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Personnes aveugles et emploi : l’urgence d’un passage à l’acte au Cameroun

 

Personnes aveugles et emploi : l’urgence d’un passage à l’acte au Cameroun

Le 16 décembre 2025, le Cercle des Jeunes Aveugles Réunis du Cameroun (CJARC) a rendu public un plaidoyer stratégique en faveur du recrutement des personnes handicapées visuelles (PHV). Plus qu’une revendication sectorielle, cette initiative met en lumière une contradiction persistante : un pays doté de textes protecteurs, mais encore incapable de transformer ces engagements en opportunités économiques réelles.
À travers cette sortie, le CJARC appelle à repenser l’inclusion non comme un acte de solidarité, mais comme une exigence de développement et de performance nationale.

Des compétences formées, mais écartées du marché du travail

Le Cameroun dispose d’un cadre juridique avancé en matière de protection des droits des personnes handicapées. La ratification des instruments internationaux et l’adoption de textes nationaux sur l’emploi protégé traduisent une volonté politique affirmée. Toutefois, sur le terrain, les diplômés aveugles et malvoyants demeurent largement absents des administrations et des entreprises.
Selon l’analyse du CJARC, cette situation s’explique en grande partie par des perceptions erronées. De nombreux employeurs associent encore handicap visuel et faible rendement, tout en surestimant les coûts liés à l’aménagement des postes. Ce décalage entraîne une perte de compétences pourtant qualifiées et immédiatement mobilisables.

Le plaidoyer adressé aux institutions publiques et au secteur privé propose une approche pragmatique du recrutement inclusif. Employer une personne aveugle aujourd’hui implique l’intégration d’outils numériques adaptés, favorisant la dématérialisation et l’optimisation des procédures de travail.
Dans cette dynamique, l’accessibilité ne bénéficie pas uniquement aux PHV. Elle accélère la transformation digitale des administrations et améliore les conditions de travail pour l’ensemble du personnel. L’inclusion devient ainsi un facteur d’innovation et d’efficacité organisationnelle.

 

La canne blanche, symbole d’une citoyenneté incomplète

Le CJARC a élargi la réflexion en reliant la question de l’emploi à celle de la mobilité et de l’inclusion sociale. La reconnaissance de la canne blanche comme symbole de droit et de sécurité révèle une réalité essentielle : la performance professionnelle est indissociable de la capacité à se déplacer librement et dignement dans l’espace public.
L’inaccessibilité des infrastructures urbaines, la stigmatisation sociale et l’insécurité quotidienne constituent des obstacles majeurs à l’insertion professionnelle. À travers le message « Un code pour tous », le CJARC rappelle que l’inclusion économique ne peut être dissociée d’une politique urbaine réellement inclusive.

De l’intention politique aux obligations concrètes

Pour éviter que ce plaidoyer ne reste sans effets, le CJARC plaide pour des actions structurantes. Parmi elles figurent l’instauration d’incitations fiscales en faveur des entreprises aménageant des postes accessibles, ainsi que la mise en place de quotas effectifs dans les recrutements de la Fonction publique, accompagnés de mécanismes de suivi et de sanctions.
Ces mesures visent à faire évoluer l’inclusion d’un principe déclaratif vers une obligation mesurable et vérifiable.

Le plaidoyer du CJARC ne cherche pas à susciter la compassion, mais à provoquer un changement de regard. En plaçant la compétence au centre du débat, il rappelle que l’exclusion des personnes handicapées visuelles constitue un frein silencieux au développement du Cameroun.
À l’horizon 2026, l’enjeu est clair : une nation ne progresse pleinement que lorsqu’elle choisit d’intégrer tous ses talents, sans exception.

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