Pandemic Fund : le Cameroun investit près de 160 millions de dollars pour renforcer sa sécurité sanitaire
Pandemic Fund : le Cameroun investit près de 160 millions de dollars pour renforcer sa sécurité sanitaire
Qu’il s’agisse de la Covid-19, du choléra, de la Mpox ou encore des épidémies de rougeole et de méningite, les récentes crises sanitaires ont mis en évidence la nécessité pour le Cameroun de renforcer ses capacités de prévention et de riposte. C’est dans cette perspective que le ministre de la Santé publique, le Dr Malachie Manaouda, a procédé, mercredi à Yaoundé, au lancement officiel du projet Pandemic Fund, une initiative qui mobilise près de 160 millions de dollars pour bâtir un système de santé plus résilient face aux menaces épidémiques.
Coordonné par le gouvernement camerounais avec l’appui de la Banque mondiale, de la FAO et de l’UNICEF, le projet repose sur l’approche « Une seule santé » (One Health). Celle-ci reconnaît l’interdépendance entre la santé humaine, la santé animale et l’environnement afin d’anticiper plus efficacement les maladies émergentes.
Le Cameroun bénéficie d’une subvention de 23,5 millions de dollars du Pandemic Fund. Cette enveloppe est renforcée par plus de 112 millions de dollars de cofinancements mobilisés auprès des partenaires techniques et financiers ainsi que 24 millions de dollars de contributions nationales. Au total, près de 160 millions de dollars seront investis entre 2026 et 2029 pour moderniser le dispositif national de sécurité sanitaire.
Au-delà de l’apport financier, ce programme ambitionne de transformer durablement la capacité du pays à prévenir, détecter et contenir les menaces sanitaires avant qu’elles ne prennent une ampleur nationale ou régionale.
Miser sur une détection plus rapide des épidémies
Une part importante des investissements sera consacrée à la modernisation de la surveillance épidémiologique. Le projet prévoit notamment la digitalisation de la surveillance communautaire dans 42 municipalités, la création de sept centres régionaux d’appel, le renforcement du contrôle sanitaire aux frontières et aux principaux points d’entrée, ainsi que l’amélioration de l’interopérabilité des systèmes d’information sanitaire.
Le développement de la surveillance de la résistance aux antimicrobiens figure également parmi les priorités, dans un contexte où ce phénomène constitue une menace grandissante pour la santé publique mondiale.
Renforcer les capacités de terrain
Le projet met également l’accent sur le développement des infrastructures sanitaires. Dix centres régionaux des opérations d’urgence de santé publique seront progressivement opérationnels afin de rapprocher les capacités de décision et d’intervention des populations.
Parallèlement, cinquante laboratoires verront leurs capacités renforcées grâce à l’amélioration des procédures de diagnostic, de l’assurance qualité, du transport sécurisé des échantillons biologiques et de la surveillance génomique.
L’investissement ne se limite toutefois pas aux équipements. Les ressources humaines occupent une place centrale dans cette stratégie. Des formations en épidémiologie de terrain, en épidémiologie vétérinaire et en gestion des urgences sanitaires seront dispensées aux professionnels de santé, aux vétérinaires, aux agents communautaires, aux collectivités territoriales ainsi qu’aux acteurs de l’environnement.
Une réponse coordonnée aux défis sanitaires
La mise en œuvre du projet mobilise plusieurs administrations, notamment les ministères de la Santé publique, de l’Élevage, de l’Agriculture, des Forêts et de la Faune ainsi que de l’Environnement. La Banque mondiale, la FAO et l’UNICEF accompagneront le gouvernement dans la gestion financière, l’assistance technique, le suivi des résultats et l’évaluation du projet.
Le dispositif de gouvernance comprend un Comité de pilotage chargé des orientations stratégiques, un Comité technique multisectoriel, une Unité de gestion du projet ainsi que le Programme national de prévention et de lutte contre les zoonoses émergentes et ré-émergentes, garant de la coordination de l’approche One Health.
Pour les autorités camerounaises, l’ambition est de réduire considérablement les délais de détection et de réponse aux urgences sanitaires. Le projet s’inscrit dans la cible internationale 7-1-7, qui recommande de détecter un événement sanitaire dans un délai de sept jours, de le notifier en un jour puis de déclencher une réponse efficace dans les sept jours suivants.

Au cours de la cérémonie de lancement, le Dr Malachie Manaouda a rappelé que le succès du Pandemic Fund ne sera pas évalué à l’aune des réunions organisées ou des infrastructures réalisées, mais à la capacité du pays à protéger plus efficacement ses populations.
Situé au cœur du bassin du Congo et partageant des frontières avec six pays, le Cameroun demeure particulièrement exposé aux risques de propagation des maladies liés aux mouvements de populations, à la transhumance, à l’urbanisation rapide et aux effets du changement climatique. Pour le gouvernement, ce projet constitue un investissement stratégique dans la résilience du système de santé et dans la protection durable des populations face aux pandémies de demain.
Denise EBELLE





































































































































