Présidentielle 2025 : le CNC met en garde contre la diffusion prématurée de faux résultats

Le Conseil National de la Communication (CNC) exprime sa vive préoccupation face à la prolifération, dans les médias et sur les réseaux sociaux, de publications hâtives et non autorisées de données présentées comme les résultats de l’élection présidentielle.Dans un communiqué rendu public le 13 octobre 2025 à Yaoundé, le président du CNC, Joseph Chebongkeng Kalabubsu, dénonce une situation qui, selon lui, « menace l’intégrité et la sincérité du processus électoral ». L’organe de régulation des médias observe que certaines plateformes diffusent des chiffres partiels et non vérifiés, souvent qualifiés à tort de « résultats officiels ».Le CNC rappelle que la loi électorale distingue clairement les « résultats des bureaux de vote » du Résultat Définitif de l’élection, lequel ne peut être proclamé que par le Conseil constitutionnel, seule instance légalement habilitée à le faire. Les chiffres actuellement partagés sur la toile, précise le communiqué, sont « des données sectorielles et transitoires, susceptibles de contestations et de corrections par les instances intermédiaires avant le prononcé définitif. L’institution avertit que la diffusion prématurée et sélective de tels chiffres « vise à induire en erreur l’opinion publique et à compromettre la crédibilité du processus électoral ». Elle qualifie cette pratique de « dérive dangereuse » et invite les professionnels des médias ainsi que les utilisateurs des réseaux sociaux à faire preuve de civisme, de retenue et de responsabilité.Le CNC souligne que toute publication prétendant proclamer les résultats de l’élection présidentielle en dehors du cadre légal constitue une atteinte grave à la crédibilité du processus électoral. Le CNC prêt à sévir en cas de manquement Dans son communiqué du 13 octobre, le Conseil avertit qu’il se réserve le droit de mettre en œuvre les mesures de régulation appropriées en cas de récidive. Cette position s’inscrit dans sa mission de veiller au respect de la liberté de la communication sociale, tout en garantissant l’éthique et la déontologie professionnelles dans le traitement de l’information.En conclusion, le CNC appelle l’ensemble des acteurs médiatiques à accompagner le processus démocratique avec responsabilité et transparence, en s’abstenant de toute publication non conforme au cadre légal jusqu’à la proclamation officielle du Résultat Définitif par le Conseil constitutionnel.

Les syndicalistes plaident pour la régulation du secteur informel au Cameroun

Les syndicalistes camerounais ont exprimé, ce 28 octobre 2025, leur volonté de voir le secteur informel mieux encadré et progressivement intégré dans le système formel. C’était à l’occasion d’une rencontre tenue dans la salle de conférence du Ministère du Travail et de la Sécurité sociale, sous la présidence du Ministre Grégoire Owona, en présence de plusieurs acteurs économiques et sociaux. Avec près de 86,6 % de la population active, le secteur informel demeure la principale source d’emploi au Cameroun, selon les chiffres de la 3ᵉ Enquête sur l’Emploi et le Secteur Informel (EESI 3) publiée en 2023 par l’Institut national de la statistique (INS).Sur ce total, 52 % relèvent du secteur informel non agricole et 34,6 % du secteur agricole. Si ce pan de l’économie contribue de façon significative à la création de richesse et à la lutte contre le chômage, il reste néanmoins marqué par un manque d’organisation, une faible productivité et une quasi-absence de protection sociale.Le Ministère des Petites et Moyennes Entreprises, de l’Économie Sociale et de l’Artisanat (MINPMEESA), appuyé par le Ministère du Commerce et le Ministère des Finances, a déjà mis sur pied plusieurs outils pour faciliter la transition vers le formel : les Centres de Gestion Agréés (CGA), les centres de formalités de création d’entreprise, ou encore la Pépinière nationale pilote d’Edéa. Grégoire Owona : « Le secteur informel doit être accompagné, mais aussi régulé » Dans son allocution, le Ministre du Travail et de la Sécurité sociale, Grégoire Owona, a salué les efforts des syndicats tout en soulignant la nécessité d’un encadrement plus structuré : « Le secteur informel constitue un vivier de créativité et de résilience qu’il faut accompagner, mais aussi réguler. Le Cameroun ne peut prétendre à une économie solide et durable sans une véritable intégration de ces acteurs dans le circuit formel. C’est une question d’équité sociale et d’efficacité économique. » Pour le membre du gouvernement, la formalisation permettra non seulement de mieux protéger les travailleurs, mais aussi d’élargir la base fiscale de l’État tout en stimulant la croissance. Isaac Bissala appelle à accélérer la transition Présent à la rencontre, Isaac Bissala, président de l’Union Générale des Travailleurs du Cameroun (UGTC), a rappelé que la question de la formalisation du secteur informel est une vieille préoccupation au niveau international : « Le problème de la transition du secteur informel vers le secteur formel est à l’ordre du jour de la Conférence internationale du travail depuis 2005. Nous avons pris du retard, mais le ministère des PME est à pied d’œuvre pour accélérer cette évolution. Notre économie ne peut pas durablement reposer sur l’informel. Si tout reste dans ce secteur, il n’y aura pas de plus-value. Il faut rendre les activités formelles pour que tout le monde y gagne : travailleurs comme employeurs. » L’enjeu de cette mutation s’inscrit dans la Stratégie Nationale de Développement 2020-2030 (SND30), qui préconise la formation, la simplification des procédures et l’amélioration du climat des affaires pour encourager la formalisation progressive des acteurs informels.À l’issue des échanges, les syndicalistes et le ministère ont convenu de renforcer le dialogue social et de multiplier les campagnes d’information afin de sensibiliser les travailleurs et entrepreneurs aux avantages du formel.Un engagement fort qui marque une nouvelle étape dans la volonté commune de bâtir une économie camerounaise plus structurée, inclusive et compétitive.

Le Pr François-Xavier Mbopi-Kéou plaide pour une recherche biomédicale plus audacieuse

e 15 octobre 2025, à la Faculté de Médecine et des Sciences Biomédicales de l’Université de Yaoundé I, un symposium scientifique a rassemblé enseignants, chercheurs et étudiants autour des avancées sur l’immunothérapie et la lutte contre les infections. Présidée par le Pr François-Xavier Mbopi-Kéou, la rencontre a mis en exergue la place centrale de la recherche et de la vaccination dans la santé publique au Cameroun. Face à un amphithéâtre qui a fait son plein d’oeuf, le Pr Mbopi-Kéou, chef du Département de Microbiologie, Hématologie, Parasitologie, Immunologie et Maladies infectieuses, a d’emblée rappelé la vocation de sa structure : « Notre rôle est de combattre l’infection dans toutes ses dimensions. »Une mission d’autant plus cruciale que, selon lui, les maladies émergentes rappellent sans cesse l’importance du vaccin. « De l’époque du VIH jusqu’à la Covid-19, l’humanité a appris que le vaccin demeure un outil vital de survie collective. » Le thème retenu pour ce symposium avait été validé un mois auparavant, mais il a pris une résonance particulière après l’annonce du Prix Nobel de Médecine 2025, attribué aux professeurs Sakaguchi, Grunecoff et Barkoff.« Leurs travaux sur les lymphocytes régulateurs ont démontré qu’il est possible de renforcer la défense de l’organisme sans le déstabiliser », a expliqué le Pr Mbopi-Kéou.Ces cellules, a-t-il poursuivi, « permettent non seulement de mieux comprendre la réponse immunitaire, mais aussi d’imaginer des vaccins capables de produire des anticorps neutralisants plus efficaces contre des variants de virus. » L’immunité, un pont entre biologie et médecine Selon le Pr Mbopi-Kéou, toute compréhension clinique doit s’appuyer sur la biologie. « Il n’y a pas de médecine sans biologie, et pas de biologie sans maîtrise des mécanismes de défense de l’organisme », a-t-il insisté.Il a encouragé les étudiants venus de différentes filières – médecine, pharmacie, odontostomatologie, biologie ou clinique – à intégrer cette logique d’interconnexion.Évoquant les disparités observées lors de la pandémie de Covid-19, il a introduit le concept de tropisme biologique et social : « Chaque individu réagit différemment selon sa constitution et son environnement. » La vaccination, un devoir de responsabilité Répondant à une question sur la méfiance vaccinale, le Pr Mbopi-Kéou a été direct :« Nous avons été parmi les premiers à nous faire vacciner. Se vacciner, c’est se protéger et protéger les autres. »Il a déploré la désinformation qui entoure la question : « Refuser le vaccin, c’est refuser la connaissance. Mon maître, le Pr Luc Montagnier, disait : “L’esprit étroit devient coupable.” »Avec humour, il a ajouté : « Certains avaient annoncé ma mort depuis longtemps, pourtant je suis là. C’est dire que les vaccins n’ont pas tué, ils ont sauvé. »Et d’insister : « Tous les vaccins homologués ont été testés et validés. Dans certains pays, celui contre la grippe est même renouvelé chaque année. » Le professeur, également directeur du Centre de recherche et de contrôle des maladies et conseiller du Secrétaire général de l’OMS, a rappelé que la plupart des vaccins disponibles au Cameroun sont sponsorisés et gratuits, notamment celui contre la Covid-19.Mais il a aussitôt relevé un paradoxe : « Nous dépendons encore trop des financements extérieurs. Il est temps d’apprendre à nous prendre en charge. »Pour lui, la recherche nationale doit être mieux soutenue : « Le Cameroun a du potentiel. Nous avons été les premiers à créer un département de médecine traditionnelle à l’université. Cette vision, initiée par le Pr Gandui – aujourd’hui disparu – doit se poursuivre pour valoriser la pharmacopée africaine. » Financer les chercheurs, une urgence nationale Le Pr Mbopi-Kéou regrette que la recherche reste le parent pauvre des politiques publiques. « Nous devons financer nos chercheurs, offrir des bourses d’excellence et créer des pôles d’innovation capables d’éviter la duplication des travaux. »Il cite l’exemple de l’Afrique du Sud, « qui a séquencé la première le virus de la Covid-19, ouvrant la voie aux vaccins africains ».Pour lui, cette réussite prouve que « l’Afrique a les ressources humaines et intellectuelles nécessaires pour contribuer à la science mondiale ». Soutenir les étudiants, préparer la relève L’orateur a également plaidé pour une meilleure prise en charge des étudiants, notamment ceux qui ne sont pas encore fonctionnaires :« Sept à douze ans d’études, c’est un long parcours. Ces jeunes méritent des bourses régulières et un soutien constant. Ils subissent une double peine en raison du manque d’assistance. »Il a souligné le déséquilibre criant entre la formation et l’emploi : « Un médecin pour 4000 à 6000 habitants, c’est intenable. Et pourtant, beaucoup de diplômés restent sans poste. » Une jeunesse curieuse et prometteuse La forte participation des étudiants à cette rencontre a impressionné le professeur.« Ce n’était pas un cours, mais la salle était pleine. Cela montre la soif de savoir de notre jeunesse. »Pour lui, cette énergie doit être canalisée : « Si on leur offre un cadre et des moyens, ces jeunes peuvent transformer notre système de santé. »Il a cité en exemple l’ambassadeur John Kengas, formé à Yaoundé I et aujourd’hui en poste à Washington, ainsi que Henri Appi, chercheur camerounais classé parmi les 100 scientifiques les plus influents du monde.« Nous travaillons ensemble à la mise en place d’une plateforme de chercheurs de la diaspora pour renforcer la recherche africaine », a-t-il révélé. En clôturant son propos, le Pr Mbopi-Kéou a lancé un message fort :« L’Afrique n’est pas en retard, elle est en attente de confiance. Il n’existe pas de peuples plus intelligents que d’autres, il n’y a que des nations qui encadrent mieux leurs talents. À nous de bâtir le savoir et le progrès sur nos propres forces.>> Propos recueillis lors du symposium scientifique du 15 octobre 2025, à la Faculté de Médecine et des Sciences Biomédicales de l’Université de Yaoundé I.

Port autonome de Douala : un chiffre d’affaires en hausse malgré la baisse du trafic maritime

La récente note de conjoncture économique du ministère des Finances révèle une situation contrastée au Port autonome de Douala (PAD) au premier trimestre 2025. L’entreprise publique enregistre une croissance remarquable de 25,9 % de son chiffre d’affaires, alors même que son trafic global se contracte de 6,9 %.Le recul observé découle principalement de la baisse du tonnage des marchandises à l’importation (-8,1 %) et à l’exportation (-1,8 %). Par ailleurs, le nombre de navires ayant accosté au port de Douala-Bonabéri a chuté de 293 à 260 entre le quatrième trimestre 2024 et le premier trimestre 2025, soit une diminution de 11 %.En dépit de cette contre-performance logistique, les revenus du PAD progressent, soutenus notamment par le versement en début d’année des redevances domaniales. En comparant sur une base annuelle, le ministère note une hausse de 3,2 % des recettes liées au transport maritime, mais un recul de 2,9 % du trafic total, imputable à la baisse de 1,3 % des volumes importés et de 9 % des volumes exportés. Ces chiffres traduisent les tensions persistantes sur la chaîne portuaire nationale. Véritable poumon économique du Cameroun et du golfe de Guinée, le port de Douala concentre entre 75 % et 85 % du fret national et assure une fonction de transit essentielle pour le Tchad et la République centrafricaine. Mais il n’échappe pas à des contraintes structurelles majeures. La congestion du port demeure l’un des principaux défis : selon les données de la plateforme Gocomet, les navires patientent désormais environ neuf jours avant accostage, contre une moyenne de sept jours dans d’autres ports de la sous-région, tels qu’Abidjan ou Lekki au Nigeria.Cette situation trouve son origine dans plusieurs facteurs combinés : la nécessité d’un dragage régulier du fleuve Wouri pour permettre la navigation des gros tonnages, les fortes pluies qui ralentissent les opérations, ainsi que le démarrage de la campagne d’exportation du cacao et l’augmentation de la demande régionale, qui accentuent la saturation des terminaux. S’ajoutent à cela la vétusté des équipements, la lenteur des travaux de dragage et la croissance continue du trafic, autant d’éléments qui fragilisent la compétitivité du port.Conscient de ces défis, le management du PAD mise sur la modernisation pour redynamiser les performances. À cet effet, un programme d’investissement de 12 milliards de FCFA a été engagé fin 2023. Il prévoit notamment l’acquisition de huit nouvelles grues de parc, dans l’optique d’améliorer la productivité et de renforcer les capacités opérationnelles du principal port camerounais.

Zone Cemac : la BEAC injecte 800 milliards de FCFA pour soutenir la liquidité bancaire

Pour la première fois de son histoire, la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC) a décidé de porter à 800 milliards de FCFA le volume de refinancement mis à la disposition des banques commerciales et établissements de crédit de la sous-région. La mesure, adoptée le 28 octobre 2025, illustre la montée en puissance des besoins de trésorerie au sein des économies de la Cemac.D’après plusieurs observateurs, cette initiative traduit le renforcement de l’activité de crédit dans les six pays membres. En général, les banques recourent à la BEAC lorsque les demandes de prêts des entreprises et ménages dépassent leurs fonds propres. L’augmentation de l’enveloppe hebdomadaire constitue donc un signal fort : jamais auparavant l’institut d’émission n’avait proposé un tel niveau de liquidité. Cette décision intervient dans un contexte de forte tension sur les besoins de financement. Lors des précédentes opérations, menées les 7 et 14 octobre 2025, la banque centrale avait déjà relevé son offre à 750 milliards de FCFA, alors que les demandes des établissements s’élevaient respectivement à 817 et 786 milliards de FCFA.Cette montée en puissance s’inscrit dans la stratégie de soutien monétaire mise en œuvre par la BEAC. En mars 2025, celle-ci avait assoupli sa politique en ramenant le taux d’intérêt des appels d’offres (TIAO) de 5 % à 4,5 %, après une longue période de resserrement destinée à maîtriser l’inflation. Depuis lors, la demande de liquidité ne cesse de croître, poussant la banque centrale à ajuster progressivement ses injections : 200 milliards au début de l’année, puis 800 milliards à la fin d’octobre.Si cette orientation vise à stimuler le financement de l’économie régionale, certains économistes mettent toutefois en garde contre un risque de hausse des taux d’intérêt sur les prêts bancaires, conséquence possible d’une demande de crédit toujours soutenue dans la zone Cemac.

Calcaire de Sikoum : la Sonamines en quête d’un expert géophysicien pour affiner ses études de terrain

Engagée dans la valorisation du gisement calcaire de Sikoum, la Société nationale des mines (Sonamines) lance une nouvelle étape clé de ses travaux d’exploration. Cette démarche s’inscrit dans le cadre du permis de recherche octroyé le 27 juin 2023 par le ministère des Mines, de l’Industrie et du Développement technologique, et vise à approfondir la connaissance du sous-sol dans cette zone du Littoral.Concrètement, l’entreprise publique dirigée par Serge Hervé Boyogueno a initié le recrutement d’un consultant spécialisé en géophysique, chargé de conduire une étude de précision sur deux blocs distincts de 100 hectares chacun. Selon les termes de référence publiés par la Sonamines, cette mission consistera à collecter et interpréter les données électriques, établir des cartes géologiques en deux et trois dimensions, concevoir des modèles lithologiques détaillés et proposer les points les plus prometteurs pour d’éventuels forages carottés. Ces analyses devraient fournir à la société une base scientifique solide pour orienter la future phase d’exploitation du site.Depuis l’obtention de son permis de recherche, la Sonamines a multiplié les travaux exploratoires sur le périmètre de Sikoum : carottages, creusement de fosses et étude géophysique sommaire menée en février 2023 sur une superficie de 40 hectares. Ces premières investigations ont permis de confirmer la présence de formations calcaires, mais les résultats demeuraient insuffisamment corrélés aux données existantes. D’où la décision de lancer une étude plus fine afin d’obtenir une imagerie géologique plus précise.À la suite d’une campagne de reconnaissance effectuée du 5 au 15 mars 2025, la Sonamines a délimité une zone d’intérêt de 6 km², au sein de laquelle deux blocs ont été sélectionnés pour cette nouvelle phase de prospection. Les travaux attendus permettront non seulement d’améliorer la compréhension de la structure du gisement, mais aussi d’évaluer la continuité et le volume potentiel des réserves calcaires, ouvrant la voie à une exploitation mieux planifiée et économiquement viable.

Énergie : l’État mobilise jusqu’à 100 milliards FCFA pour soutenir les engagements d’Eneo

Énergie : l’État mobilise jusqu’à 100 milliards FCFA pour soutenir les engagements d’Eneo Le ministère camerounais des Finances mène actuellement des discussions avec plusieurs établissements bancaires afin d’obtenir une nouvelle ligne de financement destinée à sécuriser les engagements d’Eneo vis-à-vis du producteur Nachtigal Hydro Power Company (NHPC). Cette opération poursuit deux objectifs : apurer les arriérés d’Eneo dans le cadre du contrat d’achat d’énergie signé en 2018, et reconstituer une lettre de crédit stand-by mise en place par Société Générale sur instruction de l’État, d’un montant initial de 86 millions d’euros et adossée à une garantie de la Banque mondiale. Selon des sources impliquées dans le montage, le financement recherché s’inscrit dans une ligne de crédit revolving comprise entre 80 et 100 milliards FCFA. Le dispositif est structuré par Société Générale Capital Securities Central Africa, qui en assure le rôle d’arrangeur principal, tandis que Société Générale Cameroun et d’autres banques – dont la liste finale est en cours de validation – figureront parmi les prêteurs. Prévue sur une durée de 24 mois, cette nouvelle facilité viendra compléter la garantie souveraine déjà accordée par l’État à Société Générale Paris. Celle-ci couvrait 86 millions d’euros, soit environ 56 milliards FCFA, mais son niveau de consommation dépasse désormais 85 %, ne laissant plus qu’un reliquat inférieur à 10 millions d’euros. « La garantie n’est pas encore entièrement utilisée, et il est primordial qu’elle ne le soit pas, puisqu’elle est elle-même contre-garantie par la Banque mondiale », précise une source.Le recours à ce mécanisme intervient dans un contexte tendu. Depuis l’entrée en service du barrage deNachtigal, NHPC facture chaque mois près de 10 milliards FCFA à Eneo, que l’électricité soit effectivement distribuée ou non, conformément aux clauses contractuelles. Or, l’opérateur du secteur électrique traverse une crise financière sévère. Les services du ministère de l’Eau et de l’Énergie signalent que sa situation pourrait peser sur l’exécution budgétaire de l’État. D’après le rapport Compact Energy Pays, Eneo affichait fin 2024 une dette globale d’environ 800 milliards FCFA, dont 500 milliards dus aux fournisseurs et seulement 80 milliards de créances recouvrables.Bien que l’entreprise ait théoriquement l’obligation de fournir une garantie bancaire contre le risque d’impayés, complétée par une couverture souveraine, elle n’a plus honoré ses engagements envers plusieurs fournisseurs depuis février 2024. Cette défaillance aurait conduit NHPC à activer la garantie logée auprès de Société Générale Paris. Soucieux de préserver la réputation financière du Cameroun ainsi que la confiance des marchés et bailleurs, le ministère des Finances cherche donc à renforcer le dispositif existant. L’objectif est de garantir la continuité des paiements dus à NHPC, même en cas de défaut persistant d’Eneo.

Biotechnologie : Ngompém transforme sa biodiversité en richesse communautaire

Situé à environ 55 km d’Édéa et peuplé d’un peu plus de 1 200 habitants, le village de Ngompém — dans le département de la Sanaga-Maritime, région du Littoral — est réputé pour son couvert végétal dense, ses sols riches et la grande diversité de son écosystème microbien. Longtemps tenu à l’écart des grands circuits de valorisation scientifique, ce village agricole vient de franchir une étape décisive.Sous l’autorité de leur chef traditionnel, Sa Majesté Wilfried Yinda, les habitants ont conclu un accord de partenariat avec une firme internationale spécialisée dans la biotechnologie. Un acte inédit qui fait de Ngompém l’un des premiers villages camerounais à transformer sa biodiversité en moteur direct de développement. La biodiversité locale convertie en opportunité économique Le projet vise à séquencer l’ADN de milliers de micro-organismes présents dans les sols, rivières et zones forestières du village, pour créer des applications destinées à l’industrie pharmaceutique, agricole ou cosmétique.Grâce aux lois camerounaises sur les ressources génétiques et au Protocole de Nagoya, Ngompém obtient une garantie essentielle : chaque exploitation commerciale générera un revenu partagé avec la communauté.« Nous avons trop longtemps été victimes de bio-piraterie. Aujourd’hui, tout est clair : la communauté sait qui intervient, comment et à quelles conditions », insiste Sa Majesté Yinda. L’accord repose sur le mécanisme APA (Accès et Partage des Avantages), réparti en deux volets. Une part négociée des bénéfices mondiaux issus de l’exploitation des données génétiques Des revenus pouvant financer des projets communautaires sans attendre les budgets publics Un modèle qui peut générer, à long terme, des millions de FCFA par an selon l’utilisation commerciale des séquences Projet d’adduction d’eau pour environ 300 foyers Renforcement de l’électrification dans les zones encore non desservies Construction ou rénovation de logements sociaux Formations scientifiques pour les jeunes du village et équipements scolaires Autrement dit : la biodiversité n’est plus seulement une richesse écologique — elle devient un capital économique. Avec l’accompagnement du Ministère de l’Environnement, Ngompém pourrait devenir un modèle pilote pour d’autres chefferies du pays.Le Cameroun, qui abrite environ 9 000 espèces végétales et une vaste diversité microbienne, possède un potentiel gigantesque encore peu exploité.« La société partenaire gagne, mais la communauté aussi. La biodiversité du Cameroun doit profiter à ceux qui la protègent », rappelle le chef du village. Reste à suivre : les mécanismes de contrôle et de transparence, l’effectivité du partage des revenus, et l’extension du modèle aux autres collectivités. Si le suivi est rigoureux, Ngompém pourrait devenir le premier village rural où la science internationale et la sagesse traditionnelle co-produisent de la Valeur sans déposséder les populations rurales.

Transport routier : le gouvernement félicite les professionnels pour leur résistance malgré les perturbations post-électorales

Le Ministre des Transports a tenu, ce 04 novembre à Yaoundé, une séance de concertation avec les organisations syndicales du transport routier. Le Ministre délégué, le Secrétaire général ainsi que l’Inspecteur général prenaient également part à la rencontre. Les échanges portaient sur l’état du transport des personnes et des marchandises à travers le pays, ainsi que sur les corridors internationaux de transit.Un hommage rendu à deux grandes figures du secteurLa rencontre a débuté par une minute de recueillement en mémoire de M. Ernest ZENA, président national du SYNCHAUTACAM, et de El Hadj EMMA ABDOUL KARIM, PDG de l’entreprise ABDOUL KARIM SARL, récemment disparus.Le Ministre a salué « l’engagement, le dévouement et l’esprit de service » qui ont marqué leur parcours, avant d’adresser, au nom du gouvernement, ses condoléances aux familles et à l’ensemble des acteurs du transport.Bilan de la situation après l’élection présidentielleCette concertation fait suite à une réunion interministérielle présidée la veille par le Premier Ministre, Chef du Gouvernement.Au centre des préoccupations : les perturbations survenues depuis la proclamation des résultats de l’élection du 12 octobre 2025. Ces événements, faits de tensions, de mouvements d’humeur et parfois de vandalisme, ont affecté le fonctionnement du transport national et international.Malgré ces difficultés, le gouvernement a félicité les professionnels pour leur persévérance. Les services de transport ont continué de fonctionner, garantissant la circulation des biens et des personnes. Le Ministre a transmis le message du Chef de l’État, Son Excellence Paul Biya, qui a tenu à saluer le sens du devoir des transporteurs :« Grâce à votre responsabilité et votre courage, les marchés sont restés approvisionnés, et les échanges avec le Tchad et la Centrafrique ont été maintenus ».Le gouvernement réaffirme ainsi sa détermination à restaurer un fonctionnement normal du secteur sur toute l’étendue du territoire.Des décisions gouvernementales en cours de finalisationLe Ministre des Transports a annoncé que des mesures spécifiques seront dévoilées dans les prochaines heures par le Premier Ministre. Elles viseront selon lui à : renforcer la sécurité sur les principales routes ; garantir la continuité des chaînes logistiques ; assurer la stabilité économique nationale et sous-régionale. Les syndicats ont été invités à encourager leurs membres à reprendre leurs activités dans un esprit d’apaisement.Le Ministre a rappelé que le transport routier est un « vecteur d’intégration nationale et sous-régionale ».Conscients de la situation, les responsables syndicaux ont été encouragés à transmettre par écrit leurs propositions, afin d’enrichir les décisions publiques. Le Ministère a également annoncé la future mise en place d’un dispositif de coordination multisectorielle et d’un mécanisme de veille pour anticiper d’éventuelles difficultés et garantir la continuité du service public.Cette rencontre, organisée dans un contexte national sensible, consolide le dialogue entre l’État et les professionnels du transport routier. Entre reconnaissance, appel au calme et promesse d’actions fortes, le gouvernement rappelle que la résilience du Cameroun dépend aussi de ceux qui assurent la mobilité des biens et des personnes.