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Forêts au Cameroun : quand les paysans deviennent les premiers gardiens de la biodiversité

Forêts au Cameroun : quand les paysans deviennent les premiers gardiens de la biodiversité

Et si la restauration des forêts ne se jouait pas dans les grandes déclarations politiques, mais dans les champs des paysans et au cœur des villages ? Au Cameroun, des expériences menées sur le terrain montrent qu’en donnant une valeur économique aux arbres locaux, les communautés deviennent elles-mêmes des acteurs de la conservation.
« Quand la collecte de semences autochtones rapporte à un villageois deux millions de FCFA en un an, la forêt cesse d’être une cible à abattre pour devenir un capital à préserver ». Cette conviction portée par le Dr Marius Ekué, représentant au Cameroun de l’Alliance Bioversity International-CIAT, résume une approche qui mise davantage sur les populations locales que sur les campagnes classiques de reboisement.
Selon lui, plus de 2 200 collecteurs de semences répartis sur le territoire national utilisent désormais l’application MyFarm Tree Collector pour identifier et cartographier les arbres semenciers. Dans certaines zones rurales, cette activité a permis à des collecteurs d’engranger jusqu’à deux millions de FCFA de revenus supplémentaires en une année.
Cette initiative s’appuie sur un mécanisme numérique de suivi baptisé MyFarm Tree. L’outil permet notamment de cartographier les exploitations agricoles, d’identifier avec les producteurs les essences adaptées aux territoires et d’assurer un suivi de la survie des plants. Une fois les arbres entretenus et leur présence vérifiée après une année, les producteurs peuvent recevoir des paiements directs via Mobile Money, sans intermédiaires.
Parallèlement, le carbone capté par ces plantations est évalué afin d’ouvrir la voie à une intégration dans les marchés climatiques internationaux.
Cette approche a été présentée lors d’un échange en ligne organisé par la branche camerounaise du Réseau des médias africains pour la promotion de la santé et de l’environnement (REMAPSEN), dans le cadre de la célébration de la Journée internationale de la biodiversité, commémorée chaque 22 mai autour du thème : « Agir localement pour un impact mondial ».
Au cours des discussions, le spécialiste a également attiré l’attention sur les défis de la restauration forestière au Cameroun. Le pays affiche l’ambition de restaurer 12 millions d’hectares de terres d’ici 2030 dans le cadre de la Décennie des Nations unies pour la restauration des écosystèmes et de l’initiative africaine AFR100. Un objectif ambitieux qui, selon plusieurs observateurs, peine encore à produire des résultats visibles sur le terrain.
Pour le Dr Marius Ekué, la restauration ne peut se résumer à des opérations massives de plantation d’espèces exotiques.
« On ne fait pas de la restauration en plantant des eucalyptus ou des pins qui assèchent les nappes phréatiques et dégradent les sols. Restaurer, c’est ramener la vie avec des espèces qui appartiennent naturellement à nos écosystèmes », soutient-il.
L’organisation qu’il dirige au Cameroun mène déjà plusieurs actions dans trois régions du pays. Dans l’Ouest, un travail d’inventaire biologique, de régénération naturelle assistée et de renforcement des capacités est réalisé autour de 354 forêts sacrées dans les communes de Baham et Bayangam. Dans la Lékié et aux environs de Mbalmayo, des projets d’agroforesterie sont développés, tandis que dans l’Extrême-Nord, des interventions adaptées aux réalités sahéliennes sont conduites dans des localités comme Kaélé, Moutourwa et Mindif.
Les résultats enregistrés montrent une importante mobilisation de la diversité biologique : 458 essences locales d’arbres et d’arbustes ont été identifiées pour leurs intérêts alimentaires, médicinaux, aromatiques ou écologiques. Parmi elles, 216 espèces ont déjà été documentées et modélisées dans des outils scientifiques, tandis que 112 espèces natives ont été produites puis plantées au cours des trois dernières années.
Au-delà des chiffres, une idée se dégage progressivement : la préservation des forêts pourrait dépendre moins des promesses et davantage de la capacité à faire des communautés rurales les bénéficiaires directs des efforts de conservation.

Denise Ebelle

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