Affaire des lunettes : les quatre journalistes reçus par le ministre de la Communication
Après plusieurs jours passés au Commissariat central n°1 de Yaoundé, les quatre journalistes ont retrouvé la liberté. Leur rencontre avec le ministre de la Communication a surtout permis de revenir sur leur arrestation, leurs conditions de détention et les suites de cette affaire.
Solange Djuikam, François Essomba, Igor Gwet Bibey et Pierre Mouchili sont désormais libres. Les quatre journalistes, détenus au Commissariat central n°1 (CC1) de Yaoundé dans le cadre de l’affaire dite des « lunettes volées », ont été libérés après plusieurs jours de détention.
Les interpellations étaient intervenues à des moments différents. Solange Djuikam avait été arrêtée deux jours avant les trois hommes, lors de l’ouverture de la cérémonie. Le 16 septembre, François Essomba, Igor Gwet Bibey et Pierre Mouchili avaient à leur tour été interpellés alors qu’ils couvraient la clôture de l’événement. Après leur arrestation, les journalistes avaient été conduits au commissariat de Bastos avant d’être transférés au CC1.
C’est dans ce contexte que les quatre professionnels des médias ont été reçus en audience par le ministre de la Communication. Pour cette rencontre, le membre du gouvernement était accompagné de son secrétaire général, Félix Zogo.
La délégation des professionnels des médias était conduite par Valgadine Tonga, du Syndicat des professionnels de l’information et de la communication (SPIC). Elle comprenait les quatre journalistes concernés ainsi que Denise Ebelle. L’Association des patrons de presse du Cameroun était également représentée par son président, François Mboke, et Joseph Marie Njama. La présence des deux organisations professionnelles traduisait ainsi une mobilisation plus large de la corporation autour de cette affaire.
Les excuses du ministre
D’entrée de jeu, le ministre de la Communication a présenté ses excuses aux quatre journalistes ainsi que celles du gouvernement à l’ensemble de la corporation. Il a expliqué avoir appris l’affaire par des médias étrangers, se disant surpris de constater qu’une telle situation puisse encore se produire au Cameroun, un pays qui se veut démocratique.
Selon lui, ce genre de comportement est de nature à présenter le Cameroun comme un pays qui ne respecte pas les droits de l’homme. Le ministre a ainsi exprimé son étonnement face à ce qu’il a qualifié de situation déplorable.
Prenant ensuite la parole, Valgadine Tonga a exposé les revendications du SPIC. Elle a tenu à préciser que le syndicat n’est pas contre le gouvernement, mais entend dénoncer ce qu’il considère comme une atteinte à l’honneur de la profession, notamment le fait que les journalistes aient été présentés comme des voleurs.
Le SPIC exige ainsi des excuses publiques, la réparation du préjudice subi par les journalistes, mais également le retrait de la plainte et l’abandon des poursuites engagées dans cette affaire.
L’émotion au récit des conditions de détention

La parole a ensuite été donnée aux journalistes concernés. François Essomba a relaté les circonstances de leur arrestation et les conditions dans lesquelles ils ont été détenus au CC1. Son témoignage a rapidement fait monter l’émotion dans la salle. En évoquant leur séjour en cellule, le journaliste a été submergé par l’émotion et a écrasé une larme.
Il a notamment décrit l’insalubrité des cellules et la promiscuité qui y régnait. Odeurs nauséabondes et promiscuité se côtoyaient, rendant particulièrement éprouvants les jours passés derrière les barreaux.
Joseph Marie Njama a également pris la parole. Connaissant bien les cellules du CC1, il a décrit une insalubrité qu’il a qualifiée d’« incroyable ». Mais son témoignage est allé au-delà des conditions matérielles de détention. Avec gravité, il a dénoncé ce qu’il considère comme le mépris dont les journalistes font l’objet au Cameroun.
Il a notamment estimé qu’il est aujourd’hui plus facile d’interpeller un journaliste au Cameroun que n’importe quel autre citoyen, une situation qu’il considère comme révélatrice de la vulnérabilité des professionnels des médias.
L’émotion était palpable dans la salle. Le ministre de la Communication apparaissait lui aussi visiblement touché par ces témoignages.
Les autres anciens pensionnaires du CC1 ont également été invités à s’exprimer. Solange Djuikam a notamment résumé son expérience en une phrase : « J’y ai survécu grâce à mon masque. »
Encore visiblement marqués par leur passage en détention, les quatre journalistes ont ainsi raconté leur expérience devant le ministre et les représentants de la profession.
Un engagement pour la suite
La rencontre a également débouché sur un engagement du ministre de la Communication à poursuivre les actions nécessaires en vue de permettre aux journalistes de retrouver une liberté pleine et définitive, notamment à travers l’issue de la procédure engagée dans cette affaire.
Le SPIC a, de son côté, réaffirmé ses principales revendications : excuses publiques, réparation du préjudice subi, retrait de la plainte et abandon des poursuites.
































































































































































