Lutte contre le VIH au Cameroun : plaidoyer, pharmacovigilance et réponses communautaires au cœur du débat
À l’occasion d’un échange stratégique tenu en marge de la Journée mondiale de lutte contre le sida, représentants gouvernementaux, experts onusiens et organisations communautaires ont mis en lumière les avancées, les défis et les priorités urgentes pour garantir un accès continu et sécurisé aux traitements antirétroviraux (ARV) au Cameroun.
L’accent a été particulièrement mis sur la pharmacovigilance, les intolérances médicamenteuses, les ruptures de stock, ainsi que les besoins spécifiques de certaines populations, notamment les jeunes et les personnes souffrant de maladies chroniques.
«Nous devons travailler ensemble pour finaliser le plaidoyer » — Taoufik Bakkali, ONUSIDA
Le représentant pays de l’ONUSIDA, Taoufik Bakkali, a salué la qualité des échanges et insisté sur la nécessité d’un plaidoyer structuré et collectif.
« C’est ensemble que nous trouverons des solutions. Certaines problématiques mériteraient à elles seules une demi-journée de débat. D’où l’importance de documenter, de dialoguer et de construire un dossier de plaidoyer solide. »
Il a rappelé que le plaidoyer ne doit pas uniquement cibler le ministère de la Santé, mais aussi les partenaires internationaux, dont certains exercent parfois une pression au niveau des stratégies thérapeutiques.
Il a insisté sur l’importance de la communication proactive pour informer les populations, lutter contre la désinformation et renforcer les partenariats communautaires :
« Il ne s’agit pas seulement de réagir aux fake news, mais de préparer les communautés, d’adapter l’information selon les besoins et d’impliquer les médias et les organisations communautaires. »
Le SP/CNLS rappelle les priorités nationales : efficacité des ARV, pharmacovigilance et élimination du sida à l’horizon 2030
Le Secrétaire permanent du Comité national de lutte contre le sida (CNLS) a réaffirmé l’engagement du Cameroun :
« Éliminer le sida comme problème de santé publique d’ici 2030, c’est viser zéro décès, zéro nouvelle infection et zéro discrimination. »
Il a rappelé que le pays progresse vers l’atteinte des « trois 95 » d’ici fin 2025, et que la pharmacovigilance fait partie des 10 interventions prioritaires définies par le ministre de la Santé, Dr Manaouda Malachie.
*Tolérances et intolérances rapportées par les communautés*
Les données issues du monitoring communautaire montrent :
certaines prises de poids excessives,
des cas d’hypertension artérielle,
des insomnies,
et d’autres plaintes isolées.
« Nous ne pouvons pas démontrer la causalité à ce stade, mais toute plainte doit être prise en compte. Le contrôle du poids et de la tension artérielle doit être systématique. »
Il précise :
« S’il y a une intolérance, nous pouvons basculer vers un autre protocole. Ce qui compte, c’est la continuité du traitement et l’efficacité des ARV disponibles. »
Maintien de l’offre malgré la baisse des financements externes
Le SP note que malgré une baisse des financements américains et du Fonds mondial :
aucune rupture critique n’a affecté la disponibilité des ARV,
un plan de mitigation a permis d’éviter toute interruption,
le pays a mis en place depuis 2025 la prise en charge de la maladie avancée, incluant les tests CD4.
Le Cameroun affiche aujourd’hui 93 % de suppression virale, un indicateur majeur de succès.
« Si nous atteignons 95 %, nous franchirons un cap décisif. La suppression virale montre que les médicaments fonctionnent. »
Il plaide aussi pour la lutte contre la stigmatisation, encore responsable de retards dans le dépistage et le suivi.
Les organisations communautaires alertent : intolérances au Dolutégravir et besoin urgent de Telétravir 400 oui
Makoutcha Odile, présidente de la Task Force des organisations communautaires du Centre, a lancé un plaidoyer appuyé pour le retour du Telétravir 400.
« Le Dolutégravir provoque chez certains bénéficiaires des insuffisances rénales, de l’hypertension, et des complications chez les personnes âgées souffrant de maladies non transmissibles. »
Elle souligne une situation critique survenue après la rupture du DTG 50 mg, laissant des patients fragiles sans alternative appropriée.
« Le système communautaire est prêt à accompagner l’État, mais nous avons besoin que les commandes soient accélérées. Les bénéficiaires doivent poursuivre leur traitement sans interruption. »
Elle rappelle enfin que la santé publique repose d’abord sur la ressource humaine, qu’il faut soutenir et écouter.
Jeunes vivant avec le VIH : l’émergence inquiétante de « résistances silencieuses » au TLD
Un représentant des jeunes PVVIH a soulevé un phénomène préoccupant :
des résistances silencieuses au TLD, non détectables par des symptômes visibles.
« Avec les anciens protocoles, on voyait des signes : boutons, perte de poids… Mais avec TLD, la charge virale revient détectable alors même que le jeune affirme prendre correctement son traitement. »
Cette situation crée :
de la stigmatisation injuste,
des doutes sur l’adhérence,
un suivi virologique trop espacé (6 à 12 mois), insuffisant pour détecter rapidement un échec thérapeutique.
Les jeunes demandent :
un renforcement de la fréquence des charges virales,
un meilleur suivi des échecs non volontaires,
une communication plus claire sur la gestion des résistances.
une plateforme de dialogue saluée par tous
Les échanges entre bénéficiaires, décideurs, partenaires et experts ont permis :
d’identifier les défis persistants,
de valoriser l’efficacité des traitements,
d’améliorer la compréhension des mécanismes de pharmacovigilance,
et de renforcer la collaboration pour éviter toute interruption thérapeutique.
Ce dialogue continu, encouragé par le ministère de la Santé et soutenu par l’ONUSIDA, constitue un levier essentiel pour atteindre l’élimination du sida au Cameroun.en word








































