CAMWATER : quatre ans de leadership Blaise Moussa, entre grands chantiers et transformation

Depuis son arrivée à la tête de la Cameroon Water Utilities Corporation (CAMWATER) en 2022, Blaise Moussa a inscrit son action dans une dynamique qui dépasse la seule production d’eau potable. Infrastructures, extension des réseaux, nouveaux branchements, digitalisation, performance commerciale et dialogue social constituent les principaux axes d’un management qui entend accompagner la transformation de l’entreprise publique de distribution d’eau. Quatre ans après sa prise de fonctions, plusieurs grands chantiers permettent de mesurer cette orientation. Le plus emblématique reste sans doute le renforcement de l’alimentation en eau potable de Yaoundé et de ses environs à partir de la Sanaga. Mis en service en août 2024, le PAEPYS a porté la capacité de production destinée à la capitale à 300 000 m³ par jour, avec une possibilité d’extension à 400 000 m³. La CAMWATER a, dans la foulée, été appelée à relever un autre défi : assurer l’intégration effective de ces volumes supplémentaires dans un réseau de distribution qui devait lui aussi être renforcé. C’est tout l’enjeu du Projet d’urgence pour une meilleure intégration du volume d’eau supplémentaire du PAEPYS, le PUMIP. En tant que maître d’ouvrage, la CAMWATER a engagé des travaux sur plusieurs points stratégiques du réseau de Yaoundé afin d’absorber et de redistribuer cette nouvelle production. Le projet a notamment concerné les secteurs de Golf, Nyom, Tsinga Village, Ebogo, Nkolbong, Mvan Tropicana, Odza et Minkan. Mais l’action sur le réseau ne s’est pas limitée aux grands projets structurants. En 2026, le renforcement de l’étage de distribution d’Etoug-Ebe a permis d’engager la pose de 1 200 mètres de conduite en fonte ductile DN400, avec l’objectif d’augmenter le flux vers cette partie de la capitale de quelque 10 000 m³ par jour. Plusieurs quartiers, dont Mendong, Zibi, Maetur, Simbock, Jouvence, Damase et Ebom, sont concernés par cette opération. La même logique est perceptible dans d’autres secteurs de Yaoundé. À Yaoundé VI, des travaux de renforcement, d’extension et de densification du réseau ont été lancés en septembre 2025 pour améliorer la desserte de plusieurs quartiers. Ces interventions traduisent une évolution dans l’approche : il ne s’agit plus seulement d’augmenter la production, mais de travailler simultanément sur le transport, le stockage et la distribution afin que l’eau produite puisse effectivement parvenir aux usagers. À Douala, le projet de réhabilitation et d’extension de la station de Japoma constitue un autre chantier majeur. Le contrat avec l’entreprise INRIGO AS a été signé en juin 2025. L’objectif affiché est de faire passer la capacité de production de la station de 55 000 à environ 123 000 m³ par jour. Ce projet doit ainsi contribuer au renforcement de l’offre dans la capitale économique, où la croissance démographique exerce une pression constante sur les infrastructures. De nouveaux branchements pour élargir l’accès L’extension de la couverture constitue également un marqueur du mandat. En 2024, la CAMWATER annonçait une campagne visant 200 000 nouveaux branchements à l’échelle nationale, après l’apurement de 8 000 branchements alors en attente. L’initiative devait notamment permettre de rapprocher davantage le réseau public des ménages et d’accélérer l’accès au service. Cette orientation s’est poursuivie en 2026 avec une nouvelle impulsion donnée à l’extension des réseaux et aux branchements. Dans plusieurs villes, des opérations de densification ont été engagées. À Dang, par exemple, le réseau a été étendu de plus de 35 kilomètres et de nouvelles bornes-fontaines ont été mises en service. Au-delà des deux principales métropoles, la CAMWATER a également relancé ou engagé plusieurs projets destinés aux villes secondaires. En janvier 2025, un troisième avenant au contrat commercial avec Biwater a été signé pour la mise en œuvre du projet d’alimentation en eau potable de 13 villes. Le programme doit notamment permettre l’extension des réseaux et la fourniture de kits de branchement et de compteurs. Autre avancée à mettre au crédit de cette période : la signature, en septembre 2025, d’un accord pour la réhabilitation et le renforcement des systèmes d’approvisionnement en eau potable de dix villes. Le projet concerne notamment Tignère, Abong-Mbang, Guidiguis, Kribi, Bandjock, Monatélé, Ndokayo, Ngong, Ntui et Pitoa. La transformation ne se limite pas aux infrastructures Le bilan de ces quatre années ne saurait cependant être réduit aux kilomètres de conduites posés ou aux capacités de production annoncées. La CAMWATER travaille également à une transformation de ses méthodes de fonctionnement. La digitalisation occupe ainsi une place croissante dans la stratégie de l’entreprise. Téléphonie par voix sur Internet, interconnexion des sites et gestion électronique des documents font partie des outils déployés pour fluidifier les échanges internes et améliorer la prise en charge des demandes des abonnés. Cette évolution s’est poursuivie en 2026 avec le développement de solutions numériques dédiées au secteur de l’eau. La plateforme « WaterIS by CAMWATER » doit notamment accompagner la gestion des données et des opérations liées au service public de l’eau, avec des applications consacrées au relevé des compteurs et à d’autres fonctions opérationnelles. La modernisation passe également par la recherche d’une meilleure maîtrise du réseau. Les questions de fuites, de rendement, de maintenance et de densification sont désormais régulièrement intégrées aux interventions de terrain. À Bafoussam, une mission spéciale a ainsi été déployée en 2026 pour réparer les casses et les fuites, stabiliser le réseau et identifier les zones encore insuffisamment desservies. Le capital humain au cœur du dispositif Dans cette transformation, le volet social occupe une place particulière. En mars 2026, Blaise Moussa a réuni les partenaires sociaux autour des principaux défis de l’entreprise. Les discussions ont notamment porté sur les carrières, les indemnités de fin de carrière, les frais de mission et les conditions de travail. La direction générale a alors présenté 2026 comme une année « décisive » et annoncé plusieurs mesures destinées à améliorer la relation avec le personnel. Cette volonté de transformation interne accompagne une ouverture plus large de la CAMWATER sur le secteur continental de l’eau et de l’assainissement. Blaise Moussa a été porté à la présidence de l’Association africaine de l’eau et de l’assainissement (AAEA) pour la période 2025-2027, tandis que Yaoundé a accueilli, en février 2026, le

VOLLEYBALL : APRÈS TUNIS, LES LIONS DÉJÀ TOURNÉS VERS 2027

La médaille est encore fraîche, mais le regard est déjà tourné vers l’horizon 2027. De retour de Tunis avec l’argent continental, les Lions Indomptables du volleyball ont retrouvé, le 29 septembre à Yaoundé, le ministère des Sports et de l’Éducation physique. La réception organisée en leur honneur intervenait au lendemain de leur retour au pays et quelques jours après leur défaite en finale face à la Tunisie. Le Cameroun avait pourtant franchi les différents obstacles jusqu’à l’ultime rendez-vous. Après avoir terminé en tête de son groupe, la sélection a éliminé le Ghana en quarts de finale, puis l’Algérie en demi-finale. En six sorties, elle aura remporté cinq rencontres, ne cédant que devant la Tunisie en finale, 0-3. Mais la campagne tunisienne ne se résume pas à cette dernière rencontre. La deuxième place offre au Cameroun une qualification pour le Championnat du monde 2027 en Pologne. Trois joueurs camerounais : Arthur Voukeng, William Tanga Mvilongo et Elie Badawé  ont en outre été retenus dans l’équipe-type de la compétition. Une équipe à construire Au ministère des Sports, le discours ne s’est donc pas limité aux félicitations. Le ministre Narcisse Mouelle Kombi a salué le parcours réalisé et annoncé que les primes des joueurs et de l’encadrement, budgétisées, seraient payées. Il a également insisté sur la nécessité d’accompagner les sélections nationales en perspective des prochains championnats du monde. Pour le staff technique, l’étape tunisienne doit désormais servir de matière à réflexion. L’entraîneur national Jean-Patrice Ndaki Mboulet entend procéder à une analyse du parcours afin d’identifier les aspects à corriger. Dans une interview accordée à la presse après la compétition, il relevait notamment l’écart d’expérience et de préparation avec la Tunisie, qui dispose d’un championnat professionnel et d’un groupe national évoluant largement ensemble depuis plusieurs années. Cette réalité donne une autre portée à la performance camerounaise. Le groupe, rajeuni et composé en grande partie de joueurs issus du championnat local, a réussi à atteindre la finale continentale. La suite devra désormais consister à transformer cette expérience en acquis durables. Les enseignements de la finale La finale perdue à Tunis constitue justement l’un des points de départ de cette réflexion. Face à une sélection tunisienne plus régulière dans les secteurs offensif et défensif, les Camerounais n’ont pas réussi à prolonger la dynamique qui les avait conduits jusqu’au dernier acte. Le staff dispose désormais de plusieurs mois pour travailler sur les insuffisances apparues durant la compétition. Gestion des matches à forte pression, expérience collective, préparation et continuité dans le travail constituent autant de paramètres à prendre en compte avant le prochain grand rendez-vous. La réception du 29 septembre prend ainsi une dimension particulière. Elle clôt officiellement la campagne africaine, tout en ouvrant une nouvelle séquence pour cette sélection. Le Cameroun possède désormais son billet pour le Mondial 2027. Reste à transformer la médaille d’argent de Tunis en point d’appui pour la prochaine étape. Denise Ebelle

AVC, Accident, Arrêt cardiaque: et si les premiers secours commençaient par nous?

Un malaise brutal à la maison. Une personne qui s’effondre dans la rue. Un accident de circulation. Un arrêt cardiaque au milieu d’un marché. Ou encore les signes soudains d’un accident vasculaire cérébral (AVC). Dans ces situations, chaque minute compte. Mais, face à une personne en détresse, savons-nous réellement quoi faire avant l’arrivée des secours ? Un geste simple, effectué au bon moment, peut contribuer à préserver une vie. À l’inverse, une mauvaise réaction peut aggraver la situation. C’est toute l’importance de la formation aux soins d’urgence que l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) et l’Université Catholique d’Afrique Centrale (UCAC) entendent inscrire dans la durée. Les deux institutions ont signé ce lundi 28 septembre 2026 à Yaoundé un mémorandum d’entente (MoU) destiné à pérenniser les formations aux soins d’urgence au sein de l’École des Sciences de la Santé (ESS-UCAC). L’enjeu va bien au-delà d’une signature entre deux institutions. Il s’agit de faire des compétences en soins d’urgence une composante durable de la formation des futurs professionnels de santé, mais aussi de renforcer la capacité des communautés à réagir face aux situations qui peuvent survenir avant l’arrivée des équipes médicales. Que faire avant l’arrivée des secours ? Lorsqu’un proche fait un malaise ou qu’un accident survient, la première réaction est souvent la panique. Certains entourent la victime, d’autres cherchent immédiatement un moyen de transport, tandis que quelques-uns tentent des gestes dont ils ne maîtrisent pas toujours les conséquences. Or, les premiers secours reposent d’abord sur des gestes et des réflexes qui peuvent être enseignés. Reconnaître une situation d’urgence, sécuriser les lieux, alerter les secours, vérifier l’état de conscience et la respiration d’une victime ou savoir réagir face à une personne inconsciente font partie des compétences essentielles. Dans le cas d’un arrêt cardiaque, par exemple, la rapidité de l’alerte et l’intervention des témoins avant l’arrivée des professionnels peuvent être déterminantes. Face à un AVC, reconnaître rapidement les signes et organiser sans délai l’accès aux soins constitue également un enjeu majeur. Après un accident de circulation, savoir protéger la victime, alerter les secours et éviter certaines manipulations dangereuses peut contribuer à ne pas aggraver son état. C’est précisément cette culture de la réponse immédiate que les formations soutenues par l’OMS veulent contribuer à développer. Former ceux qui soignent, mais aussi ceux qui sont les premiers témoins Le projet ne concerne pas uniquement les étudiants. Il vise également le renforcement des capacités des professionnels déjà en exercice. Car la prise en charge d’une urgence ne commence pas nécessairement dans un service hospitalier. Elle peut débuter dans une maison, une école, un marché, un stade, une entreprise ou sur le bord d’une route. La formation des personnels de santé aux soins d’urgence constitue donc un enjeu particulier. Être médecin, infirmier ou étudiant en santé ne signifie pas que tous disposent automatiquement du même niveau de formation spécifique dans la gestion des urgences. D’où la nécessité d’entretenir et d’actualiser régulièrement ces compétences. Au Cameroun, cette nécessité est d’autant plus importante que les professionnels sont confrontés quotidiennement aux accidents de la circulation, aux maladies cardiovasculaires, aux traumatismes et à diverses situations nécessitant une intervention rapide. Des acquis déjà enregistrés Avant la signature du MoU, l’OMS et l’ESS-UCAC ont déjà engagé plusieurs activités préparatoires au cours de l’année 2026. Quatre sessions de formation sur le Basic Emergency Care (BEC) ont permis de former 74 enseignants et étudiants de l’ESS-UCAC, dont 25 formateurs. Deux sessions consacrées aux Gestes de Premiers Secours Communautaires ont également permis de former 54 personnels, parmi lesquels 39 formateurs. Ces formations ont permis de constituer des pools de formateurs appelés à transmettre à leur tour ces compétences. L’objectif est désormais de franchir une étape supplémentaire : intégrer durablement les curricula de formation de l’OMS dans les programmes de l’ESS-UCAC. Du professionnel de santé au simple citoyen L’un des intérêts de cette démarche réside dans son ouverture au milieu communautaire. Dans une urgence, la première personne présente auprès de la victime n’est pas toujours un médecin ou un infirmier. C’est souvent un proche, un voisin, un passant, un collègue ou un témoin de l’accident. Former ces premiers témoins revient donc à renforcer le premier maillon de la chaîne de survie. Le dispositif prévoit notamment la poursuite des formations en Basic Emergency Care (BEC) et en Gestes de Premiers Secours Communautaires (CFAR), avec un calendrier annuel et un pool de formateurs. L’ambition est également de maintenir ces formations au-delà de 2028, terme prévu du projet de renforcement du système national des soins d’urgence. Ainsi, derrière le MoU signé ce lundi, se dessine une ambition simple : que face à une urgence, davantage de personnes sachent quoi faire, quoi ne pas faire et surtout comment agir rapidement, en attendant l’arrivée des professionnels. Parce qu’en matière d’urgence, quelques minutes peuvent parfois faire toute la différence. Dr Magaran Monzon Bagayoko, Représentant de l’OMS au Cameroun L’OMS a travaillé en amont avec le ministère de la Santé publique, la partie coréenne et la Fédération Africaine de Médecine d’Urgence pour conduire une première phase de formation. Dans ce partenariat, l’organisation joue notamment un rôle normatif, en veillant à la qualité des formations, à leur coordination au sein de l’UCAC et au respect des normes internationales et africaines. Le représentant de l’OMS souligne également l’importance des soins d’urgence, les situations nécessitant une intervention rapide pouvant survenir à tout moment, au bureau, au marché, pendant une activité sportive ou encore à domicile. Les accidents de la circulation, notamment ceux impliquant les motos, les éboulements et autres catastrophes, mais aussi l’augmentation des maladies chroniques comme le diabète, l’hypertension et les affections cardiovasculaires, renforcent les besoins en matière de prise en charge urgente. L’objectif est également de mobiliser d’autres partenariats afin de permettre le passage à l’échelle et la reproduction de ces formations dans d’autres institutions académiques. Abbé Professeur Thomas Bienvenu Tchoungui, Recteur de l’UCAC Pour le recteur de l’Université Catholique d’Afrique Centrale, la signature du mémorandum intervient à un moment particulier dans l’histoire de l’institution. Il rappelle que la mission de l’université ne se

Affaire des lunettes : les quatre journalistes reçus par le ministre de la Communication

Après plusieurs jours passés au Commissariat central n°1 de Yaoundé, les quatre journalistes ont retrouvé la liberté. Leur rencontre avec le ministre de la Communication a surtout permis de revenir sur leur arrestation, leurs conditions de détention et les suites de cette affaire. Solange Djuikam, François Essomba, Igor Gwet Bibey et Pierre Mouchili sont désormais libres. Les quatre journalistes, détenus au Commissariat central n°1 (CC1) de Yaoundé dans le cadre de l’affaire dite des « lunettes volées », ont été libérés après plusieurs jours de détention. Les interpellations étaient intervenues à des moments différents. Solange Djuikam avait été arrêtée deux jours avant les trois hommes, lors de l’ouverture de la cérémonie. Le 16 septembre, François Essomba, Igor Gwet Bibey et Pierre Mouchili avaient à leur tour été interpellés alors qu’ils couvraient la clôture de l’événement. Après leur arrestation, les journalistes avaient été conduits au commissariat de Bastos avant d’être transférés au CC1. C’est dans ce contexte que les quatre professionnels des médias ont été reçus en audience par le ministre de la Communication. Pour cette rencontre, le membre du gouvernement était accompagné de son secrétaire général, Félix Zogo. La délégation des professionnels des médias était conduite par Valgadine Tonga, du Syndicat des professionnels de l’information et de la communication (SPIC). Elle comprenait les quatre journalistes concernés ainsi que Denise Ebelle. L’Association des patrons de presse du Cameroun était également représentée par son président, François Mboke, et Joseph Marie Njama. La présence des deux organisations professionnelles traduisait ainsi une mobilisation plus large de la corporation autour de cette affaire. Les excuses du ministre D’entrée de jeu, le ministre de la Communication a présenté ses excuses aux quatre journalistes ainsi que celles du gouvernement à l’ensemble de la corporation. Il a expliqué avoir appris l’affaire par des médias étrangers, se disant surpris de constater qu’une telle situation puisse encore se produire au Cameroun, un pays qui se veut démocratique. Selon lui, ce genre de comportement est de nature à présenter le Cameroun comme un pays qui ne respecte pas les droits de l’homme. Le ministre a ainsi exprimé son étonnement face à ce qu’il a qualifié de situation déplorable. Prenant ensuite la parole, Valgadine Tonga a exposé les revendications du SPIC. Elle a tenu à préciser que le syndicat n’est pas contre le gouvernement, mais entend dénoncer ce qu’il considère comme une atteinte à l’honneur de la profession, notamment le fait que les journalistes aient été présentés comme des voleurs. Le SPIC exige ainsi des excuses publiques, la réparation du préjudice subi par les journalistes, mais également le retrait de la plainte et l’abandon des poursuites engagées dans cette affaire. L’émotion au récit des conditions de détention La parole a ensuite été donnée aux journalistes concernés. François Essomba a relaté les circonstances de leur arrestation et les conditions dans lesquelles ils ont été détenus au CC1. Son témoignage a rapidement fait monter l’émotion dans la salle. En évoquant leur séjour en cellule, le journaliste a été submergé par l’émotion et a écrasé une larme. Il a notamment décrit l’insalubrité des cellules et la promiscuité qui y régnait. Odeurs nauséabondes et promiscuité se côtoyaient, rendant particulièrement éprouvants les jours passés derrière les barreaux. Joseph Marie Njama a également pris la parole. Connaissant bien les cellules du CC1, il a décrit une insalubrité qu’il a qualifiée d’« incroyable ». Mais son témoignage est allé au-delà des conditions matérielles de détention. Avec gravité, il a dénoncé ce qu’il considère comme le mépris dont les journalistes font l’objet au Cameroun. Il a notamment estimé qu’il est aujourd’hui plus facile d’interpeller un journaliste au Cameroun que n’importe quel autre citoyen, une situation qu’il considère comme révélatrice de la vulnérabilité des professionnels des médias. L’émotion était palpable dans la salle. Le ministre de la Communication apparaissait lui aussi visiblement touché par ces témoignages. Les autres anciens pensionnaires du CC1 ont également été invités à s’exprimer. Solange Djuikam a notamment résumé son expérience en une phrase : « J’y ai survécu grâce à mon masque. » Encore visiblement marqués par leur passage en détention, les quatre journalistes ont ainsi raconté leur expérience devant le ministre et les représentants de la profession. Un engagement pour la suite La rencontre a également débouché sur un engagement du ministre de la Communication à poursuivre les actions nécessaires en vue de permettre aux journalistes de retrouver une liberté pleine et définitive, notamment à travers l’issue de la procédure engagée dans cette affaire. Le SPIC a, de son côté, réaffirmé ses principales revendications : excuses publiques, réparation du préjudice subi, retrait de la plainte et abandon des poursuites.

Révision du Code du travail : le Cameroun veut adapter le droit aux mutations du monde professionnel

Le Code du travail camerounais, en vigueur depuis 1992, pourrait connaître une importante actualisation pour mieux répondre aux transformations du monde professionnel. La question était au cœur de la 50e session du Comité de Concertation et de Suivi du Dialogue social, ouverte ce 22 septembre 2026 à Yaoundé par le ministre du Travail et de la Sécurité sociale. Les travaux de cette session portaient principalement sur la présentation de l’évolution du projet de révision du Code du travail. Dans son propos d’ouverture, le ministre a souligné la nécessité d’actualiser certaines dispositions d’un texte qui compte désormais plus de trois décennies d’existence. Cette réforme se justifie notamment par l’apparition de nouvelles problématiques dans les relations professionnelles. Le développement des plateformes numériques et du télétravail constitue, selon le ministre, l’un des nouveaux paradigmes auxquels le cadre juridique doit désormais s’adapter. Un processus engagé depuis 2019 La révision du Code du travail n’est pas une démarche récente. Le processus a été engagé en 2019, avec l’examen d’une première mouture lors de la 212e session de la Commission nationale consultative du travail. Le projet a ensuite été réajusté pour tenir compte des mutations intervenues dans le monde du travail, notamment celles liées à la pandémie de Covid-19, à l’essor du numérique et à l’émergence de nouvelles formes de travail. Le ministère indique que plusieurs concertations avec les partenaires sociaux ainsi que certaines administrations sectorielles ont contribué à consolider et à enrichir le texte. La mouture actuellement soumise au Comité de Concertation et de Suivi du Dialogue social est ainsi présentée comme le résultat de ce processus de consultations. Vers un nouveau pacte social Pour le ministre du Travail et de la Sécurité sociale, les transformations des modes d’emploi et d’organisation du travail rendent nécessaire l’adoption d’un cadre juridique davantage adapté aux réalités actuelles. L’enjeu de la session est donc de poser les bases d’un Code du travail « moderne, équilibré et tourné vers l’avenir ». Le ministre a invité les différents partenaires sociaux à s’exprimer en tenant compte de l’intérêt général, afin de contribuer à l’élaboration de la mouture finale. Cette démarche s’inscrit également dans la volonté affichée par le gouvernement de préserver un climat social apaisé, présenté comme favorable à l’investissement et à la création d’emplois décents. Le ministère entend, pour sa part, poursuivre son rôle de régulateur et de garant de l’équilibre social tout au long du processus. La 50e session du Comité de Concertation et de Suivi du Dialogue social constitue ainsi une nouvelle étape dans la longue marche vers l’actualisation du Code du travail camerounais.

Du rebut à la ressource, le pari camerounais sur le plastique

À Yaoundé, l’édition 2026 du World Cleanup Day a mis en lumière les initiatives qui transforment les déchets plastiques en objets et en matières valorisables. Une dynamique qui gagne du terrain, mais qui reste confrontée aux défis de la collecte et du tri. Une bouteille en plastique peut-elle cesser d’être un simple déchet ? À en juger par les réalisations présentées le 17 septembre 2026 au centre commercial Playce à Yaoundé, la réponse tend de plus en plus vers l’affirmative. Transformé, recyclé, détourné de son usage initial ou intégré à de nouvelles créations, le plastique usagé devient progressivement une matière exploitable. C’est tout l’intérêt de l’exposition organisée dans le cadre du World Cleanup Day par le groupe CFAO. Durant trois jours, entreprises, associations, artisans et acteurs publics y présentent des initiatives consacrées à la collecte, au recyclage et à la valorisation des déchets plastiques. La visite guidée des différents stands a surtout permis de mesurer l’évolution d’un secteur qui cherche désormais à dépasser la seule logique de nettoyage des espaces urbains. Le déchet plastique peut aussi devenir une matière première et, potentiellement, générer une activité économique. Pour le ministère de l’Environnement, de la Protection de la Nature et du Développement durable, cette évolution est encourageante. Représentant le département ministériel, Hamadjoda, sous-directeur chargé de la gestion des déchets et des produits chimiques toxiques et dangereux, s’est dit satisfait des initiatives observées. « Le ministère de l’Environnement, c’est une satisfaction. C’est une réelle satisfaction », a-t-il déclaré, en saluant les résultats obtenus par les différents acteurs. Le responsable a également mis en avant « l’ingéniosité des Camerounais », visible à travers les produits et objets présentés au public. Le déchet change de statut Derrière les objets exposés se dessine une évolution plus profonde : celle du regard porté sur le déchet plastique. Pour Maximilien Yves Ze, directeur adjoint de la Bourse nationale des déchets, les progrès sont particulièrement perceptibles dans la transformation et le recyclage. Les solutions d’upcycling, les objets issus de matières récupérées et les créations artisanales témoignent, selon lui, de cette nouvelle approche. « Le déchet a désormais une valeur économique », souligne-t-il. Cette perception correspond à la logique de l’économie circulaire, qui cherche à maintenir les matières dans le circuit de production le plus longtemps possible. Le plastique récupéré n’est donc plus uniquement une matière à éliminer. Il peut être trié, transformé et réutilisé. Pour la Bourse nationale des déchets, cette évolution peut également favoriser l’émergence d’un marché structuré autour des matières récupérées. Mais cette ambition se heurte encore à une difficulté majeure : le tri à la source. Sans tri, difficile de valoriser La transformation du plastique commence en réalité bien avant l’arrivée du déchet dans une unité de recyclage. Elle dépend de la qualité de la collecte et du tri. Sur ce point, la sensibilisation demeure indispensable. Un déchet mal trié ou mélangé à d’autres matières peut en effet compliquer les opérations de récupération et limiter les possibilités de valorisation. Le défi concerne donc l’ensemble de la chaîne. Producteurs, distributeurs, consommateurs, collectivités, associations, entreprises de recyclage et pouvoirs publics sont appelés à jouer leur rôle. La question du plastique devient ainsi autant une problématique environnementale qu’un enjeu d’organisation de la filière. Fédérer les acteurs L’exposition de Playce entend justement rapprocher ces différents maillons. Pour CFAO, l’objectif est de créer une plateforme permettant aux entreprises, associations et autres acteurs engagés de présenter leurs solutions et de sensibiliser le public. « Cette année, on est très heureux parce qu’on a le ministère de l’Environnement », relève Florence Etong Ngome, évoquant la présence du département ministériel à cette initiative. Des structures comme Eco Green, ICRAFON et d’autres acteurs du recyclage et de la valorisation ont ainsi présenté leurs réalisations aux visiteurs. Cette diversité illustre également la pluralité des réponses apportées au problème des déchets plastiques : récupération, transformation, recyclage, réutilisation ou encore création de nouveaux produits. Si les initiatives se multiplient, les acteurs présents à Playce considèrent que le chemin reste encore long. Le représentant du ministère a appelé d’autres intervenants à rejoindre la dynamique afin de renforcer la collecte et le recyclage. De son côté, la Bourse nationale des déchets insiste sur la nécessité de faire progresser ensemble la sensibilisation, le tri et la transformation. L’enjeu est donc désormais de passer de projets et d’initiatives dispersés à une dynamique plus structurée. Car derrière chaque bouteille récupérée, chaque objet fabriqué à partir de plastique usagé et chaque matière recyclée se pose la même question : comment faire du déchet une ressource durable ? À Yaoundé, les stands du World Cleanup Day ont apporté quelques éléments de réponse. Ils montrent surtout qu’au Cameroun, le plastique commence à être regardé autrement : non plus seulement comme un problème à éliminer, mais aussi comme une matière à récupérer et à valoriser. Denise Ebelle

Eau potable : le projet de neuf villes affiche 84,25 % d’avancement

Le Projet d’alimentation en eau potable de neuf villes du Cameroun – Phase 2 entre dans sa dernière ligne droite. Réunis jeudi 10 septembre 2026 à l’Hôtel United de Yaoundé, les membres du Comité de pilotage ont dressé un bilan jugé satisfaisant de l’état d’avancement des travaux, tout en identifiant les derniers obstacles à lever avant la mise en service des infrastructures. Présidée par le Directeur général de la CAMWATER, Dr Blaise Moussa, en sa qualité de président du Comité de pilotage, la rencontre a réuni les représentants du Ministère de l’Eau et de l’Énergie, du Ministère de l’Économie, de la Planification et de l’Aménagement du Territoire, de la Caisse autonome d’amortissement, ainsi que les partenaires techniques et financiers et les entreprises impliquées dans l’exécution et le contrôle du projet. Cinq villes directement concernées La deuxième phase du projet porte sur cinq villes : Maroua, Garoua, Garoua-Boulaï, Yabassi et Dschang. D’un coût global de plus de 71,86 milliards de FCFA, le programme est financé conjointement par l’EximBank of China et l’État du Cameroun. Sa réalisation est confiée à CGCOC Group, sous la maîtrise d’ouvrage de la CAMWATER. À terme, les infrastructures doivent permettre d’accroître la production d’eau potable de 42 700 m³ par jour, de renforcer les capacités de stockage de 10 100 m³ et de déployer plus de 250 kilomètres de réseaux de distribution. L’ambition est d’améliorer durablement l’accès à l’eau potable pour plusieurs centaines de milliers de ménages. Maroua et Garoua en tête Selon le bilan présenté au cours de la session, le taux d’avancement physique global du projet s’établit à 84,25 %, pour une consommation des délais de 83,46 %. Dans le détail, Maroua affiche le meilleur niveau d’exécution avec 91 %. Les travaux comprennent notamment sept nouveaux forages, un réservoir surélevé de 5 000 m³ et 78,6 kilomètres de réseau. À Garoua, le taux d’avancement atteint 90 %. Le programme prévoit huit nouveaux forages, la réhabilitation de quatre autres, deux châteaux d’eau et 99,1 kilomètres de réseau. À Garoua-Boulaï, les travaux sont exécutés à 80 %, avec notamment une station de traitement, un château d’eau de 1 000 m³ et 28,8 kilomètres de réseau. Le niveau d’exécution est de 71 % à Yabassi, où sont réalisés un captage en rivière, une station de traitement, un château d’eau de 100 m³ et 18,7 kilomètres de réseau. Avec 70 % d’avancement, Dschang bénéficie notamment d’une station de traitement d’une capacité de 7 000 m³ par jour, d’un château d’eau de 1 500 m³ et de 24,65 kilomètres de réseau. Les infrastructures électriques nécessaires au fonctionnement des installations progressent également, avec un taux d’exécution de 67 % pour les postes cabines, transformateurs et lignes moyenne et basse tension. Des infrastructures au-delà de l’eau Le projet comporte également un volet environnemental et social. Dans le cadre du Plan de gestion environnementale et sociale (PGES), des ouvrages de proximité sont réalisés au bénéfice des communautés riveraines. Il s’agit notamment de forages à motricité humaine dans plusieurs localités de Garoua, Maroua, Yabassi et Garoua-Boulaï. À Dschang, la construction de blocs de classes est également prévue, tandis que des campagnes de reboisement et des actions de création d’emplois locaux accompagnent les travaux sur les différents sites. Malgré les avancées enregistrées, plusieurs défis restent à relever. Le premier concerne la mobilisation des ressources financières, avec la nécessité d’accélérer le paiement des décomptes et les contributions de l’État afin de préserver le rythme d’exécution. À Garoua-Boulaï, la question du captage demeure également un point d’attention. Les équipes doivent poursuivre les démarches administratives et techniques auprès de l’EximBank of China et travailler à l’apaisement des préoccupations des riverains. Autre enjeu : l’extension des réseaux de distribution complémentaires, particulièrement à Garoua-Boulaï. Des financements additionnels sont recherchés afin de permettre une utilisation optimale des 1 800 m³ d’eau produits quotidiennement. Au terme des travaux du Comité de pilotage, des recommandations ont été formulées à l’endroit de l’entreprise adjudicataire, de la mission de contrôle et des équipes du projet. Elles portent notamment sur l’accélération du traitement des points résiduels, la finalisation des essais d’étanchéité et de pression et la préparation des mises en service progressives. L’objectif fixé est désormais clair : achever les différentes composantes du projet d’ici fin février 2027 et engager progressivement la mise en service des infrastructures dans les villes bénéficiaires. Denise Ebelle

Biodiversité : Yaoundé et le WWF renforcent leur pacte

La conservation de la biodiversité camerounaise entre dans une nouvelle phase. Le gouvernement, à travers le ministère des Forêts et de la Faune (MINFOF), et le World Wide Fund for Nature (WWF) ont renouvelé leur cadre de coopération. La signature du troisième mémorandum d’entente révisé s’est déroulée le 10 septembre dernier à Yaoundé. L’accord intervient dans un contexte où les écosystèmes forestiers du pays restent soumis à de fortes pressions. Exploitation des ressources, braconnage, dégradation des habitats naturels et effets du changement climatique constituent autant de défis auxquels les acteurs de la conservation doivent apporter des réponses concertées. Pour le ministre des Forêts et de la Faune, Jules Doret Ndongo, la préservation des forêts relève d’un enjeu qui dépasse la seule protection de l’environnement. « Les forêts du Cameroun constituent un patrimoine national d’une immense valeur écologique et sociale », a-t-il relevé, insistant sur la nécessité de les préserver pour les générations futures. Cette vision englobe également la protection de la faune et la lutte contre le braconnage. Le nouveau cadre de coopération vise notamment à renforcer la protection des espèces menacées, tout en recherchant un équilibre entre conservation et développement local. La consolidation des institutions, la production de données fiables et la formation de personnels qualifiés figurent parmi les moyens retenus pour y parvenir. Quatre priorités Le mémorandum révisé repose sur quatre principaux axes. Le premier concerne la gestion durable des ressources forestières et l’action climatique. Le deuxième porte sur la conservation de la faune, la gestion des aires protégées et la lutte contre le braconnage. Le troisième axe est consacré au renforcement de la gouvernance, de la recherche scientifique et des capacités institutionnelles. L’objectif est de disposer d’une meilleure connaissance des écosystèmes et de renforcer les compétences nécessaires à leur gestion. Le quatrième axe met les communautés locales au centre du dispositif. Le partenariat prévoit de renforcer leur implication à travers des actions de collaboration et d’éducation environnementale. Cette approche traduit une évolution dans la conception de la conservation. La protection des forêts et de la faune ne peut être durable si les populations vivant à proximité des espaces protégés restent en marge des décisions qui concernent leur environnement immédiat. Directeur pays du WWF au Cameroun, Alain Bernard Ononino a insisté sur cette nécessité. Selon lui, l’intégration de garanties sociales et des droits d’accès dans les mécanismes de conservation doit contribuer à faire des populations locales de véritables partenaires de la protection de l’environnement. Le responsable a par ailleurs rappelé l’ancrage ancien de l’organisation au Cameroun, où le WWF est présent depuis 1990. La révision du mémorandum vient ainsi actualiser un partenariat construit au fil des années autour de la conservation de la biodiversité. Au-delà de la cérémonie de signature, l’enjeu sera désormais celui de la mise en œuvre. Pendant les trois prochaines années, les engagements contenus dans le mémorandum devront se traduire par des actions concrètes dans les domaines de la gestion forestière, de la protection de la faune, de la recherche et de l’implication des communautés. Dans le Bassin du Congo, où les forêts jouent un rôle majeur dans les équilibres écologiques et climatiques, le renforcement de la coopération entre les pouvoirs publics et les organisations spécialisées apparaît comme un levier important. Pour le Cameroun et le WWF, le nouveau mémorandum entend ainsi consolider une démarche où la conservation de la biodiversité doit aller de pair avec la prise en compte des réalités locales. Denise Ebelle

FEMMES AU CAMEROUN : ONU FEMMES VEUT ACCÉLÉRER LE CHANGEMENT

L’organisation ouvre une nouvelle réflexion stratégique pour les cinq prochaines années, avec en ligne de mire la lutte contre les violences faites aux femmes et aux filles, leur autonomisation économique et une plus grande présence dans les espaces de décision. Les progrès en matière d’égalité entre les femmes et les hommes restent encore insuffisants au Cameroun. C’est l’un des constats qui ressort du discours prononcé par la représentante résidente d’ONU Femmes, à l’ouverture, ce 8 septembre 2026 à Yaoundé, des travaux consacrés à l’élaboration de la nouvelle Note stratégique de l’organisation pour la période 2027-2031. Pendant deux jours, les participants sont invités à examiner les principaux défis auxquels sont confrontées les femmes et les filles et à dégager les priorités sur lesquelles ONU Femmes devra concentrer son action au cours des cinq prochaines années. Les violences, une urgence persistante Parmi les préoccupations majeures figure la persistance des violences faites aux femmes et aux filles. La représentante résidente a notamment mis en avant les féminicides, qualifiés de forme la plus extrême des violences fondées sur le genre. Cette situation impose, selon elle, de renforcer les mécanismes de prévention, la protection des victimes et leur accès à la justice. Mais l’action ne devrait pas se limiter à la prise en charge des victimes. ONU Femmes entend également s’attaquer aux normes sociales et aux inégalités qui contribuent à maintenir ces violences. La nouvelle stratégie devra ainsi mieux articuler prévention, protection et réponse judiciaire, tout en tenant compte des réalités vécues par les femmes dans les différentes régions du pays. Autonomisation économique : lever les obstacles L’autonomie économique constitue un autre défi de taille. Malgré leur contribution à l’économie nationale et à la vie des communautés, les femmes continuent de rencontrer d’importants obstacles dans l’accès aux ressources économiques, au financement et aux opportunités d’emploi. Pour ONU Femmes, l’enjeu est donc de contribuer à créer des conditions permettant aux femmes de disposer davantage de ressources et de moyens pour développer leurs activités et renforcer leur indépendance économique. Cette question sera au cœur des discussions consacrées à l’autonomisation économique des femmes. L’organisation veut identifier, avec ses partenaires, les interventions susceptibles de produire des effets durables plutôt que de multiplier des actions dispersées. Davantage de femmes dans les lieux de décision La participation des femmes à la vie publique et politique demeure également un chantier prioritaire. ONU Femmes souhaite renforcer leur leadership et leur présence dans les espaces où se prennent les décisions. L’objectif est de faire en sorte que les femmes ne soient pas seulement bénéficiaires des politiques publiques, mais qu’elles participent pleinement à leur conception et à leur mise en œuvre. Cette ambition concerne également les situations de crise et de conflit. À travers l’agenda « Femmes, paix et sécurité », ONU Femmes entend promouvoir une participation effective des femmes à la prévention et à la résolution des conflits, à la consolidation de la paix et à la prise de décision. Ne laisser aucune femme de côté La nouvelle Note stratégique devra par ailleurs accorder une attention particulière aux femmes et aux filles les plus vulnérables ou exposées au risque d’exclusion. Les crises humanitaires, les déplacements, l’insécurité et les changements climatiques ont des conséquences différenciées sur les femmes et les filles et appellent des réponses adaptées. L’organisation entend également tirer les leçons de son Programme pays 2022-2026. Qu’est-ce qui a fonctionné ? Quelles approches doivent être renforcées ? Que faut-il faire différemment au cours des cinq prochaines années ? Les réponses à ces questions doivent permettre de bâtir une stratégie davantage orientée vers les résultats. Pour mesurer efficacement les progrès, ONU Femmes mise aussi sur les données sensibles au genre. Leur disponibilité, leur qualité et leur utilisation doivent être renforcées afin de mieux comprendre les inégalités et d’orienter les politiques et les investissements. La représentante résidente a par ailleurs insisté sur la nécessité de renforcer les partenariats. Gouvernement, système des Nations unies, partenaires au développement, société civile, organisations de femmes et de jeunes, secteur privé et universités sont appelés à unir davantage leurs efforts. La société civile, et particulièrement les organisations de défense des droits des femmes, devrait jouer un rôle déterminant grâce à son expérience de terrain et à sa proximité avec les communautés. Au terme des travaux, ONU Femmes espère disposer d’une vision commune des priorités pour 2027-2031. L’ambition affichée est de faire de cette nouvelle Note stratégique non pas un simple document de programmation, mais une véritable feuille de route pour accélérer les changements en faveur des femmes et des filles au Cameroun. Yvonne Leopoldine Akoa, présidente de l’Association Camerounaise des Femmes Juristes (ACAFEJ) : « Nous avons besoin d’une loi sur les violences basées sur le genre » « L’ONU Femmes a invité la société civile dans le cadre des consultations pour l’élaboration de sa note stratégique pour les cinq prochaines années. L’Association Camerounaise des Femmes Juristes (ACAFEJ) entretient un partenariat avec ONU Femmes, qui nous accompagne notamment dans le renforcement des capacités de nos membres. Chaque fois qu’ONU Femmes organise des activités, nous sommes à ses côtés en qualité de personnes-ressources. L’ACAFEJ constitue un véritable vivier de compétences en matière juridique, avec en son sein des magistrates, des avocates, des notaires, des juristes d’entreprise, des enseignantes d’université et bien d’autres professionnelles du droit. Aujourd’hui, le Cameroun fait face à un problème majeur de violences basées sur le genre, notamment les féminicides. Il ne se passe pratiquement pas un jour sans que nous recevions, à l’ACAFEJ, une femme venue se plaindre de violences. La période de rentrée scolaire constitue également un moment particulièrement sensible dans les foyers. Les difficultés liées aux dépenses scolaires et aux ressources financières peuvent parfois devenir des sources supplémentaires de tensions et de violences au sein des couples. Lorsqu’on nous demande quelles devraient être les priorités immédiates, je ne peux pas ne pas insister sur la nécessité pour le Cameroun de se doter d’une loi spécifique sur les violences basées sur le genre. C’est une urgence. » Dieudonné Annir Tina, maire de Yoko : « Nous

PRIX DE L’EAU : LE CAMEROUN FAIT LE CHOIX D’UN TARIF ENCADRÉ

D’un pays africain à l’autre, l’eau potable est rarement facturée selon un tarif unique. Tranches de consommation, tarifs sociaux et bornes-fontaines constituent autant de mécanismes utilisés pour préserver l’accès des ménages à ce service essentiel. Le modèle camerounais s’inscrit dans cette logique. Comparer le prix de l’eau en Afrique peut sembler simple : il suffirait de convertir les tarifs en francs CFA et de les classer. La réalité est beaucoup plus complexe. Les opérateurs appliquent des tranches différentes, certains ajoutent des frais fixes, d’autres intègrent l’assainissement ou différentes taxes. Une comparaison sérieuse doit donc tenir compte de ces paramètres. Au Cameroun, le système appliqué par CAMWATER repose notamment sur deux niveaux pour les consommateurs domestiques : 293 FCFA HT/m³ jusqu’à 10 m³ et 364 FCFA HT/m³ au-delà. Les bornes-fontaines bénéficient quant à elles d’un tarif de 293 FCFA HT/m³. Ce dispositif place la consommation au centre de la tarification et offre une protection particulière aux petits volumes. Cette construction progressive n’est pas propre au Cameroun. Dans plusieurs pays africains, les autorités de régulation ou les opérateurs publics utilisent également des tranches pour éviter que les ménages consommant peu ne supportent les mêmes charges unitaires que les gros consommateurs. Au Kenya, par exemple, le système tarifaire de Nairobi prévoit lui aussi plusieurs tranches pour les consommateurs résidentiels. Au Ghana, le régulateur PURC utilise également un « lifeline tariff » destiné aux petits consommateurs. Le principe commun est donc moins le niveau absolu du prix que la recherche d’un équilibre entre coût du service et capacité de paiement des ménages. Le cas camerounais : le tarif comme instrument d’accessibilité Au Cameroun, cette logique est particulièrement visible avec les bornes-fontaines. CAMWATER a récemment mis en service plusieurs équipements de ce type à Ngaoundéré et dans ses environs, avec un tarif de 293 FCFA HT/m³. L’entreprise présente cette politique comme un moyen de renforcer l’accès à l’eau potable dans les zones urbaines et périurbaines. L’intérêt de ces équipements est double. Ils rapprochent le point d’eau des populations qui ne disposent pas nécessairement d’un branchement individuel et proposent un tarif inférieur à celui appliqué aux ménages raccordés. L’action sociale se situe donc également dans l’infrastructure : lorsqu’un réseau est étendu, lorsqu’une borne-fontaine est installée ou lorsqu’un quartier jusque-là mal desservi est raccordé, c’est la capacité d’accès au service qui progresse. Un service dont les coûts sont loin du seul prix affiché La comparaison internationale permet également de replacer le tarif camerounais dans son contexte économique. Le budget 2026 de CAMWATER s’élève à 84,024 milliards de FCFA. Sur cette enveloppe, 9,615 milliards de FCFA sont consacrés au développement des infrastructures et près de 32,921 milliards à la gestion de l’exploitation. À cela s’ajoutent des dépenses indispensables au traitement de l’eau. Pour 2026, l’entreprise a prévu une mobilisation de 10,66 milliards de FCFA pour l’acquisition de produits chimiques destinés au traitement de l’eau potable. Ces données ne permettent pas, à elles seules, de calculer le coût complet d’un mètre cube. Elles montrent cependant l’importance des ressources mobilisées pour faire fonctionner le service. C’est pourquoi comparer uniquement « le prix du mètre cube » peut être trompeur. Le véritable coût supporté par le système inclut une chaîne beaucoup plus large : production, traitement, énergie, transport, maintenance, renouvellement des équipements et extension des réseaux. Dans cette perspective, le tarif de 364 FCFA HT/m³ appliqué aux ménages camerounais doit être lu comme le résultat d’un système tarifaire encadré, et non comme le reflet automatique de l’ensemble des dépenses engagées pour fournir l’eau. La question centrale devient alors celle de l’équilibre : comment maintenir l’eau potable à un niveau accessible tout en donnant à l’opérateur les moyens de moderniser ses infrastructures et d’améliorer la qualité du service ? C’est sur cette ligne de crête que se situe la dimension sociale de CAMWATER. Elle se manifeste dans la tarification, mais également dans les investissements destinés à rapprocher l’eau potable des populations. L’enjeu dépasse donc la facture individuelle. Il touche à une question fondamentale de service public : permettre au plus grand nombre d’accéder à une eau potable à un coût supportable, tout en assurant la pérennité des infrastructures qui rendent cette desserte possible. Dans ce modèle, le prix du mètre cube n’est qu’une partie de l’histoire. L’autre se trouve dans les milliards mobilisés pour que l’eau puisse effectivement. Denise Ebelle

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