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Alimentation au Cameroun : quand nos assiettes deviennent un enjeu de santé publique

Alimentation au Cameroun : quand nos assiettes deviennent un enjeu de santé publique

Dans la plupart des ménages au Cameroun aujourd’hui, les habitudes alimentaires ont profondément changé. Les cuisines traditionnelles cèdent progressivement la place aux boîtes de conserve et aux produits ultra-transformés. Au petit déjeuner, céréales industrielles, saucisson, sardines en boîte s’invitent sur les tables. À cela s’ajoutent pâtisseries, pain blanc, beignets et gâteaux souvent trop gras et trop sucrés. À midi, les viandes rouges, les aliments frits et les produits importés dominent les assiettes. Le soir, ce n’est guère différent : repas rapides, restes réchauffés, nouilles instantanées ou aliments transformés viennent souvent clore la journée. Peu à peu, l’alimentation saine semble avoir déserté les foyers.
Ce basculement n’est pas sans conséquences. Derrière ces choix alimentaires se cache une réalité préoccupante : la montée en flèche des maladies non transmissibles, notamment le diabète, les maladies cardiovasculaires et certains cancers. Aujourd’hui, ces pathologies représentent près de 43 % des décès au Cameroun. Un chiffre alarmant qui traduit l’urgence d’agir.
C’est dans ce contexte que se tient à Yaoundé le tout premier symposium national et table ronde pour l’action contre les maladies non transmissibles, à l’initiative de Reconciliation and Development Association. Pendant deux jours, décideurs publics, experts de la santé, parlementaires et partenaires techniques unissent leurs voix autour d’un objectif commun : repenser les politiques alimentaires pour protéger la santé des populations.

L’approche adoptée se veut résolument multisectorielle. Il ne s’agit plus seulement d’une affaire de médecins, mais d’un enjeu national impliquant plusieurs ministères, les institutions publiques, la société civile et même les acteurs économiques. Comme l’ont rappelé les intervenants, la nutrition, la prévention et la gouvernance doivent désormais avancer main dans la main.
Au cœur des échanges, une conviction forte : il est temps de passer des constats aux actions concrètes. Le professeur Claude Mbanya a insisté sur la nécessité de transformer les données scientifiques en décisions politiques applicables. Pour lui, l’évolution rapide des habitudes alimentaires expose dangereusement les populations, y compris les plus jeunes, à des maladies autrefois rares à ces âges.
Parmi les solutions envisagées figurent plusieurs mesures déjà expérimentées ailleurs avec succès. L’étiquetage nutritionnel simplifié sur le devant des emballages permettrait aux consommateurs de mieux comprendre ce qu’ils achètent. La taxation des produits jugés nocifs pourrait, quant à elle, décourager leur consommation tout en favorisant les aliments locaux plus sains. À cela s’ajoute la nécessité de limiter le marketing agressif ciblant les enfants, particulièrement vulnérables face à ces produits.
Depuis 2021, RADA travaille déjà sur ces pistes. Mais pour que ces initiatives portent leurs fruits, leur adoption doit s’accompagner d’une mise en œuvre effective et d’une sensibilisation massive des populations. Car le constat est clair : beaucoup de Camerounais ignorent encore l’impact réel de leur alimentation sur leur santé. Aujourd’hui, il n’est plus rare de voir des personnes développer un diabète dès la trentaine.


Au-delà de la santé, c’est aussi l’avenir économique du pays qui est en jeu. Une population malade est une population moins productive, et le coût des soins pèse lourdement sur les familles comme sur l’État. Investir dans une alimentation saine, c’est donc aussi investir dans le développement durable du Cameroun.
Ce symposium marque ainsi un tournant. Il se veut un espace de convergence entre savoir scientifique, volonté politique et engagement citoyen. Les recommandations issues de ces travaux pourraient jeter les bases d’une nouvelle politique nutritionnelle nationale, plus protectrice et plus adaptée aux réalités actuelles.
Mais au-delà des discours et des stratégies, le véritable défi reste celui du changement des habitudes. Car la lutte contre les maladies non transmissibles commence aussi dans les cuisines, dans les marchés, et dans les choix quotidiens de chaque famille.
Le message est clair : il est temps de revenir à une alimentation plus saine, plus locale et plus équilibrée. Non seulement pour vivre mieux aujourd’hui, mais aussi pour préserver les générations futures.

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