Biotechnologie : Ngompém transforme sa biodiversité en richesse communautaire
Situé à environ 55 km d’Édéa et peuplé d’un peu plus de 1 200 habitants, le village de Ngompém — dans le département de la Sanaga-Maritime, région du Littoral — est réputé pour son couvert végétal dense, ses sols riches et la grande diversité de son écosystème microbien. Longtemps tenu à l’écart des grands circuits de valorisation scientifique, ce village agricole vient de franchir une étape décisive.
Sous l’autorité de leur chef traditionnel, Sa Majesté Wilfried Yinda, les habitants ont conclu un accord de partenariat avec une firme internationale spécialisée dans la biotechnologie. Un acte inédit qui fait de Ngompém l’un des premiers villages camerounais à transformer sa biodiversité en moteur direct de développement.

La biodiversité locale convertie en opportunité économique
Le projet vise à séquencer l’ADN de milliers de micro-organismes présents dans les sols, rivières et zones forestières du village, pour créer des applications destinées à l’industrie pharmaceutique, agricole ou cosmétique.
Grâce aux lois camerounaises sur les ressources génétiques et au Protocole de Nagoya, Ngompém obtient une garantie essentielle : chaque exploitation commerciale générera un revenu partagé avec la communauté.
« Nous avons trop longtemps été victimes de bio-piraterie. Aujourd’hui, tout est clair : la communauté sait qui intervient, comment et à quelles conditions », insiste Sa Majesté Yinda.
L’accord repose sur le mécanisme APA (Accès et Partage des Avantages), réparti en deux volets.
- Avantages monétaires
Une part négociée des bénéfices mondiaux issus de l’exploitation des données génétiques
Des revenus pouvant financer des projets communautaires sans attendre les budgets publics
Un modèle qui peut générer, à long terme, des millions de FCFA par an selon l’utilisation commerciale des séquences
- Avantages non monétaires
Projet d’adduction d’eau pour environ 300 foyers
Renforcement de l’électrification dans les zones encore non desservies
Construction ou rénovation de logements sociaux
Formations scientifiques pour les jeunes du village et équipements scolaires
Autrement dit : la biodiversité n’est plus seulement une richesse écologique — elle devient un capital économique.
Avec l’accompagnement du Ministère de l’Environnement, Ngompém pourrait devenir un modèle pilote pour d’autres chefferies du pays.
Le Cameroun, qui abrite environ 9 000 espèces végétales et une vaste diversité microbienne, possède un potentiel gigantesque encore peu exploité.
« La société partenaire gagne, mais la communauté aussi. La biodiversité du Cameroun doit profiter à ceux qui la protègent », rappelle le chef du village.
Reste à suivre :
les mécanismes de contrôle et de transparence,
l’effectivité du partage des revenus,
et l’extension du modèle aux autres collectivités.
Si le suivi est rigoureux, Ngompém pourrait devenir le premier village rural où la science internationale et la sagesse traditionnelle co-produisent de la Valeur sans déposséder les populations rurales.









































