Quand le braille ouvre le champ des possibles : le témoignage fort d’Ekouma Esther
Quand le braille ouvre le champ des possibles : le témoignage fort d’Ekouma Esther
Dans la salle, le silence s’installe. Les jeunes écoutent, attentifs, suspendus à chaque mot. Devant eux, une femme raconte sa vie, son travail, son quotidien. Ekouma Esther, 45 ans, Maréchal de Logis Chef de la Gendarmerie nationale, ne parle ni de limites ni de renoncement, mais de discipline, de responsabilités et de confiance en soi. Son témoignage, livré lors d’une conférence-partage organisée par le Club des Jeunes Aveugles Réhabilités du Cameroun (CJARC), s’est imposé comme l’un des temps forts de la commémoration de la Journée mondiale du braille.
Vivant avec un handicap visuel, la gendarme a accepté de partager son parcours avec les jeunes déficients visuels invités à cette rencontre. Un moment qu’elle dit avoir vécu avec émotion, consciente de la portée symbolique de son expérience.
Engagée au sein des forces de sécurité, Ekouma Esther illustre avec force qu’un handicap visuel n’annule ni la rigueur professionnelle ni l’ambition personnelle. Grâce à des outils adaptés, notamment le braille, elle poursuit son activité avec sérieux et constance, démontrant que les obstacles peuvent être surmontés.
« Depuis que je suis devenue déficiente visuelle, je me rends au bureau tous les jours, conformément au règlement. Je suis mère de deux garçons dont je m’occupe normalement. Ils ne vivent pas avec moi : l’aîné est ingénieur des Mines au Brésil et le second est élève en classe de Seconde. À la maison, je fais la cuisine moi-même et je n’ai pas réellement besoin d’assistance », explique-t-elle avec assurance.
Parler pour encourager, témoigner pour rassurer
Face aux jeunes, Ekouma Esther ne se contente pas de raconter son histoire. Elle délivre un message clair : le handicap visuel ne doit jamais être une barrière à l’éducation ni à l’ambition. Touchée par l’écoute attentive de l’auditoire, elle se dit heureuse d’avoir pu échanger avec eux et de contribuer à renforcer leur confiance.
« C’est très important pour les jeunes camerounais qui ont perdu la vue. Ils ne doivent pas être isolés ni abandonnés à eux-mêmes. Des séminaires comme celui-ci encouragent les enfants et les parents. Un enfant déficient visuel doit faire l’école comme les autres. Aujourd’hui, il existe des déficients visuels diplômés, et c’est très encourageant », souligne-t-elle.
Le regard des autres, une épreuve quotidienne
Si son parcours force l’admiration, la gendarme n’élude pas les difficultés sociales liées à la déficience visuelle. Elle évoque avec lucidité le sentiment d’invisibilité et d’humiliation que peut parfois provoquer le regard des autres.
« Dans la société, je me sens souvent humiliée. Les questions que je pose sont parfois ignorées. À cause de mon statut de malvoyante, j’ai souvent les yeux fermés et je porte parfois des lunettes. Des connaissances ne me reconnaissent plus, et cela me blesse. Quand je suis seule, je me pose beaucoup de questions », confie-t-elle.
Construire l’inclusion au-delà des symboles
Le témoignage d’Ekouma Esther rappelle que l’inclusion ne se décrète pas uniquement lors des journées commémoratives. Elle se construit au quotidien, à travers le respect, la reconnaissance sociale et la valorisation des compétences de chaque citoyen, quel que soit son handicap.
À travers la conférence tenue le 7 janvier 2026, dans le cadre de la Journée mondiale du braille, le CJARC réaffirme sa volonté d’agir durablement pour faire évoluer les mentalités. L’objectif est de promouvoir une société plus juste, où les personnes déficientes visuelles sont reconnues avant tout pour leur capacité à contribuer, à servir et à inspirer.





















































