Maladies tropicales négligées : à Cotonou, les médias africains en première ligne pour briser le silence

Maladies tropicales négligées : à Cotonou, les médias africains en première ligne pour briser le silence
Les 29 et 30 janvier derniers, la capitale économique du Bénin a accueilli un événement continental majeur consacré à la lutte contre les maladies tropicales négligées (MTN). Organisé par le Réseau des Médias Africains pour la Promotion de la Santé et de l’Environnement (REMAPSEN), en partenariat avec Speak Up Africa et d’autres acteurs, le Forum des Médias sur les Maladies Tropicales Négligées a réuni plus de 70 journalistes de plus de 35 pays africains. Les participants ont pris part aux travaux à la fois en présentiel à Cotonou et en ligne, témoignant de l’ampleur continentale et de l’intérêt croissant pour la lutte contre les MTN.
Les maladies tropicales négligées regroupent plus de 20 affections transmissibles, parmi lesquelles la filariose lymphatique, l’onchocercose (cécité des rivières), la schistosomiase, les géohelminthiases ou encore le trachome. Touchant principalement les populations pauvres et marginalisées des zones tropicales et subtropicales, elles affectent plus d’un milliard de personnes dans le monde, dont plus de 40 % vivent en Afrique.
Longtemps reléguées au second plan des priorités sanitaires mondiales, les MTN provoquent pourtant des souffrances considérables : douleurs chroniques, handicaps, défigurations, exclusion sociale, stigmatisation et parfois la mort. Si elles sont dites « négligées », ce n’est pas en raison de leur rareté, mais bien du manque de financement, de visibilité et d’engagement politique qu’elles ont subi pendant des décennies.
Des succès africains encore trop peu visibles
Au cours des dernières années, l’Afrique s’est pourtant illustrée comme un leader mondial dans la lutte contre les MTN. Plus de 24 pays ont éliminé au moins une de ces maladies. Le Togo a marqué l’histoire en devenant, en 2022, le premier pays au monde à éliminer quatre MTN au niveau national. Le Bénin et le Ghana ont également enregistré des avancées majeures, chacun ayant éliminé trois MTN.
Ces progrès ont été rendus possibles grâce à une mobilisation exceptionnelle, soutenue notamment par l’un des plus vastes programmes de dons de médicaments au monde : 28 milliards de traitements promis par l’industrie pharmaceutique entre 2021 et 2030.
Cependant, ces acquis demeurent fragiles. La réduction ou la restructuration des financements internationaux depuis 2025, combinée aux perturbations causées par la pandémie de COVID-19, menace de ralentir, voire d’inverser les progrès réalisés. Sans investissements nationaux durables et sans intégration des MTN dans les systèmes de santé, le risque de stagnation est réel.

Les médias, acteurs clés de l’élimination
C’est dans ce contexte que le forum de Cotonou a mis en lumière le rôle stratégique des médias. Journalistes et experts ont souligné l’importance d’une couverture médiatique forte pour sensibiliser les populations, lutter contre la stigmatisation, donner la parole aux communautés affectées et renforcer la redevabilité des gouvernements.
Pour REMAPSEN, les journalistes ne sont pas de simples observateurs, mais des acteurs essentiels de la lutte contre les MTN. Créé en 2020, le réseau compte aujourd’hui plus de 700 journalistes spécialisés en santé et environnement à travers l’Afrique. Fort de son expérience sur des thématiques comme le VIH/sida, la vaccination ou la santé maternelle, REMAPSEN ambitionne de repositionner les MTN comme une priorité de santé publique de premier plan.
Former, mobiliser et agir
Le forum avait pour objectifs de renforcer les capacités des journalistes, encourager la production d’au moins 250 contenus médiatiques sur les MTN, valoriser la recherche et l’innovation africaines, et constituer un réseau régional de journalistes spécialisés. Les discussions ont porté sur des thématiques clés telles que l’intégration des MTN dans les systèmes de santé, le financement durable, le changement climatique, l’innovation technologique, le genre et l’inclusion.
À l’issue des travaux, REMAPSEN a réaffirmé sa volonté de transformer les récits, amplifier les voix africaines et doter les médias des outils nécessaires pour faire des MTN une priorité nationale et continentale.
À Cotonou, un message fort a été lancé : les maladies tropicales négligées ne doivent plus l’être. Et pour y parvenir, les médias africains entendent désormais être les moteurs du changement, afin que ces maladies sortent définitivement de l’ombre.




















































