CAMWATER : L’ACCÈS À L’EAU DEVIENT UNE QUESTION DE SOLIDARITÉ

Derrière le prix du mètre cube se cache une réalité moins visible : celle des investissements, des infrastructures et des charges nécessaires pour faire parvenir l’eau potable aux ménages. Au Cameroun, la tarification encadrée et les actions de proximité de CAMWATER donnent au service public de l’eau une dimension sociale. À première vue, il ne s’agit que d’un chiffre sur une facture. Pourtant, les 364 FCFA HT le mètre cube appliqués aux ménages racontent une réalité beaucoup plus large. Derrière ce montant se trouvent des stations de production et de traitement, des kilomètres de canalisations, de l’énergie, des produits chimiques, des équipes techniques et des interventions quotidiennes pour maintenir la desserte. Le dispositif tarifaire prévoit par ailleurs un niveau inférieur pour certaines catégories. À Ngaoundéré, par exemple, CAMWATER indique que l’eau destinée aux bornes-fontaines est facturée 293 FCFA HT/m³, contre 364 FCFA HT/m³ pour les ménages. L’objectif affiché est notamment de rapprocher l’eau potable des populations des zones urbaines et périurbaines. Une tarification qui tient compte des petits consommateurs La dimension sociale apparaît d’abord dans la structure même du tarif. Les données disponibles font état d’un tarif de 293 FCFA HT/m³ pour une consommation allant jusqu’à 10 m³, puis de 364 FCFA HT/m³ au-delà. Cette différenciation mérite d’être soulignée. Elle traduit le choix d’un système dans lequel la consommation des ménages est prise en compte plutôt que l’application d’un prix uniforme quelle que soit la quantité consommée. Le cas des bornes-fontaines est encore plus révélateur. À Ngaoundéré, dix nouvelles bornes-fontaines ont été mises en service dans plusieurs quartiers et dans l’arrondissement de Dang. CAMWATER indique que cette opération s’inscrit dans sa volonté d’élargir l’accès à l’eau potable en milieu urbain et périurbain. Des milliards mobilisés derrière un mètre cube Le prix payé par l’usager ne permet cependant pas, à lui seul, de mesurer les efforts nécessaires à la fourniture du service. Pour l’exercice 2026, le conseil d’administration de CAMWATER a arrêté le budget de l’entreprise à 84,024 milliards de FCFA. Sur cette enveloppe, 9,615 milliards de FCFA, soit 11,44 %, sont destinés au développement des infrastructures, tandis que plus de 32,9 milliards sont affectés à l’exploitation. Ces chiffres donnent une autre dimension au débat sur le prix de l’eau. Produire et distribuer de l’eau potable suppose en effet des dépenses permanentes, auxquelles s’ajoutent les investissements nécessaires pour augmenter les capacités et desservir de nouvelles populations. En février 2026, CAMWATER a notamment engagé 10,66 milliards de FCFA pour l’acquisition de produits chimiques destinés au traitement de l’eau potable. Cette dépense, financée sur le budget de fonctionnement 2026, illustre le poids des opérations indispensables avant même que l’eau n’arrive au robinet du consommateur. L’investissement comme autre forme d’action sociale Dans le secteur de l’eau, l’action sociale ne se résume donc pas nécessairement à des dons. Elle peut également se traduire par la capacité à maintenir un tarif encadré, à installer une borne-fontaine dans une zone insuffisamment desservie ou à étendre un réseau vers des populations jusque-là éloignées du service. À Dang, par exemple, les travaux de densification et d’extension du réseau ont porté sur plus de 35 kilomètres, selon les informations publiées par CAMWATER. La mise en service de nouvelles bornes-fontaines est venue compléter cette extension. Cette approche donne un contenu concret à la notion d’accessibilité : il ne suffit pas que l’eau soit disponible dans une ville ; encore faut-il qu’elle puisse atteindre les quartiers et les ménages qui en ont besoin. Préserver l’équilibre L’enjeu pour CAMWATER consiste dès lors à maintenir un équilibre délicat : garantir un service public accessible tout en disposant de ressources suffisantes pour exploiter, entretenir et moderniser ses infrastructures. Le prix de l’eau apparaît ainsi comme bien davantage qu’un simple tarif commercial. Il constitue l’un des éléments d’un système dans lequel se rencontrent les impératifs économiques du service public et la nécessité de préserver l’accès des populations à une ressource essentielle. À 364 FCFA HT le mètre cube pour les ménages, le consommateur ne voit qu’une ligne sur sa facture. Derrière cette ligne se déploie pourtant toute une chaîne technique et financière destinée à faire parvenir l’eau potable jusqu’à lui. C’est dans cet écart entre le prix payé et l’ensemble des moyens mobilisés que se mesure une partie de la dimension sociale du service public de l’eau. Denise Ebelle

À Yaoundé, une nouvelle promotion d’éducateurs se forme à l’inclusion

Seize professionnels de l’éducation ont achevé, le 31 août 2026, une formation intensive consacrée à l’accompagnement des apprenants à besoins éducatifs particuliers. Une première expérience portée par l’IFPEC-B et le CJARC, avec des participants camerounais et étrangers.   L’inclusion scolaire se construit aussi dans les salles de formation. À Ekie, à Yaoundé, l’Institut de formation professionnelle inclusive Coco Bertin (IFPEC-B) a célébré, le 31 août 2026, la fin d’une session intensive consacrée à l’éducation inclusive. Initiée par le Club des Jeunes Aveugles Réhabilités du Cameroun (CJARC), cette première promotion a rassemblé 16 participants venus se perfectionner dans la prise en charge des apprenants présentant des besoins éducatifs spécifiques.   La particularité de cette promotion tient à sa diversité. Elle compte 14 femmes et deux hommes, issus de plusieurs régions et villes du Cameroun, parmi lesquelles Yaoundé, Mfou, Foumban, Bamenda, Dschang et Foumbot. Des participants de Guinée équatoriale et du Ghana ont également pris part à la session.   Durant huit semaines, les stagiaires ont travaillé sur dix modules destinés à leur fournir des outils immédiatement utilisables dans les établissements scolaires. Les enseignements ont notamment porté sur les relations entre l’école, la famille et la communauté, les méthodes d’enseignement différencié, l’adaptation pédagogique, le braille, la langue des signes et les technologies d’assistance destinées aux personnes ayant des déficiences visuelles ou des troubles de l’apprentissage. La formation s’est également intéressée aux réponses pédagogiques adaptées aux différents profils d’apprenants. L’installation d’un élève malvoyant à une place appropriée, l’utilisation de supports agrandis ou du braille, le recours à des consignes orales pour certains apprenants, mais aussi l’adaptation du rythme de travail pour les élèves présentant des troubles de l’apprentissage figurent parmi les pratiques abordées.   Pour les personnes présentant des troubles neurodéveloppementaux, notamment l’autisme ou le TDAH, les participants ont été sensibilisés à l’importance d’un cadre structuré, des repères visuels et des espaces favorisant l’autorégulation.   Cette approche a progressivement modifié la perception des stagiaires sur la notion même d’inclusion. Dans son intervention, Ntenjem Marcel Nshutpuen, représentant des apprenants, a expliqué que l’expérience leur avait permis de comprendre que placer un enfant handicapé dans une classe ordinaire ne suffit pas. L’inclusion exige également de revoir les méthodes d’apprentissage, les supports, les modalités d’évaluation et l’organisation de l’espace scolaire.   Mme Monesso épouse Efa Marie Gerard Secondine, conseillère d’orientation et co-représentante de la promotion, a, elle aussi, insisté sur la dimension opérationnelle des connaissances acquises. Elle a notamment appelé les administrations compétentes à valoriser ces nouvelles compétences en facilitant le recrutement d’éducateurs formés à l’inclusion dans les services déconcentrés et les établissements publics.   Les performances de la promotion viennent conforter cette première expérience. Tous les participants ont obtenu leur diplôme, soit un taux de réussite de 100 %. Les moyennes enregistrées vont de 12,78/20 à 16,22/20. Yonga Tchouameni Nadia Gisèle, avec 16,22/20, s’est distinguée comme major de la promotion. La cérémonie de sortie a réuni plusieurs acteurs institutionnels. Les ministères des Affaires sociales (MINAS), de l’Éducation de base (MINEDUB), des Enseignements secondaires (MINESEC) et de l’Emploi et de la Formation professionnelle (MINEFOP) y étaient représentés. Au nom du MINAS, le délégué régional des Affaires sociales a salué l’initiative et l’importance du renforcement des capacités dans le domaine de l’inclusion.   Pour le CJARC, cette session constitue une première étape. Coco Bertin, cofondateur de l’organisation, a rappelé que le programme de deux mois avait été conçu comme une formation accélérée destinée notamment aux professionnels en exercice. Le cursus régulier de l’IFPEC-B demeure, quant à lui, établi sur douze mois.   L’établissement prévoit déjà la suite. Les inscriptions pour l’année académique 2026-2027 doivent s’ouvrir en septembre 2026. L’objectif affiché est d’élargir progressivement le recrutement, notamment aux candidats issus d’autres pays de la sous-région.   Avec cette première promotion, le CJARC et l’IFPEC-B entendent ainsi contribuer à faire évoluer les pratiques éducatives. Car derrière le principe d’inclusion se trouve une exigence concrète : donner aux professionnels les compétences nécessaires pour que chaque enfant puisse apprendre dans un environnement réellement adapté à ses besoins.   Denise Ebelle

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