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Tabac au Cameroun : la C3T dénonce l’influence persistante des industriels sur les politiques de santé

Tabac au Cameroun : la C3T dénonce l’influence persistante des industriels sur les politiques de santé

La Coalition Camerounaise Contre le Tabac (C3T) tire une nouvelle fois la sonnette d’alarme sur l’ingérence de l’industrie du tabac dans les politiques publiques au Cameroun. C’était à l’occasion de l’atelier de vulgarisation du rapport 2025 sur l’indice d’ingérence de l’industrie du tabac, organisé mardi 26 mai à Yaoundé, en prélude aux activités marquant la Journée mondiale sans tabac 2026.
Les travaux étaient présidés par le Pr Joseph Marie Mendimi Nkodo, Conseiller technique N°2 au ministère de la Santé publique.
Dans ce rapport, la C3T met en évidence les multiples pressions exercées par les industriels du tabac pour ralentir, voire bloquer, plusieurs réformes sanitaires engagées au Cameroun. Même si le pays enregistre une légère amélioration de son indice d’ingérence — passé de 81 en 2023 à 76 en 2025 — la société civile estime que la situation demeure préoccupante.
Plus de 4 500 décès chaque année
Selon les données présentées, le tabagisme provoque environ 4 532 décès par an au Cameroun. Au-delà des pertes humaines, son coût économique est évalué à plus de 85 milliards de FCFA chaque année.
Le rapport souligne également les conséquences sociales du phénomène. Dans certaines familles, les dépenses consacrées au tabac absorbent une part importante des revenus, au détriment de l’alimentation, de l’éducation et des soins de santé.
La consommation du tabac contribue par ailleurs à la progression des maladies non transmissibles comme les cancers, les AVC et le diabète, qui représentent près de 43 % des décès dans le pays.

Des textes toujours bloqués

La C3T dénonce le retard accusé dans l’adoption de plusieurs textes réglementaires majeurs.
Parmi eux figure le décret d’application de la loi de 2006 interdisant la publicité, la promotion et le parrainage du tabac, toujours en attente après près de deux décennies.
L’organisation rappelle aussi que le projet de loi nationale sur le contrôle du tabac, transmis à la Présidence de la République depuis 2011, n’a jamais été examiné par le Parlement.
Le rapport évoque également le dossier controversé de la chicha. Selon les auteurs, certaines mesures de restriction envisagées par le ministère de la Santé publique auraient été freinées par une correspondance du ministère de l’Administration territoriale datant de septembre 2024.

Le retard des avertissements sanitaires pointé du doigt

Autre sujet d’inquiétude : le renouvellement des avertissements sanitaires graphiques sur les paquets de cigarettes.
La réglementation prévoit pourtant une rotation des images tous les deux ans afin de renforcer leur impact préventif. Mais depuis juin 2023, la nouvelle série d’illustrations attend toujours d’être validée.
Pour la société civile, ce retard illustre l’influence persistante des industriels sur certaines décisions administratives.

Des conflits d’intérêts dénoncés

Le rapport met également en cause certains avantages fiscaux accordés aux fabricants locaux de cigarettes, ainsi que la présence de représentants de l’industrie du tabac dans certains organes techniques et institutions publiques.
La Coalition regrette surtout l’absence d’un cadre réglementaire clair encadrant les relations entre les pouvoirs publics et les groupes de pression du secteur du tabac.

La société civile appelle à des mesures urgentes

Face à cette situation, la C3T appelle les autorités camerounaises à appliquer pleinement les dispositions de la Convention-cadre de l’OMS pour la lutte antitabac.
L’organisation recommande notamment :
l’adoption rapide de la loi nationale antitabac ;
la validation de la nouvelle série d’avertissements sanitaires graphiques ;
la création d’un registre public des activités de lobbying ;
ainsi qu’un encadrement strict des interactions entre responsables publics et industriels du tabac.
À travers cet atelier, les acteurs de la lutte antitabac ont voulu rappeler que la question dépasse désormais le simple cadre réglementaire. Pour eux, il s’agit d’un véritable enjeu de santé publique et de protection des jeunes générations au Cameroun.

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