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Conversion des forêts dans le bassin du Congo : la société civile veut inverser la courbe

La préservation des forêts du bassin du Congo était au cœur d’une conférence sous-régionale organisée à Yaoundé par Green Development Advocates (GDA), du 18 au 19 août dernier. Pendant deux jours, des acteurs venus notamment du Cameroun, du Congo-Brazzaville, de la République démocratique du Congo, du Gabon et de la République centrafricaine ont confronté leurs expériences autour d’un même enjeu : comment ralentir, voire inverser, la dynamique de conversion des espaces forestiers.

Pour Aristide Chacgom Fokam, coordonnateur de GDA, la conversion des forêts correspond au processus par lequel une forêt naturelle ou primaire est transformée pour d’autres usages, notamment agricoles, agro-industriels ou extractifs. Elle peut également se traduire par la dégradation progressive des écosystèmes à travers certaines formes d’exploitation des ressources forestières.

Une problématique qui dépasse les frontières

La rencontre part d’un constat : les pressions exercées sur les forêts ne s’arrêtent pas aux frontières nationales. Agriculture, exploitation forestière, activités extractives, infrastructures et autres formes d’utilisation des terres participent à la transformation progressive des espaces forestiers.

Dans le bassin du Congo, cette problématique revêt une importance particulière. Le massif forestier constitue un patrimoine écologique majeur et joue un rôle essentiel pour la biodiversité, le climat et les moyens de subsistance de nombreuses communautés.

C’est dans ce contexte que les participants ont été invités à examiner les manifestations de la conversion dans leurs différents pays, mais aussi à rechercher des réponses communes.

« Le problème est global, il touche tous les pays de l’Afrique centrale parce qu’il y a une ruée vers les ressources naturelles », relève Aristide Chacgom Fokam.

Pour le coordonnateur de GDA, cette réflexion renvoie également à une question fondamentale : celle de la contribution de l’exploitation des ressources naturelles au développement. Après plusieurs décennies d’exploitation forestière dans les pays de la sous-région, il estime nécessaire de s’interroger sur les retombées réelles de ces activités pour les populations et les économies nationales.

Mutualiser les expériences de la société civile

L’un des principaux enseignements des travaux réside dans la nécessité d’une meilleure coordination entre les organisations de la société civile.

Selon Aristide Chacgom Fokam, ces organisations travaillent encore trop souvent séparément, chacune dans son propre pays. La conférence entend donc favoriser le partage des expériences et la construction d’actions communes.

« Il y a une nécessité de voir dans quelle mesure mutualiser les efforts pour adresser le problème, comment partager les expériences », explique-t-il.

L’objectif n’est pas de déboucher uniquement sur une liste de recommandations. Les participants cherchent plutôt à identifier des pistes d’action susceptibles d’être mises en œuvre collectivement.

L’expérience acquise au Cameroun pourrait ainsi servir aux organisations du Congo-Brazzaville, du Gabon, de la République centrafricaine ou de la RDC, et inversement.

Cette mise en réseau apparaît d’autant plus importante que les problématiques liées aux ressources naturelles présentent de nombreuses similitudes d’un pays à l’autre. L’exploitation du bois, les activités minières ou encore l’expansion agro-industrielle posent, avec des intensités variables, des questions similaires de gouvernance, de transparence, de protection de l’environnement et de respect des droits des communautés.

Administrations, partenaires internationaux et communautés associés

 

La rencontre ne s’est pas limitée aux organisations de la société civile. Des organisations internationales et des partenaires techniques ont également pris part aux échanges.

Parmi les participants cités figurent notamment le WWF, l’European Forest Institute et le World Resources Institute. L’Union européenne était également représentée pour présenter son règlement visant à lutter contre la mise sur le marché européen de produits associés à la déforestation.

Plusieurs administrations camerounaises ont par ailleurs été associées aux travaux, notamment celles en charge des forêts et de la faune, des domaines, du cadastre et des affaires foncières, de l’économie et de la planification ainsi que de l’environnement.

Cette diversité des participants répond à une volonté clairement assumée par les organisateurs : ne pas traiter la question de la conversion des forêts « en vase clos ».

Les communautés directement affectées par les transformations des territoires forestiers occupent également une place dans les discussions. Des représentants de communautés de Campo et d’Ebo, ainsi que des femmes engagées dans la défense de leurs territoires traditionnels et coutumiers, ont notamment pris part aux échanges.

 

Des possibilités de financement à saisir

Autre enseignement important de la rencontre : des possibilités de financement existent pour soutenir les initiatives de conservation et de protection des forêts dans le bassin du Congo.

Des représentants de plusieurs mécanismes, initiatives et réseaux engagés dans le financement ou l’accompagnement des actions environnementales ont échangé avec les participants sur les opportunités disponibles et sur la nécessité de mieux structurer les projets issus du terrain.

Parmi les structures citées figurent Forests, People, Climate (FPC), une initiative collaborative hébergée par la Climate and Land Use Alliance (CLUA), la Central African Forest Initiative (CAFI), le Global Greengrants Fund, ainsi que le Réseau des Populations Autochtones et Locales pour la gestion durable des Écosystèmes Forestiers d’Afrique Centrale (REPALEAC).

Il s’agit moins, pour les acteurs présents, de considérer le financement comme une fin en soi que de mieux transformer les besoins identifiés sur le terrain en projets susceptibles de bénéficier de ces ressources.

Cette question est stratégique pour les organisations communautaires et de la société civile, souvent confrontées à des difficultés de financement alors qu’elles sont engagées au quotidien dans la défense des territoires forestiers et des droits des populations qui en dépendent.

Le journalisme environnemental également mobilisé

Les médias ont eux aussi été associés à cette réflexion. Les échanges ont notamment mis en avant l’importance du journalisme d’investigation environnemental dans la documentation des phénomènes liés à la déforestation, à la conversion des terres et à leurs conséquences sociales.

Le soutien du Pulitzer Center au journalisme consacré aux questions environnementales a notamment été évoqué au cours de la rencontre.

Pour les participants, mieux documenter les transformations des territoires permet de contribuer à l’information du public, de donner davantage de visibilité aux préoccupations des communautés et d’alimenter le débat sur la gouvernance des ressources naturelles.

Quinze ans de légalisation pour GDA

La conférence revêt enfin une dimension particulière pour Green Development Advocates. L’organisation, créée en 2009, a été légalisée le 30 juin 2011. Elle marque ainsi cette année les quinze ans de sa légalisation.

La rencontre constitue également un moment de mémoire en hommage au fondateur de GDA, disparu en 2015, selon Aristide Chacgom Fokam.

Depuis sa création, GDA intervient notamment sur les questions de gouvernance environnementale, de protection des forêts et de défense des droits des peuples autochtones et des communautés locales. Son site officiel présente précisément comme mission la contribution au développement durable des forêts tropicales africaines dans le respect des cultures, droits, intérêts et besoins des populations africaines.

À l’issue des échanges de Yaoundé, une conviction semble donc se dégager : face à une problématique qui traverse les frontières, les réponses doivent elles aussi dépasser les cadres nationaux. Mutualisation des expériences, implication des communautés, dialogue avec les administrations, mobilisation des financements et contribution des médias constituent autant de leviers identifiés pour tenter d’« inverser la courbe de la conversion ».

Au-delà de la conférence, le véritable défi sera désormais de traduire ces échanges en actions coordonnées et durables au service de la préservation des forêts et du développement des populations qui en dépendent.

Denise EBELLE 

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