#Santé/Environnement

LUTTE CONTRE LA POLIOMYÉLITE

Au Cameroun, les artisans de la vaccination à l’honneur

À l’occasion de la 38e Journée mondiale de lutte contre la poliomyélite, célébrée le 24 octobre 2026, trois agents de santé ont été distingués à Yaoundé pour leur engagement dans la vaccination. Remises par les Lionnes indomptables, ces médailles saluent des professionnels qui, depuis des décennies, protègent les enfants, malgré les réticences et les préjugés rencontrés dans certaines communautés.

Le visage à la fois rassuré et ému, Brigitte Leumeni accueille la distinction qui vient saluer son engagement au service de la santé des enfants. À 58 ans, cette professionnelle de santé totalise 40 années de carrière, dont 30 consacrées à la vaccination. À ses côtés, Isidore Ekobo, 48 ans, agent de santé communautaire dans le district de santé de Djoungolo, témoigne des difficultés rencontrées au plus près des familles.

Le vendredi 23 octobre, à la salle de conférence de l’Unicef à Yaoundé, les deux professionnels ont été honorés aux côtés de Lydie Kosco, qui travaille au service de vaccination de la Fondation Chantal Biya. Les trois récipiendaires ont reçu leurs médailles des mains des Lionnes indomptables Ajara Nchout Njoya, Ange Gabrielle Bawou et Doudou Ousmanou, engagées dans la campagne « Team End Polio ».

Brigitte Leumeni, 30 ans au front de la vaccination

L’émotion est palpable chez Brigitte Leumeni. Sa médaille vient saluer quatre décennies de carrière, dont trois passées dans la vaccination. Un parcours qui lui a permis d’observer l’évolution de la poliomyélite et les effets des efforts de prévention.

« Dans les années 1988, il y avait beaucoup d’enfants paralysés, des adultes avec des séquelles. Mais dans le cadre de ma profession, 30 ans plus tard, je me rends compte qu’il n’y a plus des cas de polio comme avant. Que s’est-il passé ? Eh bien, c’est la vaccination », confie-t-elle, visiblement émue.

Pour cette agente de santé, la protection des enfants commence dès les premiers jours de leur vie. Son travail consiste notamment à veiller à ce qu’aucun enfant ne quitte la structure sanitaire sans avoir bénéficié des vaccinations prévues.

Les réticences de certains parents ne lui sont pas inconnues. Mais avec l’expérience, elle a appris à écouter, expliquer et rassurer. Car derrière chaque hésitation, il y a parfois une peur, une information mal comprise ou une croyance profondément ancrée.

Isidore Ekobo, face aux préjugés dans les communautés

À 48 ans, Isidore Ekobo exerce comme agent de santé communautaire dans le district de santé de Djoungolo, un district à dominante semi-urbaine. Sa mission le conduit au plus près des familles, y compris dans les zones où la méfiance envers la vaccination reste forte.

Sur le terrain, les obstacles ne sont pas toujours d’ordre matériel. Ils prennent parfois la forme de croyances et de rumeurs qui font des vaccinateurs des personnes suspectes aux yeux de certains parents.

Dans certaines communautés rurales, explique-t-il, les agents de santé peuvent être assimilés à des sorciers venus s’en prendre aux enfants. D’autres familles redoutent que les vaccins provoquent des maladies ou rendent leurs enfants stériles.

Ces préjugés peuvent conduire certains parents à refuser la vaccination ou à retarder les rendez-vous de leurs enfants. Pour Isidore Ekobo, il faut alors prendre le temps de dialoguer, d’expliquer le rôle des vaccins et de déconstruire les fausses informations.

Son travail ne consiste donc pas seulement à sensibiliser. Il faut aussi gagner la confiance des familles, répondre à leurs inquiétudes et, lorsque cela est nécessaire, s’appuyer sur les responsables communautaires pour faire passer le message.

Parce qu’il connaît les réalités du milieu, l’agent communautaire peut établir un dialogue avec les parents et contribuer à dissiper les craintes qui freinent la vaccination. Son témoignage rappelle que la lutte contre la poliomyélite se joue aussi dans la confiance accordée aux professionnels de santé.

Lydie Kosco, elle aussi au rendez-vous

 

Après Brigitte Leumeni et Isidore Ekobo, Lydie Kosco complète le tableau des trois professionnels distingués. En service au département de vaccination de la Fondation Chantal Biya, elle a également reçu une médaille des mains des Lionnes indomptables.

Elle a, elle aussi, partagé son expérience professionnelle au cours de cette rencontre. Son témoignage s’ajoute à ceux de ses collègues pour rappeler le rôle essentiel des équipes de vaccination dans la prévention de la poliomyélite et la protection des enfants.

Des progrès importants, une vigilance indispensable

 

Ces difficultés rencontrées auprès des familles n’effacent pas les progrès accomplis. Elles rappellent toutefois que la lutte contre la poliomyélite ne peut être gagnée sans une vaccination suffisamment large et une confiance durable des communautés.

La poliomyélite est une maladie virale très contagieuse, susceptible de provoquer des paralysies irréversibles, notamment chez les enfants. Elle se transmet principalement par voie féco-orale, à travers des mains, de l’eau ou des aliments contaminés.

Il n’existe pas de traitement permettant de guérir la poliomyélite. La vaccination demeure donc le moyen essentiel de prévenir la maladie et de protéger les enfants.

Selon le Dr Shalom Tchockfé Ndoula, secrétaire permanent du Programme élargi de vaccination (PEV), le Cameroun a enregistré des progrès considérables.

« On est quitté de 333 cas par an à zéro cas maintenant », indique-t-il dans un extrait d’interview. Cette évolution témoigne des résultats obtenus grâce aux campagnes de vaccination et à la mobilisation des professionnels de santé.

Toutefois, l’absence de cas ne signifie pas que le risque a totalement disparu. La circulation de variants du poliovirus dans certaines régions africaines, ainsi que les déplacements de populations, imposent de maintenir la vigilance.

Au Cameroun, la couverture vaccinale est estimée à 81 % pour la première dose et à 71 % pour la deuxième, selon les données présentées à l’occasion de cette journée. Ce qui rappelle qu’une partie des enfants doit encore être mieux protégée.

Les Lionnes indomptables engagées dans la lutte

Pour renforcer la sensibilisation, l’Unicef s’appuie également sur la popularité des footballeuses camerounaises.

Ajara Nchout Njoya, Ange Gabrielle Bawou et Doudou Ousmanou ont rejoint la Team End Polio et portent le message de protection de l’enfance auprès des familles et des jeunes. Leur engagement s’inscrit dans l’initiative « Kick Out Polio », qui transpose l’esprit collectif du football à la lutte contre la maladie.

« Mon souhait est de voir chacun d’entre nous inviter son voisin au quartier à faire vacciner ses enfants », affirme Ajara Nchout Njoya.

Pour Doudou Ousmanou, la mobilisation dépasse le terrain de football. Les joueuses veulent mettre leur notoriété au service de la sensibilisation des familles et contribuer à protéger les enfants, au Cameroun comme dans le reste du continent, contre la poliomyélite et d’autres maladies évitables par la vaccination.

En remettant les médailles aux agents de santé, les Lionnes indomptables ont ainsi salué celles et ceux qui mènent le combat au quotidien, souvent dans des conditions difficiles et face à des résistances persistantes.

Le message porté par les professionnels de santé, les partenaires et les Lionnes indomptables reste le même : aucun enfant ne devrait être exposé à une maladie évitable par la vaccination.

La 38e Journée mondiale de lutte contre la poliomyélite est célébrée sous le thème « Un investissement, des bénéfices multiples ». Il rappelle que les efforts consacrés à l’éradication de la maladie renforcent également les systèmes de vaccination de routine et les capacités de réponse aux épidémies.

Derrière les progrès enregistrés, les médailles remises à Brigitte Leumeni, Isidore Ekobo et Lydie Kosco rappellent que la victoire contre la poliomyélite se construit dans la durée. Elle repose sur la mobilisation des équipes de vaccination, mais aussi sur la confiance des familles et l’adhésion des communautés.

Denise Ebelle

LUTTE CONTRE LA POLIOMYÉLITE

FRAUDE EN LIGNE AU CAMEROUN

LUTTE CONTRE LA POLIOMYÉLITE

LUTTE CONTRE LA POLIOMYÉLITE

Leave a comment

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *