Cap sur Dakar 2028 : Yaoundé passe le témoin et referme le 23e Congrès de l’AAEA

Cap sur Dakar 2028 : Yaoundé passe le témoin et referme le 23e Congrès de l’AAEA Dakar en ligne de mire, l’Afrique garde le cap C’est désormais officiel : le 24e Congrès international et Exposition de l’Association africaine de l’Eau et de l’Assainissement (AAEA) se tiendra en février 2028 à Dakar, au Sénégal. À Yaoundé, la flamme a été transmise dans un moment hautement symbolique, scellant la continuité d’un engagement continental en faveur de l’accès universel à l’eau potable et à l’assainissement. La cérémonie de passage de flambeau entre le Cameroun et le Sénégal, ponctuée de danses et d’expressions culturelles des deux pays, a illustré l’unité africaine et la solidité institutionnelle de l’Association. Un geste fort, porteur d’espoir et de responsabilité. Yaoundé 2026 : quatre jours pour consolider une vision Pendant quatre jours, le 23e Congrès international et Exposition de l’AAEA a transformé la capitale camerounaise en carrefour stratégique du secteur eau et assainissement en Afrique. Experts, ministres, opérateurs, partenaires techniques et financiers y ont croisé leurs analyses autour de priorités désormais claires : Sécurisation durable des ressources en eau Amélioration de la performance des services Reconnaissance de l’assainissement comme pilier du développement Mobilisation de financements innovants Accélération de la transformation numérique Dans sa synthèse, le Directeur exécutif de l’AAEA, Olivier Gosso, a salué la maturité institutionnelle du secteur et la richesse du programme scientifique, soulignant la forte mobilisation des États, des collectivités, des femmes et des jeunes. Le numérique comme accélérateur de transformation L’innovation technologique s’est imposée comme l’un des fils conducteurs du Congrès. Le Directeur général de MTN, Wanda Matandela, a mis en avant le rôle stratégique de la connectivité, de la digitalisation et de la valorisation des données pour améliorer la transparence, renforcer la performance des opérateurs et étendre les services aux zones isolées. Un plaidoyer en faveur d’une modernisation structurelle du secteur, appuyée par de partenariats public-privé solides. Un appel à transformer les paroles en actes Prenant la parole au nom de l’Association, le Président de l’AAEA, Dr Blaise Moussa, a rappelé que le Congrès de Yaoundé devait marquer un tournant: « Ce rendez-vous n’est pas une fin en soi, mais un point de départ. » Il a insisté sur la nécessité de renforcer le leadership africain et de traduire les recommandations issues des travaux en actions concrètes au bénéfice des populations. Une dimension politique assumée Les interventions ministérielles ont donné une portée stratégique à la clôture. Le ministre tchadien en charge de l’Eau et de l’Assainissement, Passalé Kanabé Marcelin, a salué l’utilité de l’AAEA comme cadre de coopération africaine face aux défis climatiques et démographiques. Clôturant les allocutions, le ministre camerounais de l’Eau et de l’Énergie, Gaston Eloundou Essomba, représentant le gouvernement hôte, a souligné que l’Afrique est entrée « dans le temps de l’action », appelant à transformer les engagements en investissements structurants et en services durables. Yaoundé, non pas une fin… mais une impulsion En refermant ses portes, le 23e Congrès de l’AAEA laisse derrière lui une conviction partagée : l’Afrique dispose désormais d’une expertise affirmée, d’une vision consolidée et d’une volonté politique renforcée pour accélérer la transformation du secteur. Yaoundé n’a pas marqué une conclusion. Elle a donné une impulsion. Prochaine étape : Dakar, février 2028. Denise Ebelle

Jeunesse et excellence collective : la JDSO impulse une nouvelle dynamique entrepreneuriale à Yaoundé

Jeunesse et excellence collective : la JDSO impulse une nouvelle dynamique entrepreunariale à Yaoundé Sous le prisme du thème « Les clés du leadership personnel, gage d’un succès collectif », l’Association des Jeunes Dynamiques et Solidaires d’Odza (JDSO) a rassemblé, le 6 février dernier à Yaoundé, près d’une centaine de jeunes autour d’une master class dédiée à l’excellence individuelle et à la performance collective. Porteurs de projets, étudiants, entrepreneurs en devenir et responsables associatifs ont répondu présents à cette initiative centrée sur le renforcement du capital humain. L’ambition affichée par la JDSO est claire : démontrer que la transformation sociale commence par la transformation de soi. À travers des interventions structurées et interactives, les participants ont exploré les ressorts du leadership personnel, considéré comme la première étape vers la réussite entrepreneuriale et la cohésion d’équipe. La communication, socle du leadership moderne Intervenant lors de la session, le Dr Joël Ayissi, coordonnateur du Centre de formation métier et football du Cameroun, a développé une approche originale axée sur la communication multisensorielle. Selon lui, le leader performant mobilise l’ensemble des canaux sensoriels pour transmettre sa vision et fédérer son équipe. Il a souligné que la parole constitue un levier stratégique : les mots, comparés au goût, doivent être porteurs de sens, stimulants et constructifs. Une communication maîtrisée favorise la confiance, renforce la cohésion et consolide la dynamique collective. L’équipe, prolongement naturel du leadership individuel Pour Stéphane Mvondo, représentant de l’entreprise Tourbillon de Secret, la réussite entrepreneuriale ne saurait être solitaire. Il a rappelé que tout projet ambitieux exige la constitution d’une équipe solide et complémentaire. Former, encadrer et inspirer deviennent alors des responsabilités incontournables du leader. Il a mis en garde contre les dérives telles que la motivation artificielle ou l’absence d’exemplarité, insistant sur la nécessité d’un leadership incarné, capable à la fois d’encourager et de recadrer avec discernement. Se connaître pour mieux inspirer Marguerite Enoh, présidente fondatrice de l’ONG Marguerite Holistic Health Center, a pour sa part replacé la connaissance de soi au cœur du leadership authentique. Identifier ses forces, reconnaître ses limites et maîtriser ses émotions constituent, selon elle, des étapes indispensables pour guider efficacement une équipe. Elle a rappelé qu’un leader ne s’impose pas par la contrainte, mais par l’inspiration. Vision claire, valeurs affirmées et objectifs précis sont les repères qui permettent de mobiliser durablement les collaborateurs autour d’un projet commun. Au-delà de cette rencontre, la JDSO entend prolonger l’élan initié par une série d’actions programmées tout au long du mois de février. L’association prévoit notamment la sélection et l’accompagnement de projets innovants portés par des jeunes à fort potentiel, dans une logique de mentorat et de valorisation du mérite. Parallèlement, une mission humanitaire est annoncée à Ebolowa, avec des dons destinés aux populations vulnérables. Un match de gala prévu le 14 février 2026 viendra renforcer cette dynamique de solidarité, en promouvant l’esprit d’équipe et l’engagement citoyen. Une vision tournée vers l’excellence intellectuelle Pour le président de la JDSO, Raphaël Ndi Zang, la prospérité repose d’abord sur l’intelligence et la créativité. Il défend l’idée que la richesse véritable naît du savoir, de l’innovation et de la discipline personnelle. Au terme de la master class, les participants ont reçu des attestations ainsi que des outils pratiques destinés à consolider leurs projets. Plus qu’un simple événement, cette rencontre s’inscrit comme un catalyseur d’idées et d’énergies, contribuant à façonner une jeunesse camerounaise confiante, responsable et déterminée à bâtir un succès collectif durable.

Cameroun | Droits d’auteur : le prélèvement d’un franc par bouteille entre en vigueur

Cameroun | Droits d’auteur : le prélèvement d’un franc par bouteille entre en vigueur Le secteur culturel camerounais amorce un virage décisif. Depuis le 13 février à Yaoundé, une réforme majeure encadre désormais le paiement des droits d’auteur et des droits voisins à travers un prélèvement à la source d’un franc CFA par bouteille vendue, soit 12 Fcfa par casier. Présentée comme un mécanisme de modernisation et de sécurisation des recettes, cette mesure vise à garantir une redistribution plus transparente et plus efficace au profit des artistes. Un cadre juridique clarifié La réforme s’appuie sur la décision conjointe du 25 avril 2023 entre le Ministère des Arts et de la Culture et le Ministère du Commerce. Elle met fin aux recouvrements directs et souvent conflictuels auprès des exploitants de bars, en instaurant un système automatique de retenue à la source. Jusqu’ici, les montants redistribués aux artistes avoisinaient 350 millions de Fcfa par an. Avec l’élargissement de l’assiette de perception, les projections laissent espérer des recettes nettement supérieures. Un mécanisme sécurisé Désormais, les sommes collectées sont versées dans un compte de dépôt spécial avant d’être redistribuées. La supervision revient à la Commission de contrôle des organismes de gestion collective (Ccogc), chargée de veiller à la transparence et à la bonne répartition des fonds. Son président, François Edimo, assure que le dispositif a été conçu pour préserver les intérêts des artistes et garantir que chaque franc collecté soit effectivement reversé selon les règles établies. Tolérance zéro pour les dérives Du côté des sociétés de gestion collective, le ton est ferme. Louis de Koum, artiste-musicien et administrateur de la Société Nationale Camerounaise de l’Art Musical (Sonacam), prévient que tout détournement engagerait non seulement la responsabilité morale, mais également la responsabilité pénale de ses auteurs. Le message est clair : la réforme repose sur la rigueur et la crédibilité des structures chargées de redistribuer les fonds. Un soulagement pour les exploitants Pour les exploitants de bars et débits de boissons, le nouveau dispositif se veut plus souple. Le prélèvement proportionnel à l’activité — un franc par bouteille — évite désormais les paiements forfaitaires lourds et imprévisibles. Selon les représentants du secteur, cette approche facilite la gestion quotidienne et permet aux opérateurs de travailler en conformité, grâce à un reçu attestant du paiement effectué à la source. Une nouvelle ère pour la culture camerounaise En élargissant la base de collecte et en sécurisant les flux financiers, cette réforme ambitionne d’améliorer durablement les conditions de vie des artistes, souvent confrontés à la précarité. Si la promesse de transparence est respectée, ce mécanisme pourrait constituer une avancée majeure pour l’économie culturelle nationale, en instaurant un climat plus apaisé entre créateurs, gestionnaires et exploitants commerciaux. Denise Ebelle

Secteur aurifère : le gouvernement enclenche une nouvelle offensive contre la fraude

Secteur aurifère : le gouvernement enclenche une nouvelle offensive contre la fraude Le ton se durcit dans le secteur artisanal de l’or au Cameroun. Dans un communiqué radio-presse publié le 9 février 2026, le ministère des Mines, de l’Industrie et du Développement technologique (MINMIDT) annonce une série de mesures contraignantes destinées à mettre fin à la contrebande et à renforcer la traçabilité de la production nationale. Cette décision intervient à la suite d’une concertation tenue le 21 janvier dernier entre le ministre en charge des Mines, le Directeur général de la SONAMINES et les opérateurs du secteur. Objectif : assainir un domaine encore fortement marqué par l’informel et les circuits parallèles. Retrait d’autorisations dès le 20 février Les titulaires d’autorisations d’exploitation artisanale semi-mécanisée qui n’ont pas respecté le délai de quinze jours accordé pour s’acquitter de la caution de remise en état des sites et signer les cahiers de charges verront leurs titres purement et simplement retirés à compter du 20 février 2026. Les sites concernés seront fermés, conformément aux dispositions de l’article 168(2) du Code minier de décembre 2023. Le ministère entend ainsi rappeler que la régularité administrative et le respect des obligations environnementales ne sont plus négociables. Généralisation du système « en vase clos » Pour les opérateurs en règle, un délai de trois mois est accordé afin de mettre en place un système d’exploitation dit « en vase clos », ou de conclure un partenariat avec une structure déjà équipée. Ce dispositif vise à assurer un meilleur contrôle des quantités extraites et à limiter les pertes vers les circuits frauduleux. Les exploitants devront en outre soumettre une étude de faisabilité sommaire précisant notamment la teneur moyenne du site et le seuil minimal de production. Cette exigence marque une volonté d’introduire davantage de rigueur technique dans l’exploitation artisanale semi-mécanisée. Dorénavant, toute nouvelle demande d’autorisation sera conditionnée par une autorisation préalable d’accès au site délivrée par le délégué régional compétent. Cette étape permettra d’effectuer les sondages nécessaires à l’élaboration de l’étude technique. Le dossier devra également comporter un cahier de charges signé avec les parties prenantes ainsi que les preuves de contribution au fonds de restauration des sites miniers. Interdictions maintenues et rappelées Le ministre rappelle par ailleurs que le travail de nuit et toute activité d’exploitation artisanale semi-mécanisée à l’intérieur des permis de recherche demeurent strictement interdits, conformément à l’article 24(5) du Code minier. À travers cette réforme, le Cameroun ambitionne de mieux maîtriser un secteur stratégique pour son économie. Le communiqué souligne que la fraude aurifère est un phénomène répandu en Afrique, avec des volumes significatifs exportés hors des circuits officiels dans plusieurs pays. Le gouvernement met en avant les progrès enregistrés ces dernières années : environ 1 500 kg d’or ont été canalisés vers le Trésor public, contre seulement 37 kg cumulés entre l’indépendance et les années 2000. Des discussions sont par ailleurs engagées avec des partenaires privés afin d’organiser la collecte de l’or directement sur les sites de production. Cette approche vise à sécuriser la perception de l’impôt synthétique de 25 % et de la taxe à l’exportation de 5 %, sur la base de la production réelle. En appelant au civisme et à la responsabilité des opérateurs, le MINMIDT affirme sa détermination à faire du secteur aurifère un levier de développement durable, alliant protection de l’environnement, transparence et optimisation des recettes publiques.

Cameroun : une place de marché des déchets pour bâtir l’économie verte

Cameroun : une place de marché des déchets pour bâtir l’économie verte   Le Cameroun amorce une nouvelle phase de sa transition écologique avec la mise en service officielle de la Bourse Nationale des Déchets (BND). La cérémonie, conduite par le ministre de l’Environnement, de la Protection de la Nature et du Développement Durable, Hélé Pierre, le 12 février dernier, marque l’opérationnalisation d’un instrument inédit destiné à organiser le marché des déchets et à accélérer l’essor de l’économie circulaire. Un outil pour transformer un problème en ressource Pensée comme une société anonyme à capital mixte de 332 millions de FCFA, la BND associe l’État et des partenaires privés du secteur. Son ambition : créer un véritable marché structuré où les déchets deviennent des intrants industriels. Selon les données officielles, près de 6 millions de tonnes de déchets solides sont générées chaque année au Cameroun, sous l’effet conjugué de la croissance démographique et de l’urbanisation. La population urbaine représente désormais environ 60 % des habitants, contre 54 % en 2014. Dans les faits, la gestion actuelle demeure insuffisante : À peine un quart des déchets municipaux est collecté par le concessionnaire HYSACAM ; Environ 50 % sont traités de manière inappropriée ; Le reste est abandonné dans l’environnement. À Yaoundé, le taux de collecte reste inférieur à 50 %, tandis qu’à Douala il approche les 70 %. Résultat : accumulation dans les quartiers, pollution des cours d’eau, dégradation de la qualité de l’air et risques sanitaires accrus. Organiser un secteur en pleine mutation Entre 2021 et 2025, 867 autorisations environnementales ont été délivrées dans la filière des déchets, signe d’un dynamisme réel mais encore dispersé. La BND entend répondre à ce besoin d’encadrement en structurant les échanges entre producteurs et recycleurs. La plateforme numérique mise en place permettra : La mise en relation directe entre collectivités, entreprises et récupérateurs ; La publication d’offres et de demandes de matières recyclables ; L’intégration d’un système automatisé de traçabilité des flux. L’objectif est double : fluidifier le marché et garantir la transparence des transactions. Un pari économique assumé Les autorités présentent la BND comme un catalyseur de croissance verte. Les retombées attendues incluent : Le développement de nouvelles filières de recyclage et de valorisation énergétique ; La baisse des coûts de traitement pour les municipalités ; L’attrait d’investissements privés ; La création d’emplois dits « verts » ; La réduction des importations de matières premières vierges. Une étude actualisée en 2022 table sur un retour sur investissement en trois ans, traduisant la solidité du modèle économique envisagé. Un impact social et environnemental recherché Au-delà des chiffres, la BND vise la formalisation d’un secteur largement dominé par l’informel. Des milliers d’acteurs, souvent jeunes, vivent aujourd’hui du tri dans des conditions précaires. La nouvelle structure ambitionne d’intégrer ces opérateurs dans un cadre professionnel plus sécurisé. Sur le plan environnemental, les bénéfices attendus sont multiples : Diminution des dépôts sauvages et du brûlage à ciel ouvert ; Réduction des émissions de gaz à effet de serre ; Préservation des ressources naturelles ; Amélioration du cadre de vie urbain. Dix ans de maturation L’idée d’une bourse dédiée aux déchets a émergé dès 2016 lors de concertations intersectorielles. Une étude de faisabilité menée en 2017 en avait confirmé la pertinence. Après plusieurs étapes techniques et institutionnelles, l’Assemblée générale constitutive s’est tenue à la mi-2025, ouvrant la voie au lancement officiel en février 2026. <<Faire bouger le marché>> Pour la directrice générale de la BND, Rebecca Essomba, l’enjeu est désormais opérationnel : il s’agit de faire fonctionner ce « grand marché » où l’offre et la demande en déchets valorisables pourront se rencontrer. Elle appelle les collectivités territoriales, les entreprises et les acteurs du recyclage à nouer des partenariats afin de professionnaliser durablement la filière. Avec la Bourse Nationale des Déchets, le Cameroun mise ainsi sur une transformation structurelle : passer d’une gestion subie des déchets à une logique de valorisation intégrée, où chaque résidu peut devenir la matière première d’un nouveau cycle productif.

Garoua face à l’alerte des 68,7 % : élus et leaders communautaires en première ligne contre les VBG

Garoua face à l’alerte des 68,7 % : élus et leaders communautaires en première ligne contre les VBG « Bien sûr que ces violences existent encore. Il suffit de regarder autour de nous. » À Garoua, le constat posé par Jaili Amadou Amal ne laisse place à aucune ambiguïté. L’écrivaine engagée, présidente fondatrice de l’association Femmes du Sahel (FDS) et Ambassadrice d’ONU Femmes, a donné le ton au cours d’un séminaire-atelier consacré à la lutte contre les violences basées sur le genre (VBG), en rappelant l’ampleur d’un phénomène qui continue de fragiliser des milliers de femmes et de filles dans la partie septentrionale du Cameroun. Les 12 et 13 février 2026, la capitale régionale du Nord a réuni des femmes maires, des chefs traditionnels et des responsables religieux autour d’un objectif commun : renforcer leurs capacités pour prévenir et combattre efficacement les VBG. L’initiative est portée par l’association FDS, en partenariat avec ONU Femmes Cameroun. Un chiffre qui interpelle : 68,7 % de prévalence Dans les ménages du Nord, la prévalence des violences basées sur le genre est estimée à 68,7 %. Un taux alarmant qui traduit l’enracinement de pratiques telles que les violences domestiques, les mariages précoces — dont certains indicateurs évoquent des proportions comprises entre 50 et 60 % — ainsi que diverses formes de discriminations économiques. Pour Jaili Amadou Amal, ces réalités ne relèvent ni du passé ni de l’exagération. Les féminicides, les abandons scolaires liés aux mariages d’enfants et les conséquences psychologiques et sociales des violences témoignent d’une urgence persistante. D’où la nécessité d’impliquer les décideurs locaux et les autorités coutumières, dont l’influence demeure déterminante dans l’évolution des normes sociales. Passer de la sensibilisation à l’action structurée Au cours des deux journées de travaux, les participants ont exploré des outils pratiques adaptés au contexte socioculturel camerounais : analyse des cadres juridiques nationaux et internationaux, mécanismes de signalement, dispositifs de prise en charge et élaboration de plans d’action communaux. La représentante résidente d’ONU Femmes Cameroun, Marie Pierre Raky Chaupin, a insisté sur la dimension collective du combat : la lutte contre les violences faites aux femmes et aux filles ne peut être perçue comme une cause sectorielle. Elle engage l’ensemble de la société, appelée à transformer les normes sociales et à garantir aux femmes et aux filles leur pleine participation au développement. Une dynamique locale pour un changement durable Au-delà des échanges théoriques, l’ambition affichée est de structurer un réseau d’élues et de leaders communautaires capables de porter le plaidoyer contre les VBG au sein de leurs communes et chefferies. L’enjeu est d’ancrer la riposte dans les territoires, là où les décisions coutumières, religieuses et municipales influencent directement la vie quotidienne. En réunissant autorités locales et partenaires internationaux à Garoua, le séminaire envoie un signal fort : face à une prévalence de 68,7 %, la réponse doit être coordonnée, contextualisée et durable. Car c’est au cœur des communautés que se joue la transformation des mentalités et la protection effective des droits des femmes et des filles.

Au cœur de l’agenda africain de l’eau, Blaise Moussa imprime sa marque

Au cœur de l’agenda africain de l’eau, Blaise Moussa imprime sa marque de En accueillant à Yaoundé le 23ᵉ Congrès international et exposition de l’Association africaine de l’eau et de l’assainissement (AAEA), le Cameroun n’a pas seulement servi de cadre à une grande rencontre sectorielle. Il a surtout donné à voir une dynamique de leadership continental portée par le Dr Blaise Moussa, président en exercice de l’AAEA et Directeur général de la Cameroon Water Utilities Corporation (CAMWATER), dont l’action place désormais la question de l’eau au rang des priorités stratégiques africaines. À la tribune du Palais des Congrès, devant une assemblée de décideurs publics, d’opérateurs, de chercheurs et de partenaires internationaux venus de tout le continent, le président de l’AAEA a rappelé que l’eau et l’assainissement ne relèvent plus de politiques sectorielles isolées, mais constituent un socle de développement, de stabilité sociale et d’intégration régionale. L’événement, placé sous le Très Haut Patronage du Président de la République, Paul Biya, a ainsi pris une dimension à la fois technique et politique, traduisant l’importance accordée à cette ressource vitale dans les stratégies nationales et continentales. Élu à l’unanimité à la tête de l’AAEA en février 2025 à Kampala, le Dr Blaise Moussa conduit aujourd’hui une organisation qui fédère plus de 237 membres issus de plus de 40 pays africains. Cette responsabilité, loin d’être honorifique, s’est rapidement traduite par une volonté d’action : renforcer la coopération interafricaine, structurer le partage d’expériences entre opérateurs publics, et promouvoir des solutions adaptées aux réalités économiques et climatiques du continent. Sous son impulsion, l’AAEA s’affirme comme une plateforme de concertation capable d’influencer les politiques publiques, de mobiliser des financements et d’accompagner les réformes institutionnelles nécessaires à l’accès universel à l’eau potable et à l’assainissement. Le congrès de Yaoundé s’inscrit dans cette logique : au-delà des échanges scientifiques et techniques, il vise à faire émerger des engagements concrets, fondés sur l’innovation, la formation des ressources humaines et une gouvernance plus performante. Cette approche trouve un prolongement direct dans son action à la tête de CAMWATER. Depuis sa nomination en 2022, l’entreprise publique camerounaise s’est engagée dans une dynamique de modernisation et de partenariats stratégiques. La convention signée avec le Palais des Congrès de Yaoundé pour l’amélioration des infrastructures d’alimentation en eau, en amont du congrès, illustre cette volonté de joindre les actes aux discours et de faire des grands rendez-vous internationaux des leviers d’amélioration durable des services publics. Pour le président de l’AAEA, l’efficacité des politiques de l’eau passe également par une administration publique renforcée, capable de planifier, d’anticiper et de répondre aux défis croissants liés à l’urbanisation, au changement climatique et à la pression démographique. Il n’a eu de cesse de souligner le rôle des réformes administratives, de la formation continue et de la professionnalisation des acteurs comme conditions essentielles d’une gestion performante et transparente du secteur. En plaçant l’eau au cœur de l’agenda africain, le Dr Blaise Moussa défend une vision transversale : celle d’une ressource qui structure la santé publique, l’éducation, l’économie et la cohésion sociale. Son leadership à l’AAEA ambitionne ainsi de faire émerger un cadre panafricain plus solidaire, où les États et les opérateurs conjuguent leurs efforts pour transformer les défis hydriques en opportunités de développement. À travers le congrès de Yaoundé, un message clair s’est imposé : l’eau est une cause stratégique, qui exige une vision politique assumée, une coopération active et des dirigeants capables de porter cette ambition au-delà des frontières nationales. Dans ce rôle, le président en exercice de l’AAEA entend inscrire son action dans la durée, en phase avec les objectifs de développement durable et les aspirations d’une Afrique en quête d’émergence inclusive.

Fête de la Jeunesse 2026 : Entre rhétorique présidentielle et impatience générationnelle

Fête de la Jeunesse 2026 : Entre rhétorique présidentielle et impatience générationnelle À l’occasion de la 60ᵉ Fête de la Jeunesse, le message du Chef de l’État s’est voulu rassembleur, appelant à la responsabilité, à la persévérance et à la confiance en l’avenir. Mais dans un contexte économique et social tendu, cette adresse solennelle intervient face à une jeunesse de plus en plus attentive aux actes plutôt qu’aux déclarations. Un discours attendu, des réponses espérées Comme chaque 10 février, l’allocution présidentielle s’inscrit dans la tradition républicaine. Le ton, fidèle à lui-même, a mis l’accent sur l’engagement citoyen, la stabilité institutionnelle et la lutte contre les détournements de deniers publics. Cependant, au-delà des formules consacrées, une partie de l’opinion s’interroge sur la traduction concrète de ces engagements. Parmi les sujets évoqués dans le débat public figure notamment le contrat de scanning au Port Autonome de Douala (PAD), conclu avec la société SGS. Les chiffres avancés dans l’espace médiatique suscitent des interrogations : plus de 164 milliards FCFA générés entre 2016 et 2024, dont environ 16 % reversés au Trésor public et aux douanes, selon diverses sources. Ce dossier, à forte portée symbolique, cristallise les attentes en matière de transparence et de défense des intérêts stratégiques de l’État. Beaucoup appellent à une clarification officielle et, le cas échéant, à une réévaluation des partenariats public-privé jugés sensibles. Une fracture générationnelle persistante Le décalage entre la démographie nationale et la composition des cercles décisionnels revient régulièrement dans les débats. Avec une population majoritairement jeune — plus de 60 % des Camerounais ayant moins de 30 ans — la question du renouvellement des élites politiques et administratives demeure centrale. Pour de nombreux diplômés confrontés au chômage ou à la précarité, l’accès aux responsabilités semble limité. Cette perception alimente un sentiment d’immobilisme, voire de stagnation institutionnelle. Dans ce contexte, les appels à la patience et à la « maturité » de la jeunesse sont diversement reçus. Beaucoup estiment que cette maturité devrait désormais se traduire par une participation accrue aux processus décisionnels et par des opportunités concrètes d’ascension sociale. Au-delà des mots, la demande de réformes structurelles La jeunesse camerounaise, connectée et informée, ne se satisfait plus de symboles. Les attentes portent sur : Une gouvernance plus transparente, notamment dans la gestion des grands contrats publics ; Un renouvellement progressif des responsabilités politiques ; Une lutte effective contre l’impunité dans les secteurs stratégiques ; Des politiques économiques capables de répondre au chômage et à la vie chère. Ces revendications ne relèvent pas d’un rejet systématique des institutions, mais d’une demande de cohérence entre discours et pratiques. Le défi de la confiance La confiance entre gouvernants et gouvernés demeure un enjeu majeur. Elle repose sur la capacité des autorités à démontrer, par des actions mesurables, leur volonté de réforme et d’équité. À l’heure où les défis économiques et sociaux s’intensifient, la stabilité politique, souvent mise en avant, devra s’accompagner d’évolutions tangibles pour conserver son sens. Car pour une génération confrontée à l’incertitude, l’avenir ne se décrète pas : il se construit par des décisions visibles et des résultats concrets. Denise Ebelle

Accès à l’eau : l’Afrique cherche ses réponses à Yaoundé

Accès à l’eau : l’Afrique cherche ses réponses à Yaoundé Et si l’avenir de l’eau en Afrique se dessinait à Yaoundé ? Depuis ce lundi 9 février 2026, la capitale camerounaise accueille le 23ᵉ Congrès international et Exposition de l’Association Africaine de l’Eau et de l’Assainissement (AAEA), un rendez-vous stratégique qui réunit décideurs publics, experts, bailleurs et opérateurs autour d’un même constat : l’urgence d’agir. Au Palais des Congrès, plusieurs centaines de participants venus du continent et d’ailleurs échangent jusqu’au 13 février sur les voies et moyens de garantir un accès universel à l’eau potable et à l’assainissement. La cérémonie d’ouverture s’est déroulée en présence de nombreuses personnalités, dont des membres du Gouvernement camerounais, le ministre sénégalais de l’Hydraulique et de l’Assainissement, également Président du Conseil des Ministres Africains de l’Eau, des responsables de l’AAEA, ainsi que des représentants du corps diplomatique et des partenaires techniques et financiers. Dans son intervention, le ministre camerounais de l’Eau et de l’Énergie a rappelé que la question de l’eau dépasse largement le cadre sectoriel. Elle touche à la santé, à la dignité humaine, à la sécurité alimentaire et à la stabilité des États. Malgré l’abondance des ressources hydriques du continent, des millions d’Africains restent exclus de services essentiels, victimes d’infrastructures insuffisantes, de faiblesses institutionnelles et de pressions climatiques croissantes. Les débats de Yaoundé mettent ainsi en lumière un paradoxe africain persistant : un continent riche en eau, mais pauvre en accès. Pour les participants, la réponse ne peut être uniquement technique. Elle suppose une gouvernance plus efficace, des financements mieux adaptés, des opérateurs plus performants et une implication accrue des collectivités locales et des communautés. En accueillant ce Congrès, le Cameroun entend également affirmer son rôle dans la dynamique continentale. Le pays mise sur la Stratégie Nationale de Développement 2020-2030 pour moderniser ses infrastructures hydrauliques, améliorer les services d’assainissement et renforcer une gestion intégrée et décentralisée de l’eau, en phase avec l’Objectif de Développement Durable n°6. Au fil des ateliers, expositions et rencontres bilatérales, Yaoundé devient un laboratoire d’idées et de solutions, mais aussi un espace de plaidoyer pour une coopération africaine plus ambitieuse. Reste désormais à transformer les engagements en actions concrètes, afin que l’eau cesse d’être une promesse et devienne enfin un droit effectif pour tous.

Contrat de scanning douanier avec SGS : pourquoi le Cameroun doit y mettre fin

Contrat de scanning douanier avec SGS : pourquoi le Cameroun doit y mettre fin Présenté comme un partenariat public-privé stratégique, le contrat de scanning douanier confié à la société SGS apparaît, à l’analyse, comme un accord profondément déséquilibré, largement défavorable aux intérêts de l’État camerounais. L’examen des chiffres met en lumière une perte colossale de ressources publiques et une occasion manquée de renforcer le développement national. Un partage des recettes largement défavorable à l’État L’activité de scanning douanier génère des recettes brutes estimées à 164,42 milliards de FCFA. Sur ce montant, l’État camerounais ne perçoit que 26,05 milliards de FCFA, soit 15,8 %, tandis que SGS capte plus de 138 milliards de FCFA, représentant 84,2 % des revenus. Ce déséquilibre a pour conséquence directe une perte de plus de 120 milliards de FCFA pour le Trésor public sur la période considérée, des ressources qui auraient pu être réinvesties dans les priorités nationales. Un manque à gagner aux lourdes conséquences sociales Ces milliards de FCFA auraient permis de construire des hôpitaux modernes, de financer des centaines d’écoles, de réhabiliter des infrastructures routières stratégiques et de renforcer les universités publiques. Leur absence se traduit par des services sociaux insuffisants et contribue à entretenir un retard structurel dans plusieurs secteurs clés du développement. Un frein à l’emploi et à la souveraineté de l’État Le maintien de ce contrat empêche toute internalisation du scanning douanier. Une telle internalisation aurait favorisé la création de centaines d’emplois qualifiés, le transfert de compétences, ainsi que le renforcement durable des capacités de l’administration douanière. En l’état, l’État camerounais demeure dépendant d’un opérateur privé pour une fonction éminemment régalienne. Un partenariat public-privé de façade Dans ce contrat, l’État supporte la souveraineté, le cadre réglementaire et une partie des risques, pendant que le partenaire privé capte l’essentiel des revenus. Or, dans plusieurs pays aux profils économiques comparables, les dispositifs de scanning sont soit internalisés, soit encadrés par des redevances publiques dépassant 30 à 40 %, bien loin des 15,8 % concédés au Cameroun. Rompre ou renégocier : un impératif de bonne gouvernance Mettre fin au contrat de scanning avec SGS, ou le renégocier en profondeur, ne relève ni d’une posture idéologique ni d’une hostilité au secteur privé. Il s’agit d’un choix rationnel de bonne gouvernance, visant à récupérer des ressources nationales pour financer les priorités nationales. Les chiffres sont sans appel : ce contrat prive le Cameroun d’hôpitaux, d’écoles, de routes et d’emplois. Y mettre un terme, c’est faire le choix de l’intérêt général, de la souveraineté économique et du développement au bénéfice des citoyens.