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Journée mondiale de l’aide humanitaire : le Cameroun accélère sa transition vers une réponse plus locale

À l’occasion de la Journée mondiale de l’aide humanitaire, célébrée cette année sous le thème « Agir pour l’humanité », une table ronde avec les médias s’est tenue le 19 août 2026 dans les locaux de l’UNICEF à Yaoundé. Les échanges ont mis en lumière les enjeux de la transition humanitaire au Cameroun, la protection des civils et des travailleurs humanitaires, ainsi que la nécessité de renforcer le rôle des acteurs nationaux et locaux.

Les travaux étaient conduits par Issa Sanogo, Coordonnateur résident du système des Nations Unies et Coordonnateur humanitaire pour le Cameroun, en présence notamment de Ndzie Ntsama, Directrice de la Protection civile au ministère de l’Administration territoriale (MINAT), de Nadine Perrault, Représentante de l’UNICEF au Cameroun, ainsi que de plusieurs représentants de l’administration, du système des Nations Unies, des ONG nationales et internationales, des partenaires au développement et des médias.

Organisée autour de deux panels, la rencontre avait pour principaux axes « Accompagner la transition : ne laisser aucun acteur de côté » et « Assurer un environnement propice à l’action humanitaire et à la protection des civils ». Une occasion pour les différents acteurs de confronter leurs expériences et de mettre en évidence les conditions nécessaires à une réponse humanitaire plus efficace, mieux ciblée et davantage ancrée dans les réalités locales.

 

Protéger ceux qui portent secours

Dans son intervention, Issa Sanogo a articulé son message autour de trois priorités. La première concerne la protection des populations affectées par les crises et des travailleurs humanitaires.

« Les acteurs humanitaires sauvent des vies », a-t-il rappelé, soulignant qu’ils ne devraient pas être pris pour cible dans l’exercice de leur mission. Pour le Coordonnateur humanitaire, la protection des civils, des services sociaux de base et des acteurs humanitaires constitue à la fois une obligation légale et une obligation morale, consacrée par le droit international humanitaire.

Cette nécessité est particulièrement visible dans un contexte international marqué par de lourdes pertes parmi les travailleurs humanitaires. Les chiffres évoqués au cours de la rencontre font notamment état de 186 travailleurs humanitaires ayant perdu la vie à Gaza et de 65 au Soudan.

« Derrière ces chiffres se trouvent des vies interrompues, des familles endeuillées et des communautés privées d’un soutien essentiel », a-t-il relevé, appelant à renforcer la protection des civils et des travailleurs humanitaires, à faire respecter le droit international humanitaire, à lutter contre l’impunité et à garantir un financement durable des urgences.

Au Cameroun, cette problématique prend également une dimension particulière. Dans l’Extrême-Nord, le conflit dans le bassin du lac Tchad continue de provoquer des déplacements et de fragiliser les moyens de subsistance. Dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, les violences perturbent encore l’accès aux marchés, aux écoles et aux services de santé. À l’Est, dans l’Adamaoua et dans le Nord, la présence prolongée de réfugiés venus des pays voisins contribue également à accroître la vulnérabilité des populations.

 

2,9 millions de personnes dans le besoin

Le deuxième message d’Issa Sanogo porte sur l’ampleur des besoins humanitaires. Près de 2,9 millions de personnes ont besoin d’assistance au Cameroun.

Derrière cette donnée statistique se trouvent des femmes, des hommes, des enfants, des jeunes, des personnes âgées, des personnes vivant avec un handicap, des personnes déplacées, des réfugiés et des communautés hôtes.

Les partenaires humanitaires ciblent environ 1,9 million de personnes parmi les plus vulnérables, pour un besoin financier estimé à 379 millions de dollars. Pourtant, depuis le début de l’année, seulement 26 % du plan de réponse humanitaire sont financés.

Les secteurs vitaux restent particulièrement sous-financés. L’accès à l’eau, la santé, l’éducation, l’alimentation et la nutrition figurent parmi les domaines où les besoins restent largement insatisfaits, avec environ 15 % seulement des financements requis.

À cette situation s’ajoute l’épidémie de choléra qui sévit dans l’Extrême-Nord. Plus de 1 200 personnes ont déjà été touchées, dans un contexte marqué par les inondations, les difficultés d’accès à l’eau potable et l’insécurité alimentaire.

Face à cette situation, le Coordonnateur humanitaire a lancé un appel à la solidarité nationale et internationale afin que les populations affectées par les crises ne soient pas laissées pour compte.

 

Une transition humanitaire qui se veut locale

Le troisième message concerne la transition humanitaire engagée au Cameroun. Il s’agit désormais de renforcer progressivement le leadership et l’appropriation des autorités nationales, des organisations locales, de la société civile et des communautés affectées dans la conception, la coordination et la mise en œuvre de la réponse.

« La transition humanitaire au Cameroun est en action. Et cette transition humanitaire est locale », a insisté Issa Sanogo.

L’objectif est de permettre à ceux qui sont au plus près des populations d’être davantage en mesure d’identifier les besoins, de coordonner les interventions et de participer à la réponse. Une évolution qui doit aussi contribuer à une utilisation plus stratégique de ressources devenues limitées.

Dans le Nord-Ouest et le Sud-Ouest, une nouvelle architecture de coordination basée sur les zones est progressivement mise en place afin de renforcer la proximité, la redevabilité et l’efficacité opérationnelle.

 

« On ne peut pas importer la réponse »

Cette volonté de localiser davantage l’action humanitaire a également été défendue par Antoinette Chibi, Directrice pays pour le Cameroun et la République centrafricaine de l’International Rescue Committee (IRC).

Intervenant comme panéliste, elle a insisté sur la nécessité de travailler avec les communautés et les organisations locales. « On ne peut pas importer la réponse », a-t-elle expliqué, estimant que les populations sont les mieux placées pour déterminer leurs besoins.

L’IRC est notamment présente dans l’Extrême-Nord, le Nord-Ouest et le Sud-Ouest, avec des interventions dans des localités telles que Makary, Blangoua et Hilé-Alifa. L’organisation travaille avec des ONG locales, des organisations communautaires et des acteurs de la société civile afin de renforcer l’appropriation des interventions et de garantir une réponse adaptée aux réalités du terrain.

Pour Antoinette Chibi, les communautés doivent être associées à la conception, à la mise en œuvre et à l’évaluation des programmes humanitaires. Une approche qui permet, selon elle, de mieux orienter l’aide vers les besoins les plus pressants.

 

Sécurité, infrastructures et financements : des défis persistants

Sur le terrain, cette ambition se heurte toutefois à plusieurs obstacles. Antoinette Chibi a notamment évoqué les difficultés d’accès physique aux zones d’intervention.

Dans l’Extrême-Nord, certaines routes sont particulièrement difficiles à pratiquer. Lors d’un récent déplacement à Makary, l’axe Afadé s’est révélé difficilement praticable, avec de nombreux camions en panne et plusieurs zones d’embourbement. Au retour, l’équipe a emprunté l’axe Goulfey.

À ces contraintes infrastructurelles s’ajoutent les problèmes de sécurité. La fragmentation des acteurs présents sur le terrain oblige les organisations humanitaires à renégocier régulièrement leur accès aux populations. Certains convois peuvent être immobilisés pendant plusieurs heures par des groupes armés non étatiques, avec des taxes et des exactions imposées aux humanitaires, comme cela arrive également aux populations locales.

Mais pour la responsable de l’IRC, le financement demeure aujourd’hui l’un des principaux défis. Elle plaide pour des financements plus flexibles et pluriannuels, permettant aux organisations de s’adapter aux besoins les plus urgents.

Avec les ressources disponibles, l’IRC dit ainsi privilégier les zones les plus reculées et les communautés les plus vulnérables, notamment les personnes déplacées, les réfugiés et les communautés hôtes. L’organisation entend également soutenir les autorités gouvernementales dans la réponse à l’épidémie de choléra qui sévit dans l’Extrême-Nord.

 

Les jeunes, acteurs de la transition

La question de l’engagement des jeunes a également occupé une place importante dans les échanges. Nadine Perrault, Représentante de l’UNICEF au Cameroun, a insisté sur la nécessité de ne pas considérer les jeunes comme de simples bénéficiaires, mais comme de véritables acteurs de la réponse humanitaire.

L’UNICEF accompagne depuis plusieurs années des groupes consultatifs de jeunes et développe notamment les plateformes U-Report et U-Responders, qui permettent aux jeunes de participer à la remontée d’informations et aux interventions dans les communautés.

Pour Nadine Perrault, la transition ne peut réussir si les acteurs locaux sont sollicités brusquement, sans qu’une relation de confiance ait été construite en amont. Elle plaide ainsi pour un accompagnement progressif permettant de renforcer les capacités des partenaires nationaux, aussi bien sur le plan financier qu’en matière de prise de décision.

La représentante de l’UNICEF a par ailleurs salué le soutien de la République de Turquie et de la TIKA aux initiatives U-Report et U-Responders, tout en appelant à davantage d’appuis afin d’étendre ces mécanismes.

 

Une responsabilité désormais partagée

Au terme des échanges, un constat s’impose : la transition humanitaire au Cameroun ne peut se limiter à un transfert de responsabilités des acteurs internationaux vers les acteurs nationaux. Elle suppose confiance, renforcement des capacités, financement adapté, participation des communautés et protection effective des civils et des travailleurs humanitaires.

Dans un contexte où près de trois millions de personnes ont besoin d’assistance et où les financements restent largement insuffisants, l’enjeu consiste désormais à faire mieux avec des ressources limitées, sans perdre de vue les populations les plus vulnérables.

La Journée mondiale de l’aide humanitaire, à travers son thème « Agir pour l’humanité », rappelle ainsi que la réponse aux crises est une responsabilité collective. Au Cameroun, cette responsabilité passe désormais par une transition davantage portée par ceux qui connaissent le mieux les réalités du terrain : les autorités, les organisations nationales, les communautés et les jeunes.

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Conversion des forêts dans le bassin du

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