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Cameroun : une place de marché des déchets pour bâtir l’économie verte

Cameroun : une place de marché des déchets pour bâtir l’économie verte

 

Le Cameroun amorce une nouvelle phase de sa transition écologique avec la mise en service officielle de la Bourse Nationale des Déchets (BND). La cérémonie, conduite par le ministre de l’Environnement, de la Protection de la Nature et du Développement Durable, Hélé Pierre, le 12 février dernier, marque l’opérationnalisation d’un instrument inédit destiné à organiser le marché des déchets et à accélérer l’essor de l’économie circulaire.

Un outil pour transformer

un problème en ressource
Pensée comme une société anonyme à capital mixte de 332 millions de FCFA, la BND associe l’État et des partenaires privés du secteur. Son ambition : créer un véritable marché structuré où les déchets deviennent des intrants industriels.
Selon les données officielles, près de 6 millions de tonnes de déchets solides sont générées chaque année au Cameroun, sous l’effet conjugué de la croissance démographique et de l’urbanisation. La population urbaine représente désormais environ 60 % des habitants, contre 54 % en 2014.
Dans les faits, la gestion actuelle demeure insuffisante :
À peine un quart des déchets municipaux est collecté par le concessionnaire HYSACAM ;
Environ 50 % sont traités de manière inappropriée ;
Le reste est abandonné dans l’environnement.
À Yaoundé, le taux de collecte reste inférieur à 50 %, tandis qu’à Douala il approche les 70 %. Résultat : accumulation dans les quartiers, pollution des cours d’eau, dégradation de la qualité de l’air et risques sanitaires accrus.

Organiser un secteur en pleine mutation

Entre 2021 et 2025, 867 autorisations environnementales ont été délivrées dans la filière des déchets, signe d’un dynamisme réel mais encore dispersé. La BND entend répondre à ce besoin d’encadrement en structurant les échanges entre producteurs et recycleurs.
La plateforme numérique mise en place permettra :
La mise en relation directe entre collectivités, entreprises et récupérateurs ;
La publication d’offres et de demandes de matières recyclables ;
L’intégration d’un système automatisé de traçabilité des flux.
L’objectif est double : fluidifier le marché et garantir la transparence des transactions.

Un pari économique assumé

Les autorités présentent la BND comme un catalyseur de croissance verte. Les retombées attendues incluent :
Le développement de nouvelles filières de recyclage et de valorisation énergétique ;
La baisse des coûts de traitement pour les municipalités ;
L’attrait d’investissements privés ;
La création d’emplois dits « verts » ;
La réduction des importations de matières premières vierges.
Une étude actualisée en 2022 table sur un retour sur investissement en trois ans, traduisant la solidité du modèle économique envisagé.

Un impact social et environnemental recherché

Au-delà des chiffres, la BND vise la formalisation d’un secteur largement dominé par l’informel. Des milliers d’acteurs, souvent jeunes, vivent aujourd’hui du tri dans des conditions précaires. La nouvelle structure ambitionne d’intégrer ces opérateurs dans un cadre professionnel plus sécurisé.
Sur le plan environnemental, les bénéfices attendus sont multiples :
Diminution des dépôts sauvages et du brûlage à ciel ouvert ;
Réduction des émissions de gaz à effet de serre ;
Préservation des ressources naturelles ;
Amélioration du cadre de vie urbain.

Dix ans de maturation

L’idée d’une bourse dédiée aux déchets a émergé dès 2016 lors de concertations intersectorielles. Une étude de faisabilité menée en 2017 en avait confirmé la pertinence. Après plusieurs étapes techniques et institutionnelles, l’Assemblée générale constitutive s’est tenue à la mi-2025, ouvrant la voie au lancement officiel en février 2026.

<<Faire bouger le marché>>

Pour la directrice générale de la BND, Rebecca Essomba, l’enjeu est désormais opérationnel : il s’agit de faire fonctionner ce « grand marché » où l’offre et la demande en déchets valorisables pourront se rencontrer. Elle appelle les collectivités territoriales, les entreprises et les acteurs du recyclage à nouer des partenariats afin de professionnaliser durablement la filière.
Avec la Bourse Nationale des Déchets, le Cameroun mise ainsi sur une transformation structurelle : passer d’une gestion subie des déchets à une logique de valorisation intégrée, où chaque résidu peut devenir la matière première d’un nouveau cycle productif.

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