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Patrimoine autochtone : le Cameroun et le Canada veulent ouvrir une nouvelle page de coopération culturelle

Patrimoine autochtone : le Cameroun et le Canada veulent ouvrir une nouvelle page de coopération culturelle

Une coopération structurée sur trois ans pourrait bientôt rapprocher les communautés autochtones du Cameroun et les Premières Nations du Canada. C’est l’ambition portée par l’International Indigenous Peoples Organization (IIPO), dont le fondateur et CEO, Paul Eddy Tsoungui, a présenté le projet au ministre des Arts et de la Culture, vendredi 14 août 2026 à Yaoundé.

La protection du patrimoine culturel des peuples autochtones s’invite dans les relations culturelles entre le Cameroun et le Canada. Reçu en audience par le ministre des Arts et de la Culture, Paul Eddy Tsoungui, fondateur et Chief Executive Officer de l’International Indigenous Peoples Organization (IIPO), est venu défendre un projet de partenariat destiné à donner une nouvelle dimension à la sauvegarde et à la promotion des cultures autochtones camerounaises.

L’audience, tenue dans la salle de convivialité du département ministériel, s’est déroulée en présence d’une importante délégation de l’IIPO et de plusieurs responsables du ministère. La rencontre intervenait après l’examen du dossier par un groupe de travail mis en place au sein du MINAC, avec la Direction du Patrimoine culturel comme point focal.

 

Une coopération qui veut dépasser les frontières

Le projet soumis au ministre s’articule autour d’un programme triennal de partenariat couvrant la période 2026-2029. Il vise à établir un cadre institutionnel de coopération entre le MINAC et l’IIPO pour mieux préserver et valoriser les patrimoines matériels et immatériels des peuples autochtones du Cameroun.

L’idée défendue par l’organisation est de faire circuler les cultures plutôt que de les enfermer dans une logique de conservation. Les langues, les traditions, les danses, les musiques, l’artisanat, les récits et les savoirs ancestraux pourraient ainsi devenir des supports d’échanges entre les communautés camerounaises et leurs homologues canadiennes.

Le Cameroun compte notamment les Baka, Bakola (Bagyéli), Bedzang et Mbororo, dont les patrimoines sont présentés dans le projet comme des composantes importantes de la diversité culturelle nationale. Le document relève cependant plusieurs menaces, parmi lesquelles la disparition de certaines langues, la perte progressive des savoirs traditionnels, l’insuffisance de documentation et le manque de visibilité internationale.

Pour l’IIPO, la réponse passe donc par une coopération capable de mettre en relation les communautés, les artistes, les chercheurs et les jeunes.

 

Des voyages culturels dans les deux sens

À la sortie de l’audience, le responsable de l’IIPO a donné quelques précisions sur les actions envisagées. Au-delà d’un partenariat institutionnel, le projet prévoit des rencontres directes entre peuples autochtones camerounais et communautés autochtones du Canada.

Des festivals, des voyages culturels, des échanges d’artistes et des résidences sont notamment envisagés. Le principe serait de permettre aux peuples autochtones du Canada de découvrir les communautés autochtones camerounaises, mais également d’offrir aux Camerounais l’occasion de se rendre au Canada à la rencontre des Premières Nations.

Le programme prévoit plus largement des missions culturelles entre le Cameroun, le Canada et d’autres peuples autochtones partenaires, ainsi que des conférences internationales.

Cette dimension internationale constitue l’un des principaux ressorts du projet. Pour Paul Eddy Tsoungui, les distances géographiques ne doivent pas empêcher des peuples qui partagent des préoccupations similaires de se connaître et de travailler ensemble.

La coopération envisagée ne se résume pas aux festivals et aux déplacements. Une partie importante du programme est consacrée à la documentation du patrimoine.

L’IIPO propose notamment de réaliser des inventaires, de produire des contenus audiovisuels, de numériser des archives culturelles et de mettre en place une banque de données nationale. Le projet entend également soutenir la recherche sur les traditions orales, les langues autochtones, la médecine traditionnelle, les pratiques artistiques et les savoirs ancestraux.

La jeunesse apparaît comme un autre maillon essentiel. L’objectif est de permettre aux nouvelles générations de connaître leur histoire et de recevoir les connaissances détenues par leurs communautés. Des formations en gestion du patrimoine, entrepreneuriat culturel, marketing culturel, numérisation des archives et transmission des savoirs sont ainsi prévues.

 

Le MINAC ouvre la voie à un accompagnement

La présentation du projet n’a pas été le seul temps fort de l’audience. La Direction du Patrimoine culturel a rendu compte des travaux du groupe chargé d’étudier le dossier.

Son analyse a identifié plusieurs domaines correspondant aux priorités du ministère : promotion des expressions artistiques traditionnelles, sauvegarde et transmission des savoirs, mais aussi solidarité et action sociale en faveur des communautés.

Sur cette base, la Direction du Patrimoine culturel a formulé un avis technique favorable à l’accompagnement institutionnel du projet. Cet accompagnement pourrait notamment permettre au ministère de contribuer à l’identification des communautés et artistes à associer au programme et d’appuyer sa visibilité au Cameroun comme à l’étranger.

Une attention particulière a toutefois été portée au respect des spécificités des communautés. Les activités devront être conduites dans le respect des us et coutumes et sur la base du consentement libre et éclairé des populations concernées.

 

Un cadre institutionnel à construire

Le projet prévoit plusieurs étapes avant son déploiement complet. La première doit notamment permettre de formaliser le partenariat, avec la signature d’un protocole d’accord, la définition des priorités et l’élaboration d’une feuille de route. Un comité technique conjoint devrait ensuite assurer le suivi de la coopération.

Parmi les initiatives envisagées figure également un Forum national des cultures autochtones, réunissant communautés, chercheurs, artistes, partenaires techniques et institutions. À plus long terme, l’IIPO propose la création d’un programme national de valorisation des peuples autochtones et l’organisation d’un Festival international des peuples autochtones du Cameroun, auquel seraient conviées les Premières Nations du Canada ainsi que d’autres délégations africaines et internationales.

Le partenariat projeté est prévu pour trois ans, avec une possibilité de renouvellement. Son budget indicatif est estimé à 430 millions de FCFA. Le financement devrait reposer sur une combinaison de contributions du MINAC, de l’IIPO, de partenaires canadiens, d’organisations autochtones, d’agences de coopération, d’organismes multilatéraux, de fondations et du secteur privé.

Pour l’IIPO, l’enjeu est finalement plus large que la seule sauvegarde des traditions. Le projet ambitionne de renforcer les capacités des communautés, de soutenir les artistes et artisans, de développer le tourisme culturel et les industries culturelles et de contribuer au rayonnement international du Cameroun.

À l’issue de l’entretien, Paul Eddy Tsoungui a indiqué que l’audience avait répondu aux attentes de sa délégation. Il a notamment fait savoir que le ministre avait instruit ses équipes d’engager l’accompagnement sollicité. Une première étape qui pourrait donc déboucher sur un partenariat appelé à rapprocher deux espaces culturels éloignés géographiquement, mais réunis autour d’une même préoccupation : faire de la transmission du patrimoine un instrument de dialogue, de dignité et de rapprochement entre les peuples.

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