Chômage des femmes de plus de 40 ans : une crise silencieuse au Cameroun
La Stratégie nationale de développement 2020-2030 (SND30) place l’inclusion socio-économique des couches vulnérables au cœur de ses priorités au Cameroun. Mais une bonne frange de la population féminine camerounaise semble reléguée aux marges du marché du travail. Les femmes âgées de plus de quarante ans, particulièrement celles assumant une charge familiale en situation monoparentale, se heurtent à un mur de difficultés quasi infranchissables. « Je suis une femme de 45 ans, mère de trois enfants, et je suis au chômage depuis plus de deux ans, témoigne Marie, résidente à Yaoundé, le regard las. J’ai postulé à d’innombrables offres d’emploi, mais la réponse est invariable : mon âge est un frein, ou mes compétences ne correspondent pas aux attentes du moment. C’est d’un découragement sans nom. » Le fardeau est plus lourd encore pour les mères seules. Sophie, habitante de Douala, partage son calvaire : « Divorcée, je dois subvenir seule aux besoins de mes deux enfants. Les employeurs hésitent à m’embaucher, craignant sans doute que mes responsabilités familiales n’entravent ma disponibilité. Et comment pourrais-je accepter un emploi, même si on m’en proposait un, sans pouvoir assumer le coût d’une nourrice ? C’est un cercle vicieux. » Plus de 70% de plus de 40 ans au chômage Les données disponibles dressent un tableau préoccupant. Bien que les chiffres sur le chômage des jeunes (18-35 ans) oscillent entre 36 % et 39 % dans le monde, la situation des quadragénaires et quinquagénaires, moins documentée, n’en est pas moins alarmante. Selon une étude de référence, plus de 70 % des femmes de cette tranche d’âge seraient en situation de chômage, un taux plus de deux fois supérieur à celui des hommes du même âge. Cette statistique, si elle est confirmée par des enquêtes approfondies, révèle l’ampleur d’une crise silencieuse. Cette mise à l’écart renferme de multiples causes qui s’enchevêtrent. L’obsession des recruteurs pour la jeunesse, érigée en principal critère de sélection, constitue le premier obstacle. Les programmes gouvernementaux d’insertion, tel que le célèbre dispositif « Un jeune, Un Métier, Un Emploi » (JEME), fixent implicitement ou explicitement une limite d’âge à 40 ans, excluant de facto les candidates plus âgées de ces mécanismes d’accompagnement et de financement public. Par ailleurs, le manque d’un réseau professionnel efficient et l’obsolescence perçue de leurs compétences dans un marché en mutation rapide aggravent leur situation. L’accès aux formations de reconversion professionnelle, souvent onéreuses, relève du luxe inaccessible pour des femmes aux revenus précaires. Et celles de la diaspora La situation des Camerounaises de retour au bercail après une expérience professionnelle à l’étranger est tout aussi édifiante. Le parcours du combattant pour la réinsertion concerne aussi les membres de la diaspora, qui malgré une expertise acquise hors du continent, se heurtent aux mêmes préjugés . « J’ai passé dix ans à travailler en Europe, forte d’un parcours dont je suis fière », confie une quinquagénaire revenue au Cameroun. « Pourtant, je n’ai pas réussi à décrocher le moindre entretien concluant. Ici, on préfère miser sur un jeune diplômé, que l’on croit plus malléable et moins exigeant, plutôt que de miser sur l’expérience et la maturité. » Contrairement à certains pays voisins tels que le Gabon et le Nigeria, qui commencent à explorer l’assurance-chômage, le système camerounais repose encore sur la solidarité familiale et l’épargne personnelle pour pallier l’absence de filet de sécurité étatique. Au Cameroun, l’indemnité de chômage (un revenu versé périodiquement par l’État ou un organisme social après la perte d’un emploi) n’existe pas dans le système de sécurité sociale actuel. Arnaud Kevin Ngano



















































