Industrie et Mines : Fuh Calistus promet 50 000 emplois en 2026 et rassure les députés

Devant les membres de la Commission des Finances, le ministre des Mines, de l’Industrie et du Développement technologique, Pr Fuh Calistus Gentry, a détaillé avec assurance, le 28 novembre dernier, les perspectives de son département pour 2026, annonçant jusqu’à 50 000 emplois nouveaux grâce à la montée en puissance des projets miniers et industriels. Une intervention maîtrisée, où le ministre, visiblement dans son élément, a cherché à convaincre que la transformation du secteur est bel et bien enclenchée. Bien que le budget du ministère ait légèrement reculé — passant de 13,154 milliards à 13,105 milliards de FCFA après le collectif budgétaire — Fuh Calistus a insisté sur la rigueur et l’efficacité de l’exécution. Les chiffres parlent : près de 66% d’investissements déjà réalisés et un fonctionnement exécuté à 99,85%. Une performance qui lui a permis d’aborder la suite avec confiance. Sûr de ses dossiers, le ministre a rappelé que cinq grands projets miniers sont déjà en exploitation, propulsant le Cameroun dans le cercle des pays où l’activité extractive n’est plus seulement potentielle, mais réelle. Fer, bauxite, or, marbre : les secteurs s’activent et structurent progressivement une nouvelle économie. Il a notamment cité : Le fer de Bipindi–Grand Zambi : 6 millions de tonnes/an, 5 000 emplois attendus. Sinosteel à Lobé : le plus important gisement de fer du pays, 46 milliards FCFA/an de recettes. La bauxite de Minim-Martap : 10 millions de tonnes/an et un vaste chantier d’infrastructures sociales. Le marbre de Bidzar : un levier pour résoudre la pénurie de ciment dans le Nord. L’or de Colomine : dont les revenus doivent être fortement réévalués après avenant. Tout au long de son exposé, Fuh Calistus a multiplié les chiffres, les estimations et les échéances, démontrant une maîtrise technique saluée par plusieurs députés. Le secteur aurifère demeure fragile, dominé par l’artisanat et exposé à l’informalité. Le ministre a reconnu une baisse des volumes officiellement collectés en 2025, mais a relativisé en soulignant la progression de la réserve nationale : de 37 kg il y a dix ans, à 1 368 kg aujourd’hui. Il mise sur l’entrée en production des mines industrielles de Mbarguéné et Bibemi pour inverser la tendance, en plus d’un dispositif de contrôle renforcé impliquant la SONAMINES, les Douanes et le Processus de Kimberley. D’un ton posé, mais assuré, le ministre a présenté l’année 2026 comme celle de la consolidation : avancée des projets de fer (Nkout, Ntem), montée en puissance des métaux stratégiques (nickel, cobalt, rutile, terres rares), relance de la filière aluminium avec ALUCAM et Minim-Martap, structuration accrue de l’exploitation semi-mécanisée de l’or, nouvelles zones industrielles à Édéa et Bertoua. L’accueil du CIMEC 2026, grand rendez-vous mondial du secteur minier, devrait par ailleurs propulser la visibilité du Cameroun. L’intervention du ministre a également mis en avant la montée en puissance de plusieurs filières : ciment, sidérurgie, carreaux en céramique, engrais, aluminium, technopole agro-industriel, avec des usines déjà opérationnelles ou en construction. Ces secteurs combinés participeront à la création des 50 000 emplois attendus l’an prochain, argument central du discours du ministre. Loin de se limiter à un exposé technique, Fuh Calistus a voulu rassurer : la restructuration du secteur minier et industriel suit une trajectoire claire, articulée autour de la transparence, de la transformation locale et du renforcement de l’emploi. « Le Cameroun produit désormais huit métaux et s’installe durablement comme acteur minier régional », a-t-il affirmé, sûr de lui. Pour les parlementaires, le message est clair : 2026 doit être l’année où les mines et l’industrie commencent réellement à transformer la vie des Camerounais.

À Yaoundé, les femmes élues locales affûtent leurs outils pour combattre les violences basées sur le genre

Durant deux jours, les femmes élues locales du Cameroun se sont réunies à Yaoundé pour un atelier de renforcement des capacités consacré à la lutte contre les violences faites aux femmes et aux filles. Portée par ONU Femmes, cette formation a permis d’outiller les participantes, de consolider un réseau d’action et d’élaborer un plan stratégique destiné à guider leurs interventions dans les communes. Un atelier pour comprendre, analyser et agir La représentante résidente d’ONU Femmes, Marie Pierre Racky Chaupin, a salué en clôturant les travaux la posture collective adoptée tout au long de la rencontre. Selon elle, la force de cet atelier réside dans sa capacité à réunir des femmes dirigeantes autour d’un même objectif : « venir ensemble, parler ensemble, s’engager ensemble et coordonner nos efforts pour créer un véritable impact ». Elle a souligné que les échanges ont permis d’approfondir la compréhension des formes visibles et invisibles de violences : violences structurelles, culturelles, normes patriarcales et VBG. Elle a appelé les élues à maintenir le cap : « Vous êtes et vous devez rester des ambassadrices du changement dans vos communes ». Rappelant que « une femme sur trois dans le monde subit des violences au cours de sa vie », elle a insisté sur l’urgence de s’attaquer aux causes profondes et de bâtir des solutions locales pertinentes. Elle a aussi salué la diversité des profils présents, notamment la contribution d’une écrivaine venue partager son expérience, et réaffirmé l’engagement d’ONU Femmes et des autres agences du système onusien à accompagner les municipalités dans la mise en œuvre du plan d’action adopté. Pour la présidente du Réseau des Femmes Élues Locales du Cameroun (REFELACAM), Marie Angèle Meyanga Noah, cet atelier a été bien plus qu’une simple formation. C’est une mobilisation autour d’un enjeu national. Elle a rappelé que les violences faites aux femmes ne peuvent être perçues comme un simple fait de société : elles constituent « un appel à l’action, à la solidarité et au changement ». Elle a salué la force du réseau consolidé au fil des échanges et encouragé les participantes à porter cette dynamique sur le terrain. Elle a adressé ses remerciements aux femmes maires, aux organisations de la société civile, aux partenaires techniques et financiers, ainsi qu’à la jeune femme ayant courageusement partagé son histoire. Elle a invité les élues à se tenir unies pour soutenir les survivantes et amplifier les voix des femmes dans les instances locales de décision. Cap sur la mise en œuvre d’un plan d’action ambitieux L’un des acquis majeurs de la rencontre est l’élaboration d’un plan d’action concret. Celui-ci servira de guide pour développer des initiatives de prévention, renforcer la communication autour des VBG, améliorer la médiation et accompagner les victimes dans les communes. Les modules sur le plaidoyer, la médiation et la résolution des conflits ont par ailleurs permis de renforcer le leadership des participantes, désormais mieux armées pour impulser des initiatives locales. Cet atelier ouvre une nouvelle phase pour les femmes élues locales, qui entendent désormais traduire ces connaissances en actions tangibles dans leurs territoires. Avec l’appui d’ONU Femmes et des agences des Nations Unies, et le leadership affirmé du REFELACAM, les participantes repartent engagées à faire reculer les violences faites aux femmes et aux filles et à renforcer la protection des populations féminines dans leurs communautés.

Le Cameroun se lève contre les violences numériques dirigées vers les femmes et les filles

Le Cameroun a lancé, ce 25 novembre à Yaoundé, la 19ᵉ édition de la campagne mondiale « 16 jours d’activisme contre les violences faites aux femmes et aux filles ». Placée sous le thème : « Unis pour mettre fin à la violence numérique à l’égard de toutes les femmes et filles », cette mobilisation vise à alerter sur les abus en ligne et à promouvoir des mesures efficaces de prévention, de protection et de prise en charge des survivantes. Organisée par le Ministère de la Promotion de la Femme et de la Famille (MINPROFF), l’édition 2025 s’est tenue en partenariat avec plusieurs institutions nationales et internationales, notamment AFIRI, l’UNFPA, ONU Femmes et l’UNICEF, tous engagés dans la lutte contre les violences basées sur le genre. La campagne relie symboliquement la Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes (25 novembre) à la Journée internationale des droits de l’homme (10 décembre), rappelant l’urgence de protéger les droits fondamentaux des femmes et des filles. Les statistiques mondiales montrent que 16 % à 58 % des femmes sont victimes de violence numérique, tandis que 85 % ont subi ou observé du harcèlement en ligne. Au Cameroun, la violence numérique prend diverses formes : harcèlement, intimidation, traque en ligne, usurpation d’identité, diffusion non consentie d’images ou de vidéos. Les femmes particulièrement visibles — journalistes, militantes, entrepreneures, politiciennes — sont davantage ciblées, mais aucune n’est épargnée. Lors de la cérémonie, la Ministre Marie Thérèse ABENA ONDOA a salué l’engagement de tous les partenaires et rappelé les dispositifs juridiques existants : la Loi sur la cybersécurité et la cybercriminalité (2010), la Loi relative à la protection des enfants en ligne (2023), ainsi que le projet de loi spécifique contre les violences faites aux femmes et aux filles. Elle a insisté sur la nécessité de sensibiliser, renforcer les sanctions, et sécuriser l’espace numérique, afin que chaque femme puisse s’exprimer librement, en ligne comme dans la société. La table ronde d’ouverture a réuni experts du numérique, forces de sécurité, représentants du secteur éducatif et acteurs privés. Orange Cameroun, Camtel et l’ANTIC ont présenté leurs dispositifs de prévention et de dénonciation des abus, tandis que des initiatives comme le Réseau des survivantes anonymes et des plateformes de signalement et d’accompagnement en ligne ont été mises en avant pour renforcer l’appui aux victimes. Cette campagne structurée s’appuie sur six axes majeurs : placer les survivantes au centre ; garantir la sécurité numérique ; promouvoir l’inclusion ; renforcer le leadership des femmes et des jeunes ; valoriser le rôle des organisations de défense des droits humains ; agir sur les causes profondes des violences. La MINPROFF réaffirme que nul ne doit craindre d’exister ou de prendre la parole dans l’espace numérique. Le Cameroun appelle ainsi le gouvernement, les organisations de la société civile, les communautés, les hommes et les garçons à s’engager pour faire du numérique un espace sûr, accessible et libérateur pour toutes. Plusieurs associations de défense des droits humains ont également pris part à la cérémonie, témoignant de la mobilisation collective pour mettre fin à toutes les formes de violence à l’égard des femmes et des filles.

Journée mondiale du SIDA 2025 : À Yaoundé, entre espoirs et alertes, les jeunes tirent la sonnette d’alarme

La Journée mondiale de lutte contre le SIDA s’ést célébrée , ce 1er décembre, dans une atmosphère à la fois grave et dynamique, marquée par une mobilisation visible de tous les acteurs engagés dans la riposte. Au premier rang, les représentants du gouvernement, des organisations internationales et des structures communautaires. Ils ont suivi avec attention les différentes prises de parole. Mais ce furent les jeunes qui attirèrent l’essentiel des regards, venus porter une voix devenue incontournable dans la lutte contre le VIH. “Nous avançons mais nous avançons blessés” : les jeunes posaient le diagnostic Lorsque la Vice-Présidente du RECAJ+ s’ést avancée au pupitre, un silence s’est installé. Elle a livré un constat lucide, sans complaisance. « Oui, des progrès ont été réalisés. Oui, la prise en charge s’est améliorée. Mais nous avançons avec des obstacles qui continuent de nous blesser », avait-elle lancé d’une voix posée mais déterminée. Autour d’elle, plusieurs adolescents vivant avec le VIH acquiesçaient. En marge de la cérémonie, certains racontaient les longues heures d’attente pour obtenir une charge virale, les retours répétés faute de matériel ou les protocoles qui changeaient trop souvent. La Vice-PCA a résumé ces difficultés dans un plaidoyer direct : – une intégration réelle des jeunes dans les décisions ; – un engagement massif de l’État ; – un renforcement urgent des organisations communautaires, “premier refuge et souvent dernier recours”. ONUSIDA : entre optimisme prudent et avertissement sévère Quelques minutes plus tard, le Représentant pays de l’ONUSIDA, Taoufik Bakkali, a pris la parole. Son intervention a mêlé réalisme et espoir. « Le Cameroun est en bonne voie pour atteindre les objectifs 95-95-95. La dynamique est solide, les efforts visibles », a t-il affirmé. Mais son ton s’ést vite fait plus grave. Il a évoqué la hausse des nouvelles infections chez les jeunes et les femmes — 3 220 cas enregistrés en 2024, selon l’OMS — et la crise internationale du financement, véritable coup de massue pour les pays africains. « Certains États ont perdu jusqu’à 90 % de leur financement VIH. Au Cameroun, plusieurs organisations communautaires ont tout simplement collapsé », a-il déploré. Sur les visages des activistes présents, l’inquiétude était palpable. Beaucoup savent combien le maintien des activités de prévention, de dépistage ou d’accompagnement psychosocial est devenu difficile. Dans les coulisses : tests rapides, files d’attente et espoirs tenaces À quelques mètres de la tribune, l’effervescence ne faiblissait pas. Des dizaines de jeunes et de moins jeunes faisaient la queue pour se faire dépister. D’autres discutaient avec des agents de santé, récupéraient des préservatifs ou s’informaient sur les traitements. Les équipes médicales notaient une mobilisation plus forte qu’en 2024, notamment grâce aux campagnes ciblées comme Vacances sans SIDA, qui avaient atteint plus de 4,8 millions de jeunes ces dernières années. Mais elles reconnaissaient aussi les limites : retards dans la remise des résultats, stocks irréguliers de tests, manque de personnel. Un message commun : consolider les acquis avant qu’il ne soit trop tard Toutes les interventions convergeaient celles du RECAJ+ et de l’ONUSIDA,de l’Oms, du ministère de.la santé convergeaient sur un point essentiel : la riposte camerounaise pouvait réussir, mais seulement si elle s’adaptait à un contexte totalement bouleversé. Taoufik Bakkali proposait une feuille de route claire : – assurer la durabilité financière de la riposte ; – renforcer l’intégration des programmes de santé ; – maintenir l’accès continu aux traitements ; – éviter un retour de l’épidémie malgré la baisse des financements. De son côté, le RECAJ+ appelait à une exigence simple mais fondamentale : écouter les jeunes, les intégrer, en faire des acteurs à part entière de la lutte. Lorsque les tentes s’étaient repliées et que les stands s’étaient vidés, une impression générale subsistait : le Cameroun avance, mais sur une ligne de crête. Entre progrès indéniables et fragilités structurelles, la riposte devait désormais se réinventer pour tenir la promesse de 2030 : un pays où le VIH ne serait plus une menace de santé publique. Et ce jour-là, ce furent les jeunes — par leur voix directe, leur présence et leur détermination — qui avaient rappelé que cette promesse ne pourrait être tenue sans eux.