ÉDUCATION : La précarité menstruelle, un défi majeur pour l’éducation des jeunes filles au Cameroun

ÉDUCATION : La précarité menstruelle, un défi majeur pour l’éducation des jeunes filles au Cameroun
Derrière les murs des salles de classe, des milliers de jeunes filles camerounaises vivent chaque mois une réalité souvent ignorée : celle de la précarité menstruelle. Bien plus qu’un simple problème d’hygiène, cette situation constitue aujourd’hui un véritable frein à l’éducation, à la santé mentale et à l’épanouissement des adolescentes.
C’est dans ce contexte que s’est tenu, le 19 mai dernier, un café média en ligne organisé par l’Association CHERREL, une organisation à but non lucratif engagée dans les domaines de la santé, de l’éducation et de la santé reproductive au Cameroun. La rencontre portait sur le thème : « La précarité menstruelle, défi majeur pour l’éducation de la jeune fille ».
La conférence a été animée par le Dr Afounde Jeannette, conseillère technique régionale en santé de la reproduction à plan-international.
Un combat silencieux dans les écoles
Pour de nombreuses adolescentes, les périodes menstruelles riment avec peur, anxiété et humiliation. La crainte des fuites sur l’uniforme, les moqueries des camarades ou encore l’absence d’installations sanitaires adaptées poussent certaines jeunes filles à manquer les cours plusieurs jours par mois.
Dans plusieurs établissements scolaires, notamment en zones rurales et périurbaines, l’accès à l’eau potable, au savon et à des toilettes sécurisées reste insuffisant. Les élèves doivent parfois partager des latrines insalubres, sans intimité ni conditions minimales d’hygiène.
Selon le Dr Afounde Jeannette, la gestion menstruelle ne se limite pas à la distribution de serviettes hygiéniques. Elle implique également un environnement scolaire sûr, un accès à l’information et un accompagnement sans stigmatisation.
Des conséquences lourdes sur la scolarité
La précarité menstruelle a des répercussions directes sur le parcours éducatif des jeunes filles :
absentéisme répété ;
baisse de concentration en classe ;
perte de confiance en soi ;
isolement social ;
risque accru de décrochage scolaire.
À cela s’ajoute la banalisation des douleurs menstruelles. Trop souvent, les souffrances exprimées par les adolescentes sont minimisées, alors qu’elles peuvent parfois révéler des pathologies plus graves comme l’endométriose.
« Certaines adolescentes apprennent à disparaître socialement quelques jours par mois avant même d’avoir appris à croire pleinement en elles-mêmes », a souligné la conférencière.

Une vulnérabilité encore plus forte chez certaines filles
Les inégalités sont davantage accentuées chez les jeunes filles vivant en situation de handicap, dans des zones en conflit ou issues de familles en grande précarité économique. Le coût des protections hygiéniques, aggravé par la hausse des prix, devient pour plusieurs ménages une charge difficile à supporter.
Briser le tabou et agir
Face à cette réalité, les participants au café média ont insisté sur l’urgence de briser le silence autour des menstruations. Plusieurs pistes d’action ont été évoquées :
améliorer les infrastructures sanitaires dans les écoles ;
garantir l’accès à l’eau et au savon ;
sensibiliser aussi bien les filles que les garçons ;
former les enseignants et les parents à mieux accompagner les adolescentes ;
ouvrir le débat sur l’accessibilité financière des protections hygiéniques.
Au Cameroun, le manque de données statistiques sur la précarité menstruelle constitue encore un obstacle à une prise en charge efficace du problème. Pourtant, les acteurs de la société civile et les organisations engagées estiment qu’il s’agit désormais d’un enjeu majeur de santé publique et d’égalité des chances.
Permettre aux jeunes filles de vivre leurs menstruations dans la dignité ne relève pas du luxe, mais d’un droit fondamental. Car tant que les règles resteront synonymes de peur ou de honte à l’école, l’égalité des chances demeurera incomplète.






































































