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APPROVISIONNEMENT DU MARCHÉ NATIONAL

Le marché camerounais du poisson pourrait connaître des tensions d’approvisionnement dès la fin du mois de novembre 2026, avec des répercussions possibles sur les prix pendant les fêtes de fin d’année.* C’est l’alerte lancée jeudi 15 octobre 2026 à Yaoundé par la société Congelcam S.A., à l’occasion d’un point de presse animé par Joseph Flavien Kankeu, responsable de la communication de l’entreprise. En cause, la réduction de ses quotas d’importation, qu’elle juge insuffisants au regard de la demande nationale.

D’après les explications fournies par l’entreprise, Congelcam a importé 200 000 tonnes de poisson en 2025.

Pour l’année 2026, elle souhaitait maintenir ce volume d’approvisionnement. Mais son quota a été ramené à 100 000 tonnes par le ministère de l’Élevage, des Pêches et des Industries animales (Minepia). L’entreprise affirme que cette réduction de moitié a entraîné l’épuisement de ses stocks au bout de sept mois.

Le 18 septembre dernier, elle a sollicité un réajustement de son quota à hauteur de 100 000 tonnes supplémentaires. En réponse, un volume additionnel de 30 000 tonnes lui a été accordé. Une quantité que ses responsables estiment insuffisante, prévoyant son épuisement en environ deux mois.

Selon les projections avancées par Congelcam, si la situation demeure inchangée, les étals pourraient être fortement dégarnis dès la fin du mois de novembre. Les tensions pourraient se prolonger jusqu’à la première moitié du mois de mars 2027, compte tenu des délais nécessaires pour commander, expédier et acheminer le poisson vers le Cameroun, estimés entre un et trois mois.

Face à cette perspective, l’entreprise demande aux pouvoirs publics de réexaminer les quotas d’importation, de clarifier les critères de leur calcul et de mieux anticiper les délais d’approvisionnement. Elle souhaite également l’ouverture d’un dialogue avec les autorités compétentes et les autres acteurs de la filière afin d’éviter une rupture importante de l’offre.

 

Des accusations de monopole contestées

Au cours de cette rencontre avec la presse, Congelcam a également tenu à répondre aux accusations récurrentes faisant état d’une position monopolistique sur le marché camerounais du poisson. Pour réfuter ces allégations, l’entreprise s’appuie notamment sur les déclarations du ministre de l’Élevage, des Pêches et des Industries animales devant le Parlement, selon lesquelles environ 34 opérateurs agréés disposent d’avis techniques d’importation dans le secteur des produits halieutiques.

Pour Joseph Flavien Kankeu, l’existence de ces autorisations démontre que le marché compte plusieurs intervenants. Il estime toutefois qu’il convient de distinguer la détention d’une autorisation administrative de la capacité réelle à importer et à distribuer du poisson, laquelle dépend notamment des moyens financiers, logistiques et commerciaux.

L’entreprise a, par ailleurs, rejeté les affirmations selon lesquelles elle serait une création des pouvoirs publics ou bénéficierait de privilèges particuliers. Elle présente son développement comme le fruit d’un engagement entrepreneurial porté depuis 1982 par le sénateur Sylvestre Ngouchinghe.

 

Des contentieux fiscaux et portuaires au cœur des préoccupations

Congelcam a également évoqué plusieurs différends administratifs, fiscaux et portuaires qui, selon elle, ont affecté ses activités et ses capacités financières au cours des dernières années.

L’entreprise est notamment revenue sur un rapport publié en 2018 par la Commission nationale anticorruption (CONAC), faisant état d’un prétendu non-paiement de droits de douane de 32 milliards de FCFA au titre de l’année 2014. Elle conteste ces accusations et soutient que le poisson bénéficiait d’une exonération totale des droits de douane entre 2008 et 2016. Selon ses responsables, la procédure judiciaire engagée pour faire établir les faits n’a pas encore connu d’issue définitive.

La société fait également état de redressements fiscaux de 2,2 milliards de FCFA en 2020, de 3,2 milliards en 2022 et de 6 milliards en 2024. Elle estime que la succession de ces procédures a mobilisé des ressources importantes et soulève des interrogations sur les conditions d’application des règles fiscales.

Autre dossier évoqué : celui de 510 conteneurs de poisson qui auraient été débranchés au Port autonome de Douala en 2023. Congelcam évalue à environ 13 milliards de FCFA les pertes résultant de la destruction des marchandises concernées. L’entreprise indique avoir saisi la justice pour obtenir réparation et affirme avoir déjà versé plus d’un milliard de FCFA au titre de la consignation auprès du Tribunal de grande instance de Douala.

Elle soutient également que cet épisode a eu des répercussions sur ses relations bancaires. Après avoir perdu en 2025 son statut d’entreprise de grand standing auprès de la Commission bancaire de l’Afrique centrale (COBAC), elle affirme avoir retrouvé ce statut en 2026, au prix d’efforts financiers et opérationnels importants.

Sur le plan douanier, Congelcam affirme que certains opérateurs du secteur bénéficieraient de décotes sur les droits de douane de l’ordre de 25 à 30 %, sans que l’entreprise ne profite des mêmes conditions. Elle appelle ainsi à davantage de transparence dans l’attribution des avantages et l’application des règles aux différents importateurs.

La société conteste également les chiffres rendus publics concernant ses contributions douanières. Pour l’exercice 2025, elle affirme avoir versé 24 milliards de FCFA de droits de douane, contre 14 milliards annoncés publiquement. En 2024, elle indique avoir payé 18 milliards de FCFA.

Elle demande que ces données soient vérifiées et, si nécessaire, rectifiées, estimant que la contribution réelle des entreprises aux recettes publiques doit être présentée avec exactitude.

 

Des capacités de stockage importantes

Pour justifier sa demande de révision des quotas, Congelcam met en avant ses infrastructures logistiques. L’entreprise annonce disposer à Douala d’une capacité totale de stockage de 104 000 tonnes. Un nouvel entrepôt d’une capacité de 10 000 tonnes doit également venir renforcer ses installations au port de Kribi.

Elle estime cependant que ces capacités ne peuvent contribuer pleinement à l’approvisionnement du marché sans des autorisations d’importation adaptées aux besoins des consommateurs et aux délais d’acheminement.

Au terme de son intervention, Congelcam a réaffirmé sa volonté de poursuivre ses activités et de contribuer à l’approvisionnement régulier des marchés camerounais. Elle appelle les pouvoirs publics à prendre des mesures anticipatives pour éviter les tensions annoncées sur la disponibilité du poisson et ses prix.

L’entreprise précise enfin que toute éventuelle pénurie devra faire l’objet d’une analyse objective permettant d’établir les responsabilités de chaque acteur, notamment au regard des décisions administratives relatives aux quotas d’importation.

Reste désormais à savoir quelles mesures seront prises par les autorités compétentes pour garantir la disponibilité du poisson sur le marché national à l’approche d’une période traditionnellement marquée par une forte demande.

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