qu’une partie de l’histoire. L’autre se trouve dans les milliards mobilisés pour que l’eau puisse effectivement.
Denise Ebelle










































































































































