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AVC, Accident, Arrêt cardiaque: et si les premiers secours commençaient par nous?

Un malaise brutal à la maison. Une personne qui s’effondre dans la rue. Un accident de circulation. Un arrêt cardiaque au milieu d’un marché. Ou encore les signes soudains d’un accident vasculaire cérébral (AVC). Dans ces situations, chaque minute compte. Mais, face à une personne en détresse, savons-nous réellement quoi faire avant l’arrivée des secours ? Un geste simple, effectué au bon moment, peut contribuer à préserver une vie. À l’inverse, une mauvaise réaction peut aggraver la situation.

C’est toute l’importance de la formation aux soins d’urgence que l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) et l’Université Catholique d’Afrique Centrale (UCAC) entendent inscrire dans la durée. Les deux institutions ont signé ce lundi 28 septembre 2026 à Yaoundé un mémorandum d’entente (MoU) destiné à pérenniser les formations aux soins d’urgence au sein de l’École des Sciences de la Santé (ESS-UCAC).

L’enjeu va bien au-delà d’une signature entre deux institutions. Il s’agit de faire des compétences en soins d’urgence une composante durable de la formation des futurs professionnels de santé, mais aussi de renforcer la capacité des communautés à réagir face aux situations qui peuvent survenir avant l’arrivée des équipes médicales.

Que faire avant l’arrivée des secours ?

Lorsqu’un proche fait un malaise ou qu’un accident survient, la première réaction est souvent la panique. Certains entourent la victime, d’autres cherchent immédiatement un moyen de transport, tandis que quelques-uns tentent des gestes dont ils ne maîtrisent pas toujours les conséquences.

Or, les premiers secours reposent d’abord sur des gestes et des réflexes qui peuvent être enseignés. Reconnaître une situation d’urgence, sécuriser les lieux, alerter les secours, vérifier l’état de conscience et la respiration d’une victime ou savoir réagir face à une personne inconsciente font partie des compétences essentielles.

Dans le cas d’un arrêt cardiaque, par exemple, la rapidité de l’alerte et l’intervention des témoins avant l’arrivée des professionnels peuvent être déterminantes. Face à un AVC, reconnaître rapidement les signes et organiser sans délai l’accès aux soins constitue également un enjeu majeur. Après un accident de circulation, savoir protéger la victime, alerter les secours et éviter certaines manipulations dangereuses peut contribuer à ne pas aggraver son état.

C’est précisément cette culture de la réponse immédiate que les formations soutenues par l’OMS veulent contribuer à développer.

Former ceux qui soignent, mais aussi ceux qui sont les premiers témoins

Le projet ne concerne pas uniquement les étudiants. Il vise également le renforcement des capacités des professionnels déjà en exercice. Car la prise en charge d’une urgence ne commence pas nécessairement dans un service hospitalier. Elle peut débuter dans une maison, une école, un marché, un stade, une entreprise ou sur le bord d’une route.

La formation des personnels de santé aux soins d’urgence constitue donc un enjeu particulier. Être médecin, infirmier ou étudiant en santé ne signifie pas que tous disposent automatiquement du même niveau de formation spécifique dans la gestion des urgences. D’où la nécessité d’entretenir et d’actualiser régulièrement ces compétences.

Au Cameroun, cette nécessité est d’autant plus importante que les professionnels sont confrontés quotidiennement aux accidents de la circulation, aux maladies cardiovasculaires, aux traumatismes et à diverses situations nécessitant une intervention rapide.

Des acquis déjà enregistrés

Avant la signature du MoU, l’OMS et l’ESS-UCAC ont déjà engagé plusieurs activités préparatoires au cours de l’année 2026.

Quatre sessions de formation sur le Basic Emergency Care (BEC) ont permis de former 74 enseignants et étudiants de l’ESS-UCAC, dont 25 formateurs. Deux sessions consacrées aux Gestes de Premiers Secours Communautaires ont également permis de former 54 personnels, parmi lesquels 39 formateurs.

Ces formations ont permis de constituer des pools de formateurs appelés à transmettre à leur tour ces compétences. L’objectif est désormais de franchir une étape supplémentaire : intégrer durablement les curricula de formation de l’OMS dans les programmes de l’ESS-UCAC.

Du professionnel de santé au simple citoyen

L’un des intérêts de cette démarche réside dans son ouverture au milieu communautaire. Dans une urgence, la première personne présente auprès de la victime n’est pas toujours un médecin ou un infirmier. C’est souvent un proche, un voisin, un passant, un collègue ou un témoin de l’accident.

Former ces premiers témoins revient donc à renforcer le premier maillon de la chaîne de survie.

Le dispositif prévoit notamment la poursuite des formations en Basic Emergency Care (BEC) et en Gestes de Premiers Secours Communautaires (CFAR), avec un calendrier annuel et un pool de formateurs. L’ambition est également de maintenir ces formations au-delà de 2028, terme prévu du projet de renforcement du système national des soins d’urgence.

Ainsi, derrière le MoU signé ce lundi, se dessine une ambition simple : que face à une urgence, davantage de personnes sachent quoi faire, quoi ne pas faire et surtout comment agir rapidement, en attendant l’arrivée des professionnels. Parce qu’en matière d’urgence, quelques minutes peuvent parfois faire toute la différence.

Dr Magaran Monzon Bagayoko, Représentant de l’OMS au Cameroun

L’OMS a travaillé en amont avec le ministère de la Santé publique, la partie coréenne et la Fédération Africaine de Médecine d’Urgence pour conduire une première phase de formation. Dans ce partenariat, l’organisation joue notamment un rôle normatif, en veillant à la qualité des formations, à leur coordination au sein de l’UCAC et au respect des normes internationales et africaines.

Le représentant de l’OMS souligne également l’importance des soins d’urgence, les situations nécessitant une intervention rapide pouvant survenir à tout moment, au bureau, au marché, pendant une activité sportive ou encore à domicile. Les accidents de la circulation, notamment ceux impliquant les motos, les éboulements et autres catastrophes, mais aussi l’augmentation des maladies chroniques comme le diabète, l’hypertension et les affections cardiovasculaires, renforcent les besoins en matière de prise en charge urgente.

L’objectif est également de mobiliser d’autres partenariats afin de permettre le passage à l’échelle et la reproduction de ces formations dans d’autres institutions académiques.

Abbé Professeur Thomas Bienvenu Tchoungui, Recteur de l’UCAC

Pour le recteur de l’Université Catholique d’Afrique Centrale, la signature du mémorandum intervient à un moment particulier dans l’histoire de l’institution. Il rappelle que la mission de l’université ne se limite pas à dispenser des savoirs et transmettre des connaissances, mais consiste également à promouvoir la recherche et à s’engager dans le vécu des populations.

Dans cette perspective, la question des urgences dans les centres médicaux, la prise en charge des catastrophes et des crises, ainsi que les accidents de motos et de circulation auxquels les populations sont régulièrement confrontées, constituent des préoccupations auxquelles l’UCAC souhaite apporter sa contribution.

L’appui de l’OMS, avec la collaboration de la KOICA, doit notamment contribuer au renforcement des capacités de l’UCAC dans la promotion de la médecine d’urgence et à une meilleure formation de son personnel.

Pr Sylvie Myriam Mbombo épouse Nsombouan, Directrice de l’ESS-UCAC

La directrice de l’École des Sciences de la Santé considère la médecine d’urgence et le renforcement des compétences en santé comme des préoccupations majeures pour le système de santé camerounais.

Pour l’ESS-UCAC, le MoU doit permettre de mieux former les étudiants et d’intégrer les soins d’urgence dans les curricula. Le matériel et les équipements reçus doivent également servir à poursuivre les formations auprès des différents publics, en fonction des sollicitations.

L’ambition est ainsi d’étendre progressivement ces formations au sein de l’UCAC, mais également auprès d’autres structures et dans la communauté.

Na Hyesun, Directrice adjointe de la KOICA Cameroun

La KOICA intervient dans le domaine des services médicaux d’urgence au Cameroun depuis 2010, notamment à travers son appui au CURY. La phase actuelle du projet vise à renforcer le système et à élargir l’accès aux services d’urgence jusqu’au niveau communautaire.

La représentante de la KOICA estime que le partenariat avec l’OMS et l’UCAC permet d’agir sur la formation des futurs professionnels appelés à intervenir sur le terrain, tout en rapprochant les compétences et les services d’urgence des communautés.

Cette démarche doit contribuer à rendre les soins d’urgence plus accessibles aux populations et à assurer une meilleure durabilité des acquis du projet.

Denise Ebelle

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