AGAB : les premières « diplômées » passent le relais à une nouvelle génération de jeunes filles
AGAB : les premières « diplômées » passent le relais à une nouvelle génération de jeunes filles
À Yaoundé, la cérémonie de lancement de la deuxième cohorte du Conseil consultatif des adolescentes a aussi été l’occasion de célébrer les parcours de celles qui achèvent trois années d’engagement au sein de l’Adolescent Girls Advisory Board (AGAB). Entre plaidoyer, leadership et actions communautaires, plusieurs membres de la première cohorte ont reçu leur attestation avant de devenir, à leur tour, les mentors des nouvelles participantes.
Lorsque Lydia Bife s’est avancée pour recevoir son attestation, les applaudissements ont largement couvert les mots du maître de cérémonie. En trois années de participation au programme AGAB, cette jeune femme vivant avec un handicap s’est particulièrement illustrée dans le plaidoyer et la prise de parole en public. Elle a notamment modéré des panels de haut niveau et représenté les filles du Cameroun au Sommet régional des filles pour l’Afrique centrale et de l’Ouest, tenu à Dakar en octobre dernier.
Son expérience ne s’arrête pas à la prise de parole. Spécialisée dans les questions d’inclusion sociale au sein du groupe AGAP, Lydia a également mené des actions de sensibilisation sur le VIH et sur la compréhension du langage lié à la canne blanche. Désormais, elle change de positionnement sans quitter le programme : elle est appelée à accompagner la deuxième cohorte en qualité de coach et de mentor.
Même passage de témoin pour Julienne. Étudiante en deuxième année, option analyse biologique, elle repart de cette expérience avec une compétence renforcée en plaidoyer et une confiance accrue dans ses capacités de leadership. Parmi ses engagements figure la sensibilisation à la prévention des cancers liés au papillomavirus humain (HPV). Mais son parcours au sein d’AGAB a également produit des effets dans sa propre famille : le dialogue parent-enfant instauré dans le cadre du programme lui a permis, selon son témoignage, de dépasser des difficultés de communication qui persistaient avec ses parents.
Ces trajectoires donnent un aperçu de ce que la première cohorte laisse derrière elle. Damaris, autre bénéficiaire distinguée au cours de la cérémonie, s’est notamment investie dans la finance verte et les questions environnementales. Ingénieure en formation et consultante sur les thématiques environnementales au sein du groupe AGAP, elle a participé à une campagne de plantation d’arbres au lycée d’application ainsi qu’à des consultations de jeunes dans la région du Sud.
De bénéficiaires à actrices du changement
Ces expériences constituent désormais le socle sur lequel doit s’appuyer la deuxième cohorte. La cérémonie organisée le 7 août 2026 à l’hôtel Mérina de Yaoundé n’était donc pas seulement une cérémonie de lancement. Elle marquait aussi une transition entre deux générations de jeunes filles appelées à porter la voix de leurs pairs.
Pour Marie Thérèse Abena Ondoa, ministre de la Promotion de la Femme et de la Famille, cette évolution traduit une nouvelle manière de considérer les adolescentes dans l’action publique. Elles ne sauraient être réduites au rôle de bénéficiaires des politiques conçues à leur intention. Leurs expériences, leurs aspirations et leurs propositions doivent également contribuer à orienter les réponses qui leur sont destinées.
L’enjeu est d’autant plus important que l’adolescence constitue une période où se construisent la confiance en soi, les ambitions, le sens des responsabilités et les premiers engagements citoyens. Or, de nombreuses jeunes filles restent confrontées à des difficultés susceptibles de compromettre leur avenir : violences basées sur le genre, mariages précoces, grossesses en milieu scolaire, inégalités d’accès à l’éducation, difficultés d’accès aux services de santé, au numérique ou encore aux espaces de participation citoyenne.
Dans ce contexte, le Conseil consultatif des adolescentes entend offrir un cadre où les jeunes filles peuvent non seulement exposer leurs préoccupations, mais également participer à la recherche de solutions. Pour la ministre, cette approche participe d’une gouvernance plus inclusive, dans laquelle les adolescentes deviennent progressivement des partenaires de la réflexion sur les politiques qui les concernent.

Une école du leadership
Le programme ne se limite donc pas aux échanges ou aux consultations. Au fil de leur parcours, les participantes sont formées à l’art oratoire, aux compétences de vie et aux outils numériques. Elles sont également initiées au plaidoyer, à la participation aux espaces de décision, au leadership transformationnel, au développement personnel et au travail en équipe.
À cela s’ajoute la mise en œuvre de microprojets communautaires. L’objectif est de transformer les connaissances acquises en actions concrètes dans les communautés.
Les thèmes sur lesquels les jeunes filles sont appelées à travailler couvrent notamment l’éducation de qualité, le mariage d’enfants et les grossesses précoces, la santé et les droits sexuels et reproductifs, les violences et abus, l’hygiène menstruelle ainsi que les changements climatiques.
Autant de problématiques qui dépassent le cadre scolaire et touchent directement les conditions de vie et les perspectives d’avenir des adolescentes.
Les anciennes comme guides des nouvelles
La particularité de cette nouvelle étape réside ainsi dans la transmission. Celles qui ont expérimenté le plaidoyer, les espaces de décision et les actions communautaires deviennent désormais des repères pour les nouvelles membres.
Lydia Bife en est déjà l’une des illustrations. Après avoir elle-même bénéficié de l’accompagnement du programme, elle contribue désormais à encadrer la deuxième cohorte. Une responsabilité qui prolonge, sous une autre forme, son engagement en faveur de l’inclusion et de la participation des jeunes filles.
Cette logique de transmission rejoint la vision portée par l’UNICEF, partenaire de l’initiative. Chaque participante arrive avec une ambition, une préoccupation ou un projet personnel ; l’accompagnement vise à lui permettre de transformer cette volonté en capacité d’action.

À travers cette deuxième cohorte, l’AGAB entend donc poursuivre un pari : faire de la parole des adolescentes un outil d’influence, mais surtout une force de proposition. Car, au-delà des attestations remises aux premières participantes, le véritable enjeu est désormais de voir leurs expériences se prolonger dans celles qui prennent le relais.
Denise Ebelle






































































































































