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Conseil régional du Sud : l’urgence d’un nouveau cap pour relancer le développement local

Après cinq années marquées par des contre-performances notoires et de graves manquements en matière de gouvernance, le Conseil régional du Sud (CRS) se trouve aujourd’hui à la croisée des chemins. À la veille de la mise en place d’un nouvel exécutif, les attentes sont immenses : les nouveaux élus sont appelés à impulser une dynamique de rupture, en confiant les rênes de cette institution stratégique à un leader visionnaire, rigoureux et fin stratège, capable de replacer le CRS au cœur du développement local tel que prescrit par le Code de la décentralisation.

 

Une mandature en décalage avec les missions du CRS

Durant la mandature écoulée, le Conseil régional du Sud a été dirigé par une gouvernance largement décriée, marquée par une gestion solitaire et une orientation davantage centrée sur des convictions personnelles que sur les missions fondamentales de la collectivité. Cette posture a progressivement éloigné l’institution des directives légales qui font du conseil régional un pilier du développement territorial.

À plusieurs reprises, observateurs, élus locaux et fils de la région ont alerté l’opinion publique sur la léthargie administrative dans laquelle le CRS s’est enlisé. Le manque d’ingéniosité dans la maturation des projets, les difficultés d’exécution des marchés publics et l’absence de livraisons effectives pour nombre d’entre eux ont fini par cristalliser le malaise, renforcé par un déficit de concertation et de gouvernance participative.

 

Des ressources retournées au Trésor et des projets sans impact

Selon des investigations menées auprès de sources internes au CRS, plus de six milliards de FCFA initialement destinés au développement régional auraient été retournés au Trésor public, faute de consommation effective ou de réalisation d’actions concrètes. Ces ressources étaient pourtant censées contribuer à l’amélioration des conditions de vie des populations, conformément aux orientations de la Stratégie nationale de développement 2020-2030 (SND30).

Ces dysfonctionnements sont corroborés par le rapport 2023 de l’Agence de régulation des marchés publics (ARMP), qui attribue au Conseil régional du Sud un taux de 0 % de marchés réceptionnés par rapport aux marchés démarrés et non clôturés par des réalisations effectives. Dans le même registre, un audit commandité par le ministère des Finances indique que le CRS aurait fonctionné sans budget effectif depuis sa mise en place, naviguant de 2020 à 2025 sans impact tangible sur le développement régional.

 

Marchés publics : des pratiques controversées

La gestion des marchés publics demeure l’un des aspects les plus controversés de cette mandature. En 2022, un scandale relatif à l’achat de « rideaux à 60 millions de FCFA » pour des bureaux du Conseil régional avait suscité une vive indignation. Ce marché, attribué de gré à gré, semblait en contradiction avec les exigences du Code des marchés publics, tant dans la procédure que dans le descriptif publié au journal des marchés.

Les accusations de corruption, de favoritisme et de mauvaise gouvernance, relayées par la presse et dénoncées par les populations ainsi que certains élus du Sud, ont contribué à ternir durablement l’image de l’institution régionale.

 

Une gouvernance sous le feu des critiques

Directement mis en cause, le président sortant du Conseil régional du Sud, Emmanuel Mve Elemva, a été interpellé à plusieurs reprises par le gouverneur de la région du Sud, à la suite de saisines du MINDDEVEL. Parmi les griefs évoqués figurent les arriérés de salaires du personnel dit « d’astreinte » sans contrat de travail, la forclusion de près de deux milliards de FCFA destinés aux projets régionaux, ainsi qu’un décalage manifeste entre les priorités annoncées et les actions effectivement menées.

Cette situation est d’autant plus préoccupante que les Plans communaux de développement (PCD) et le Plan régional de développement (PRD) sont censés s’inscrire dans une logique de cohérence stratégique, de transparence et d’équité. Or, la gouvernance jugée rigide et solitaire du président sortant a souvent été dénoncée par des membres du CRS, au regard de sa faible ouverture au dialogue collégial.

 

Pour un renouveau à la tête du CRS

À l’orée de l’élection d’un nouvel exécutif régional, l’enjeu est clair : éviter une reproduction des erreurs du passé. Les nouveaux conseillers régionaux sont appelés à porter leur choix sur un homme d’expérience, doté d’un projet concret et réaliste pour faire du Sud un véritable hub économique.

Il leur revient d’écarter les candidatures opportunistes et les approches fondées sur la communication tapageuse, au profit d’un leadership capable de redonner crédibilité et efficacité à cette institution clé du développement régional.

 

Les chantiers prioritaires du nouvel exécutif

Dès sa prise de fonction, le futur exécutif régional devra tirer les leçons des échecs passés. Cela passera par la définition claire des priorités, la clarification des compétences et la mobilisation stratégique des ressources financières.

L’assainissement de la gouvernance, le renforcement de la transparence dans la passation des marchés publics, la mise en place de mécanismes de contrôle efficaces, ainsi que la priorisation des infrastructures sociales  -routes, écoles, santé- devront constituer des axes majeurs de l’action publique. L’élaboration d’un budget stratégique assorti d’indicateurs de performance permettra d’assurer le suivi et la réalisation effective des projets.

Denise Ebelle

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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