Traçabilité du bois : SciLife et ses partenaires misent sur la transparence pour assainir la filière forestière
Le 26 novembre dernier, l’Association des Journalistes et Communicateurs Scientifiques, SciLife, a réuni chercheurs, spécialistes du secteur forestier et professionnels des médias autour d’un Café-Science organisé à Yaoundé. L’initiative, menée avec l’appui du World Resources Institute (WRI), s’inscrit dans le projet OTP-OI CAM, un programme dédié à la transparence dans la filière bois grâce à l’Open Timber Portal et à l’Observation Indépendante.
Une plateforme numérique pour mieux contrôler l’origine du bois
Au cœur des échanges, le Directeur du projet OTP-OI CAM, Serge Christian Moukouri, a présenté l’Open Timber Portal comme un instrument essentiel pour améliorer la circulation des données forestières au Cameroun.
Cette plateforme en ligne regroupe des informations certifiant la légalité et la traçabilité du bois, permettant aux entreprises, aux acheteurs étrangers et aux administrations de consulter, en toute transparence, les documents relatifs à l’exploitation forestière.
Selon lui :
« L’OTP offre un point d’accès unique aux informations nécessaires pour vérifier si le bois mis sur le marché respecte les normes légales. Les données partagées par la société civile et les opérateurs y sont archivées et accessibles à tous. »
La démarche du projet repose notamment sur l’analyse des rapports annuels du COMCAM pour la période 2019 à 2024, période où les informations sont suffisamment disponibles pour nourrir l’étude.
Parcs à bois : un fonctionnement encore loin des exigences de conformité
Le Café-Science a également permis à l’organisation FLAG (Field Legality Advisory Group) de dévoiler les réalités observées sur le terrain dans les parcs à bois, maillons stratégiques de la chaîne d’approvisionnement.
Les constats sont préoccupants :
contrats d’approvisionnement inexistants,
empotage non autorisé,
absence ou défaut de déclaration des sites,
limites des parcs non matérialisées,
sources d’approvisionnement non actualisées,
ouverts sans autorisation officielle.
Ces irrégularités ne se reflètent pourtant pas dans les statistiques officielles : les gestionnaires de parcs à bois représentent moins de 2 % des contentieux publiés par les services compétents du ministère des Forêts et de la Faune.
FLAG note également une disparité dans les décisions administratives. Pour des situations semblables, certaines structures sanctionnent tandis que d’autres privilégient la sensibilisation, révélant un manque d’équité et un risque de subjectivité dans la mise en œuvre des contrôles.
Autre faiblesse majeure : le suivi des bois en transit reste manuel, sans système permettant d’empêcher l’entrée de bois illégal dans les parcs de rupture. Cela fragilise tout le dispositif de traçabilité.
Des communautés impliquées, mais encore en marge des actions de contrôle
FLAG a expliqué que, même si elles n’ont pas été directement sollicitées pour cette action précise, les communautés locales demeurent des partenaires clés dans ses activités d’observation indépendante. Elles alertent souvent l’organisation sur des anomalies constatées dans leur environnement.
Un exemple cité concerne une dénonciation provenant d’une communauté du Sud, qui a conduit à une mission d’investigation dans une forêt communautaire.
La rencontre a également insisté sur la nécessité de renforcer l’implication des journalistes scientifiques. Leur rôle est déterminant pour vulgariser les données issues de l’observation indépendante et pour alerter les institutions concernées — MINFOF, MINFI, MINEPAT, MINJUSTICE — ainsi que les marchés internationaux, notamment européens et asiatiques.
Parmi les pistes retenues :
faciliter l’accès des journalistes aux données des observateurs indépendants ;
produire davantage de contenus médiatiques (radio, télé, presse écrite, numérique) portant sur la légalité forestière ;
hiérarchiser les priorités du projet OTP-OI CAM pour la période allant jusqu’à décembre 2025.
Dans un contexte où le Cameroun cherche à concilier exploitation forestière, lutte contre la déforestation illégale et respect des engagements internationaux, l’Open Timber Portal et l’Observation Indépendante apparaissent comme des leviers incontournables.
Le Café-Science organisé par SciLife a permis de mettre en lumière non seulement les faiblesses structurelles qui persistent dans la filière bois, mais aussi les solutions concrètes qui émergent grâce à l’accès accru aux données, à la mobilisation des communautés et à l’implication des médias.
La transparence, désormais au centre des discussions, est appelée à devenir un véritable standard pour la gestion durable du patrimoine forestier camerounais.








































