Décentralisation : le gouvernement veut lever les derniers verrous de l’autonomie des régions
Décentralisation : le gouvernement veut lever les derniers verrous de l’autonomie des régions
Réuni le 10 juillet 2026 à Yaoundé sous la présidence du Premier ministre, Joseph Dion Ngute, le Conseil national de la décentralisation (CND) a procédé à une évaluation approfondie de la mise en œuvre de la décentralisation au niveau régional. Si le gouvernement estime que les régions sont désormais pleinement installées, il reconnaît que leur montée en puissance reste freinée par l’insuffisance des ressources financières, les lenteurs dans le transfert effectif des compétences et l’absence de certains textes d’application. Plusieurs mesures ont été prescrites pour accélérer le processus.
Cette rencontre avait pour objectif d’évaluer le fonctionnement des régions, d’apprécier les avancées enregistrées depuis leur mise en place et d’identifier les principaux obstacles qui freinent encore leur développement. Une attention particulière a été accordée aux régions à statut spécial du Nord-Ouest et du Sud-Ouest.
Les membres du Conseil ont successivement examiné le rapport d’activités du Secrétariat permanent du CND présenté par Evelyne Otsili Medzoggo épouse Koa, l’état de la mise en œuvre de la décentralisation dans les régions présenté par le ministère de la Décentralisation et du Développement local (Minddevel), les perspectives de financement exposées par le ministère des Finances, ainsi que les contributions de l’Association des Régions du Cameroun (ARC) et des responsables des régions à statut spécial.
Un consensus sur les acquis
À l’issue des travaux, un constat semble faire l’unanimité. Selon le ministre de la Décentralisation et du Développement local, Georges Élanga Obam, le processus de mise en place des régions durant cette première mandature est globalement une réussite.
Les institutions régionales fonctionnent, disposent d’organes délibérants, d’une administration et d’un environnement de travail. Cette étape, considérée comme fondamentale, marque l’achèvement de l’installation institutionnelle des régions prévue par les réformes engagées ces dernières années.
Toutefois, les participants reconnaissent que cette réussite institutionnelle ne suffit pas encore à permettre aux régions d’exercer pleinement les missions qui leur sont confiées.
Des compétences encore à clarifier
Parmi les difficultés identifiées figure la nécessité de préciser davantage les compétences transférées aux régions et leur articulation avec celles des communes, des communautés urbaines et des services déconcentrés de l’État.
Pour le Minddevel, il devient indispensable de mettre en place un cadre formel de concertation afin d’encadrer les relations entre les différents acteurs de la décentralisation, mais également entre les collectivités territoriales et les administrations de l’État.L’objectif est d’éviter les chevauchements de compétences et de rendre plus efficace l’action publique au niveau local.
Le défi du financement
Le principal obstacle demeure cependant financier.Les échanges ont mis en évidence les difficultés rencontrées par les régions pour disposer effectivement des ressources prévues par les textes. Au cœur des discussions figurait la réforme de la fiscalité locale introduite par la loi de 2024.
Selon les explications apportées par le ministre des Finances, les recettes issues de cette fiscalité sont actuellement centralisées et seront reversées aux collectivités dès que les dispositifs techniques et numériques de gestion seront entièrement opérationnels. Le Premier ministre a demandé que cette opérationnalisation intervienne dans les meilleurs délais afin que les régions puissent bénéficier rapidement des ressources qui leur reviennent de droit. Il a également prescrit l’accélération de la production des textes d’application relatifs à la décentralisation et le règlement des questions liées aux ressources humaines, deux conditions jugées indispensables pour permettre aux exécutifs régionaux de remplir efficacement leurs missions.
Accompagnement renforcé pour le Nord-Ouest et le Sud-Ouest
La situation des deux régions à statut spécial a également occupé une place importante durant les travaux. Le chef du gouvernement a demandé que le Nord-Ouest et le Sud-Ouest soient davantage associés aux réflexions portant sur l’amélioration de l’enseignement dans le sous-système éducatif anglophone. Il a également prescrit que les Houses of Chiefs soient pleinement impliquées dans les questions relatives à l’organisation de la chefferie traditionnelle dans ces deux régions.Ces orientations visent à consolider la prise en compte des spécificités institutionnelles de ces collectivités.
accélérer la décentralisation
Au terme de cette session, le gouvernement affiche sa volonté de faire évoluer la décentralisation vers une phase plus opérationnelle. Si les régions disposent désormais d’une existence institutionnelle incontestable, leur efficacité dépendra désormais de la disponibilité des ressources financières, de l’effectivité des transferts de compétences et du renforcement de la coopération entre l’État et les collectivités territoriales.Les prescriptions formulées par le Premier ministre traduisent ainsi la volonté de transformer les régions en véritables leviers du développement territorial, conformément aux ambitions portées par la politique nationale de décentralisation.









































































































